< | >

Un problème de santé publique

Tribune de Genève, tdg.ch 
Mardi, 31 janvier 2012

Aux Etats-Unis, la pose d’implants en silicone a été arrêtée définitivement. Récemment, la France a recommandé l’explantation à titre préventif des Poly Implant Prothèse (PIP), mais Swissmedic continue à prétendre qu’il n’y a pas de problème…

L’association Victimes du 95 C reçoit tous les jours des demandes de renseignements ou d’adhésion de femmes inquiètes. Dans une seule clinique de la Riviera, on a déjà recensé au moins 180 implantations de ce produit.
Il paraît donc probable que le chiffre de 280 personnes annoncé par Swissmedic soit sous-estimé. De plus, ces statistiques ne prennent pas en compte les femmes étrangères venues en Suisse, pensant y trouver une qualité de produits et de services au-dessus de tout soupçon. Nous voulons attirer l’attention des autorités de surveillance et des professionnels de la santé sur un problème de santé publique. Il semble que pour le moment celui-ci soit pris très à la légère. Mais si comme Swissmedic le prétend, il n’y a aucun problème, alors pourquoi est-il si difficile de trouver des médecins ou des cliniques qui reconnaissent avoir implanté des PIP?
Dans son évaluation, le fabricant doit examiner les caractéristiques de conception suivantes: les matériaux et leur biocompatibilité, y compris l’usure et la dégradation provenant des matériaux utilisés; les propriétés physiques, mécaniques et chimiques des matériaux, compte tenu de l’effet des procédés de fabrication; l’ampleur et les effets d’une fuite et/ou d’une diffusion des produits de remplissage à travers l’enveloppe intacte; la capacité à détecter une rupture; la compatibilité entre l’implant et les tissus corporels, et la capacité à implanter, à retirer et à remplacer l’implant.
Ce qui est demandé aux fabricants ne devrait-il pas l’être aussi aux organismes d’homologation? De même qu’il conviendrait d’évaluer la toxicité locale et systémique de toute substance introduite dans l’organisme par l’implant mammaire.
Parmi les femmes de toutes conditions qui ont pris contact avec l’association Victimes du 95 C, nous avons constaté que la différence de tarifs pour les mêmes implants se situe entre 2500 fr. et 10 000 fr. Pour certaines, il est impossible d’assumer financièrement une explantation.
La question est donc de savoir qui va prendre en charge cette opération: les chirurgiens, les assurances des cliniques, les cliniques, l’assurance santé des personnes touchées ou tout simplement celles qui sont les victimes de cette escroquerie qui met leur vie en danger?
Salika Wenger

Aidons-les à retrouver la confiance

Loin des débats d’experts scientifiques et juridiques, quel bilan intermédiaire peut-on tirer du désormais célèbre «scandale des prothèses PIP»? La seule chose dont on est sûr, c’est que des centaines de milliers de femmes sont inquiètes, et l’on ne peut à ce jour leur fournir aucune certitude médicale.
La recherche de responsabilité à différents échelons dans les médias tend à faire oublier que les seules personnes qui souffrent réellement dans cette affaire sordide sont les porteuses d’implants PIP. A qui peuvent-elles faire confiance, qui croire, quelles recommandations suivre au milieu de ce grand déballage? Le scandale dans le scandale est de laisser ces femmes dans le flou. Toutes les autres parties concernées (OFSP, Swissmedic, santésuisse et bien sûr les chirurgiens en première ligne) doivent prendre en compte l’angoisse générée par la masse d’informations à disposition et les répercussions physiques et psychologiques de cette situation. Très probablement, les véritables risques pour la santé de ces prothèses frauduleuses et impropres à l’implantation dans le corps humain sont finalement très faibles. Mais comment affirmer en son âme et conscience à une patiente qu’elle ne risque rien? Alors assez d’articles, de discours, d’émissions spéciales, de débats. Concentrons-nous sur celles qui ont besoin de soutien et d’actions concrètes. Créons un numéro vert en Suisse auquel toutes les porteuses d’implants PIP peuvent s’annoncer. Facilitons à ces patientes l’accès à une première consultation. Il existe en Suisse 145 spécialistes en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique. Poussons plus loin le raisonnement: si chacun en opérait trois minutieusement en retirant les implants et la capsule fibreuse qui les entoure, le problème serait quasi réglé.
Aucune indemnisation n’est à attendre de l’entreprise PIP, qui est en liquidation judiciaire, ni de son assurance, qui considère avoir été trompée par ce fabricant. Et que ceux qui trouvent qu’il est anormal que l’assurance maladie prenne en charge l’ablation de ces prothèses se taisent. Qui oserait refuser l’accès aux soins médicaux aux fumeurs, aux sédentaires, aux personnes en excès de poids, aux sportifs du dimanche qui se blessent? La solidarité est un des fondements de toute société évoluée. Il s’agit non seulement d’un problème de santé publique, mais aussi d’une vraie crise de confiance à l’égard de tout le système qui entoure cette affaire. C’est le rôle et le devoir de tous les partenaires concernés d’aider ces femmes à retrouver la confiance.
Membre de la Société suisse de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique.
Dr Jean-François EMERI