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Genève doit faire face à un déferlement de médecins

Tribune de Genève, tdg.ch 
Mardi, 31 janvier 2012

Plus de cent médecins ont obtenu le droit de s’installer en janvier, contre moins de 50 pour toute l’année passée. Inquiétude à Genève

Jusqu’au 31 décembre 2011, une clause du besoin limitait les installations de spécialistes sur le territoire genevois. La levée de ce moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets a provoqué cet afflux. Ce sont les psychiatres, les radiologues et les anesthésistes qui arrivent en tête. Parmi ces nouveaux praticiens à s’installer, les deux tiers sont genevois. Certains craignaient une vague de médecins étrangers, ce n’est pas encore le cas. Par contre, la moitié des droits de pratique délivrés en janvier l’a été à des employés des HUG. Le directeur médical Pierre Dayer estime que «beaucoup se sont précipités pour demander un droit de pratique. Mais la moitié d’entre eux ne s’installera pas dans l’année. Et si 30 à 40 médecins partent, (…) cela reste gérable. Si ces chiffres devaient se maintenir, il en irait bien sûr tout autrement.»
Enfin, Pierre-François Unger, conseiller d’Etat, estime que les coûts de la santé vont obligatoirement exploser: «Un cabinet qui s’ouvre, c’est 500 000 francs de frais médicaux, dont la moitié à la charge de l’assurance obligatoire.»

En janvier, 120 médecins ont demandé à ouvrir un cabinet

La levée  du moratoire sur les installations  en privé suscite un afflux de demandes  
Les chiffres d’un mois dépassent ceux de toute une année. En 2011, 49 médecins spécialistes avaient obtenu le droit de s’installer. En janvier 2012, ils ont été plus de cent. S’y ajoutent une quinzaine de médecins de premier recours. Au total, 120 docteurs peuvent donc ouvrir de nouveaux cabinets à Genève.
C’est la conséquence de la fin de la «clause du besoin», le moratoire sur l’installation de cabinets médicaux entré en vigueur en 2002. A Genève, une commission tenait une liste d’attente et évaluait les besoins par spécialité. Les droits de pratique privée étaient distribués au compte-gouttes: en 2005, il y en a eu 36 en tout et pour tout! Le Canton s’est félicité de maîtriser les coûts de la santé grâce à cette régulation.

En 2010, Berne lève partiellement l’interdiction pour les médecins de premier recours (généralistes, internistes et pédiatres). Depuis le 1er janvier 2012, les spécialistes peuvent aussi s’installer librement. Leurs demandes, longtemps bloquées, affluent.
«Dans le trio de tête, on trouve des psychiatres, des radiologues et des anesthésistes», indique le médecin cantonal, Jacques-André Romand. Pour les deux tiers, ces demandes proviennent de Genevois. Un tiers a été déposé par des médecins étrangers, «la moitié venant de France, l’autre moitié d’autres pays d’Europe», complète le Dr Romand. «La vague de médecins étrangers n’a donc pas encore déferlé», ajoute celui qui ne craint pas que la venue de ces confrères n’altère la qualité des soins. «A ce que je sache, on est très bien soigné en France aussi.»
Une sérénité peu partagée. L’Association des médecins de Genève (AMG) a récemment exprimé son inquiétude: «Les médecins européens obtiennent aujourd’hui une validation automatique de leurs diplômes sans que la formation accomplie soit vérifiée. Or celle-ci est souvent différente des exigences suisses», écrivait, au début du mois de janvier, Pierre-Alain Schneider, président de l’AMG. Relayant ce malaise, un député demande que le parcours de chaque blouse blanche soit clairement affiché (lire l’encadré ).

Autre inquiétude: la moitié des droits de pratique délivrés en janvier l’ont été à des employés des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «Je ne suis pas choqué par ce chiffre, réagit le directeur médical Pierre Dayer. Traumatisés par la clause du besoin, beaucoup se sont précipités pour demander un droit de pratique. Mais la moitié d’entre eux ne s’installera pas dans l’année.» Dans un hôpital qui se plaint déjà de pénurie, ne craint-on pas une hémorragie médicale? «Si 30 à 40 médecins partent, il s’agit bien sûr d’une perte significative, mais cela reste gérable. Si ces chiffres devaient se maintenir dans les prochains mois, il en irait bien sûr tout autrement.»
Enfin, les coûts de la santé exploseront-ils inexorablement? «Oui, affirme sans ambages Pierre-François Unger, conseiller d’Etat responsable de la Santé. Un cabinet qui ouvre, c’est 500 000 francs de frais médicaux, dont la moitié à charge de l’assurance obligatoire.» Le nombre élevé de spécialistes (plus de 100 sur 120) inquiète le magistrat: «On manque de médecins de premier recours, mais ce sont les spécialistes, ceux qui coûtent le plus, qui s’installent!» Pierre-François Unger a demandé à Berne l’autorisation de revenir à un système de régulation, «mais pour l’heure, nous ne pouvons rien faire du tout, nous sommes nus!» déplore-t-il. Toutefois, le magistrat veut attendre avant de tirer des conclusions: «Le premier mois n’est pas représentatif. Il faut l’espérer, car sinon on doublerait, en un an, le nombre de cabinets!» (ndlr: il y en a environ 1500 à Genève ). «La Conférence des directeurs cantonaux de la Santé a mis en place un observatoire pour étudier l’effet des installations sur les coûts de la santé. Nous suivrons ses travaux de près», conclut le Dr Romand.
Sophie Davaris