Le «niet» de la Ville de Neuchâtel au plan hospitalier de Gisèle Ory
Vendredi, 3 février 2012
Santé Le principe de répartition équilibrée des missions entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel conduit à l’impasse, dit l’exécutif du chef-lieu. Il prône la concentration des soins aigus sur un site unique
Il y a du courage, un soupçon d’ironie et d’arrogance, ainsi qu’une démarche inaboutie, dans la prise de position de l’exécutif de la Ville de Neuchâtel, qui rejette le plan hospitalier de la ministre socialiste Gisèle Ory. Sa stratégie est soutenue par la majorité bourgeoise du Conseil d’Etat et sacralise le principe d’équilibre entre les hôpitaux de La Chaux-de-Fonds et de Neuchâtel. Pour y parvenir, la ministre attribue le secteur «mère-enfant» à l’hôpital Pourtalès, à Neuchâtel, et concentre toute la chirurgie à La Chaux-de-Fonds.
«L’intention est peut-être bonne, commente le conseiller communal socialiste de Neuchâtel, Olivier Arni. Mais elle conduit à l’impasse. Elle ne résiste pas à l’analyse médicale et économique. C’est notre responsabilité de le dire.» C’est là qu’apparaît le courage de l’exécutif du chef-lieu. Il rompt la chape de plomb qui entoure le débat hospitalier, en affirmant que «répartir les soins aigus entre les deux sites créera une surcapacité; la qualité des soins souffrira de l’éclatement arbitraire entre médecine et chirurgie; certaines activités ne seront plus reconnues par la FMH et l’image de HNE sera dévalorisée; le plan creusera un gouffre financier provoquant une hausse des primes de l’assurance maladie, etc.»
Déclarant encore que «les soins aigus ne sont pas une prestation de proximité», la conseillère communale neuchâteloise responsable de la Santé, la Verte Christine Gaillard, entrée en fonction en septembre, plaide alors, «avec du recul, après consultation et hors de l’émotionnel», pour la concentration des soins aigus dans un unique hôpital et le renforcement des réseaux de soins sur tout le territoire.
Le Conseil d’Etat veut lui aussi un seul hôpital de soins aigus à l’horizon 2022. Mais il préconise une phase transitoire, basée sur l’équilibre strict et la répartition des missions, période durant laquelle l’étude pour un site unique pourra être menée. Le Conseil communal de Neuchâtel rejette cette stratégie. Il estime que la phase de transition générera de gros investissements (au moins 80 millions) qui compromettent le site unique, car le canton n’en aura alors plus les moyens.
Les élus de la Ville demandent au Grand Conseil de retourner le plan à son expéditrice et de lancer sans délai l’étude du site unique, afin de pouvoir en décider en 2013.
La réaction de l’exécutif du chef-lieu s’arrête là. Elle ne dit pas clairement où devra être réalisé l’unique hôpital de soins aigus. «A proximité des voies de communication et d’une gare», dit-il, sans prendre position pour La Chaux-de-Fonds, le Val-de-Ruz ou Neuchâtel. Favorable au programme d’agglomération et à la cohésion cantonale, la Ville de Neuchâtel laisse entendre qu’au final, la localisation importe peu. Mais quand on demande à Christine Gaillard si elle soutiendrait le choix de La Chaux-de-Fonds, près de la gare par exemple, elle refuse de prendre position.
C’est alors qu’apparaissent, en filigrane, l’ironie et l’arrogance. Sans dire ouvertement qu’il souhaite que l’hôpital unique soit greffé à Pourtalès, le Conseil communal présente ce qui serait bon pour La Chaux-de-Fonds: la rénovation urgente de son enveloppe hospitalière pour y garantir des urgences 24 heures sur 24 et une polyclinique. Condamnant, de fait, l’établissement chaux-de-fonnier à un rôle secondaire et de sécurité sanitaire de proximité.
Conscient que sa prise de position est de nature à raviver la lutte entre le Haut et le Bas, l’exécutif neuchâtelois réaffirme son attachement à l’agglomération cantonale, répète son soutien au RER et au Transrun, dont la réalisation coûtera 919 millions. Le président neuchâtelois, Alain Ribaux, évite de rappeler qu’il ne souscrit pas au financement proposé par le Conseil d’Etat, qui demande aux communes de financer la moitié des 560 millions que les pouvoirs publics cantonaux devront avancer.
Le dernier mot sur la stratégie hospitalière appartient au Grand Conseil. Une majorité devrait suivre Gisèle Ory. Obtenir cette majorité a d’ailleurs été le fil rouge de l’élaboration de son plan. Alors, les adversaires du plan Ory affûtent leurs armes. En plus des trois initiatives pendantes, une quatrième est en gestation, exigeant clairement un site unique de soins aigus. D’autres, à l’instar du député libéral-radical Philippe Haeberli, veulent provoquer une votation populaire: «Je souhaite introduire au bas du rapport hospitalier le recours au référendum facultatif», dit-il. Il doit obtenir le soutien de 35 députés pour en faire la demande.
Serge Jubin

