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Acteurs du système de santé, cessez le feu et unissez-vous!

letemps.ch
Vendredi,  3 février 2012

Le système de santé, aujour­d’hui facteur économique numéro un, est en pleine mutation. Les progrès de la médecine, la nouvelle donne démographique et les exigences individuelles expliquent cette évolution.

Pourtant, certains tentent de ralentir le mouvement, ce qui en soi est assez compréhensible. Dans un environnement dynamique, vouloir décélérer tient en effet du réflexe. Mais le monde continue d’avancer, et nous devons être en phase avec notre époque. Sinon l’inertie revient à reculer. Notre système de santé, un des meilleurs au monde – puisse-t-il le rester! –, n’est pas à l’abri de ce risque.

Quel rôle et quelle responsabilité reviennent aux assureurs maladie suisses quant à l’évolution de notre système de santé? Un rôle actif et une responsabilité centrale, pour autant que les assureurs suivent le mouvement, muent d’eux-mêmes et misent davantage sur certaines caractéristiques actuellement délaissées par le secteur. Je distingue quatre aspects. Premièrement, l’assureur maladie du futur doit accorder une plus grande importance à la valeur des prestations, qu’il s’agisse des siennes ou de celles des autres. Actuellement, le secteur se focalise sur les prix et sur la pression qui est exercée à cet égard. Deuxièmement, étant donné que nous œuvrons en faveur d’autrui, nous devrons faire preuve de plus d’empathie. Troisièmement, nous devrons mieux écouter afin de répondre de manière appropriée aux demandes et aux besoins de nos clients et partenaires. Quatrièmement, notre secteur doit affronter le changement avec courage et plus de souplesse, dans l’intérêt de ses clients.

Comprendre son propre rôle est intimement lié à la façon dont nous parlons des uns et des autres ou les uns aux autres. Prenons ainsi le terme de «payeur de primes», ô combien explicite! Un payeur doit se contenter de payer. Il est ainsi réduit à sa fonction de pourvoyeur de fonds pour les prestations à charge de l’assurance de base. Inutile d’en rejeter la faute sur les bureaucrates fédéraux ou cantonaux. Les représentants de notre secteur – et l’entreprise dont je préside le conseil d’administration ne fait pas exception – font amplement usage de ce vocable. Les primes encaissées sont donc considérées avec autant d’égards, c’est-à-dire assez peu. La plupart des clients souhaitent pourtant simplement qu’on les considère comme tels, que l’on réponde à leurs besoins et que l’on satisfasse à leurs exigences, ce que chacun de nous attend d’un prestataire librement choisi à qui il verse plusieurs centaines de francs par mois.

Cette froideur et cette inaccessibilité caractérisent également les rapports entre les assureurs maladie et les divers intervenants du système de santé: hôpitaux, médecins, thérapeutes, personnel infirmier, pharmaciens, entreprises pharmaceutiques ou de technologie médicale. Pour nombre de ces experts, l’assureur est logiquement un simple organisme réglant les frais. Rien de bien étonnant à cela, car, entre ces pôles, il est avant tout question de pouvoir et d’argent, non de solutions partenariales pour les clients communs, à savoir les assurés/patients.

Il apparaît urgent de détendre l’atmosphère. La condition sine qua non est que chacun prenne la bonne habitude de changer de perspective, et de se mettre à la place d’autrui. Voilà qui engendrerait le respect et la confiance mutuels entre partenaires, ce qui permettrait à notre système de santé de développer pleinement son potentiel. Jouons donc la carte «les uns avec les autres» et abandonnons celle «des uns contre les autres». Si nous n’y parvenons pas, l’Etat renforcera (devra renforcer) le rôle fort qui est, à bon droit, le sien pour valoriser un des atouts du système de santé suisse, à savoir la force de la responsabilité personnelle.
Thomas D. Szucs
Professeur de médecine pharmaceutique à l’université de Bâle.
Depuis Mars 2010, Thomas D. Szucs préside le conseil d’administration d’Helsana