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La ruée sur les cabinets médicaux effraie Genève

Tribune de Genève, tdg.ch
Jeudi, 28 mars 2013

Les médecins demandent à s’installer en masse. Le mouvement s’est accéléré cette année

«C’est du délire!» s’inquiète le médecin cantonal genevois, Jacques-André Romand. Depuis le début de l’année, la ruée des médecins pour ouvrir leur cabinet privé s’est encore accélérée: deux demandes sont déposées chaque jour!
Déjà sensible depuis la levée de la clause du besoin, en janvier 2012, l’augmentation des demandes d’exercer a été relancée par la perspective d’une possible réintroduction des limitations. Craignant de ne pas pouvoir s’installer à l’avenir, les médecins se dépêchent de déposer une demande, même s’ils ne l’utilisent pas tous dans les faits.
Cette ruée inquiète l’Etat de Genève, qui redoute une explosion des coûts de la santé, entraînant une hausse des primes maladie pour les assurés. Genève espère une décision fédérale rapide, par exemple sous la forme d’une modification de la LAMal, qui permettrait aux cantons de réguler eux-mêmes l’offre médicale.

Les médecins se ruent pour ouvrir leur cabinet privé

Depuis janvier 2012, 637 médecins ont demandé le droit d’exercer à Genève. La profession s’inquiète moins  que l’Etat  

L’envolée se poursuit et affole l’Etat. De plus en plus de médecins demandent le droit d’exercer à Genève. La clause du besoin qui limitait les ouvertures de cabinet, a été complètement levée en janvier 2012. Depuis, 637 docteurs ont demandé le droit de pratiquer dans le canton. Durant les trois premiers mois de 2013 (jusqu’au 25 mars), 170 requêtes ont été déposées. Soit deux par jour. «Du délire», commente le médecin cantonal Jacques-André Romand.

Clause du besoin

«L’accélération a démarré début novembre», précise-t-il, lorsque Berne a évoqué la réintroduction de la clause du besoin. Pour l’heure, le Parlement fédéral n’a pas accepté la proposition, mais l’épée de Damoclès reste suspendue au-dessus de la tête des médecins. Ils continuent donc à demander des autorisations en nombre, ce qui préoccupe les autorités du Canton.
«Beaucoup se précipitent, la courbe s’accentue et Genève n’a aucune prise pour limiter l’afflux», s’inquiète le médecin cantonal. Le gouvernement attend une décision fédérale. Elle pourrait prendre la forme d’une nouvelle clause du besoin – au plus tôt, cet été – ou d’une modification de la LAMal permettant au Canton de réguler l’offre médicale. Ne voyant rien venir, le conseiller d’Etat Pierre-François Unger prédit depuis des mois une explosion des coûts de la santé.

Crainte «exagérée»

Difficile, pourtant, d’apprécier le véritable impact du phénomène. Tout d’abord, l’octroi d’un droit de pratique ne signifie pas une installation effective. De nombreuses blouses blanches réclament le sésame par crainte de ne plus pouvoir l’obtenir si la clause du besoin était réintroduite. Sans pour autant l’utiliser. Curieusement, l’Etat n’a pas le moyen de savoir combien de médecins se sont réellement installés ou comptent le faire dans un avenir proche. Seule indication: en 2012, l’Association des médecins de Genève (AMG) a accueilli 185 nouveaux membres, «contre une centaine par an d’ordinaire», selon le président Pierre-Alain Schneider.
Autre élément: 29% des droits de pratique ont été demandés par des médecins de l’Hôpital. «Cela ne signifie pas qu’ils vont tous partir», précise le directeur médical Pierre Dayer. C’est surtout la conséquence d’une règle appliquée depuis le début de l’année, qui impose aux médecins hospitaliers de posséder un droit de pratique.

Coûts de la santé

Enfin, faut-il vraiment estimer, comme Pierre-François Unger, que chaque ouverture de cabinet coûte 500 000 francs à l’assurance-maladie? «C’est tout à fait exagéré», considère le président de l’AMG. Même s’il rejoint le conseiller d’Etat sur la nécessité d’une régulation cantonale, pour éviter un «trop-plein» de docteurs dans certaines spécialités, il rappelle que tous les médecins ne travaillent pas à temps plein.

Femmes à temps partiel

Les femmes (42% des 637) exercent souvent à temps partiel. Par ailleurs, «toute une série de médecins étrangers ont été employés par des établissements médicaux, comme des permanences, où ils consultent de manière très ponctuelle, parfois moins d’une fois par semaine.»
Pour finir, le président de l’AMG rappelle que «les coûts de la santé augmentent inexorablement, chaque année. Mais on ne peut pas dire qu’il y aura 20% de hausse avec 20% de médecins en plus. La chose n’est pas linéaire.»
Sophie Davaris