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Adolescents ivres morts: le phénomène régresse

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Mardi, 7 janvier 2013

La pédiatrie recense beaucoup moins de  comas éthyliques et d’alcoolisation excessive des moins de 16 ans  

Les sorties nocturnes entre adolescents, à celui ou celle qui sera le plus saoul, diminuent à Genève. C’est en tout cas ce que révèle le nombre de prises en charge aux Urgences de pédiatrie des moins de 16 ans en état d’alcoolisation excessive, voire de coma éthylique. «La baisse est significative, allant de 90 cas en 2010 à 64 en 2012 et seulement 17 au premier semestre 2013, donc probablement moins de 40 pour 2013», se réjouit Alain Gervaix, médecin-chef du Service des urgences pédiatriques. Une réalité encourageante et qui découle de plusieurs facteurs: «Je crois qu’il y a d’abord une véritable prise de conscience à la fois des parents et des jeunes sur les dangers d’une consommation excessive d’alcool. Et certainement un effet de mode qui passe.»

L’alcool festif revient

Ce que reconnaissent plusieurs jeunes. «Celui qui ne buvait pas passait pour un loser, se souvient une Genevoise, hospitalisée plusieurs fois après une cuite lorsqu’elle était mineure. J’ai eu de la chance que personne n’abuse de moi. Il y a plusieurs fins de soirées dont je n’ai aucun souvenir.» A 22 ans, elle continue à consommer de l’alcool, mais plus dans le même but. «Je ne conçois pas d’aller une soirée sans boire, précise-t-elle. Mais juste pour être dans l’ambiance et m’amuser. J’arrête dès que je sens que ça pourrait dégénérer.» Comme elle, beaucoup sont passés de l’alcool destructeur à l’alcool festif ou ne boivent plus. Cette compétition qui conduit des adolescents aux Urgences amuse moins, même à l’âge où l’on cherche ses limites. A la consultation pour adolescents en pédiatrie, on note aussi une diminution des cas d’alcoolisation aiguë. Un constat imputé notamment à une prise en charge avec un suivi, mise en place il y a plusieurs années. A savoir une consultation systématique dans la semaine suivant l’hospitalisation pour la prévention secondaire et le repérage des jeunes à risques.<

Pour Laurence Fehlmann Rielle, secrétaire générale de la Fegpa (Fédération genevoise pour la prévention de l’alcoolisme), ces chiffres sont encourageants. «Bien sûr, il ne faut pas baisser sa garde et penser que tout est réglé. Mais cela prouve que les actions en matière de prévention commencent à produire leurs effets.» La Fegpa est présente dans toutes les manifestations et cible particulièrement les jeunes. «Nous travaillons aussi avec les parents, qui pensent trop souvent que ce problème ne concerne pas leur enfant. Mais l’évocation dans les médias d’accidents graves et des graves incidences de ces comportements à risques sur la santé fait réfléchir, tant les jeunes que leurs parents.» Laurence Fehlmann Rielle se félicite encore des durcissements légaux en matière d’accessibilité. «Aujourd’hui, les mineurs ne peuvent plus se procurer de l’alcool aussi facilement que par le passé et l’interdiction d’en vendre après 21 h est importante.» Par ailleurs, les communes, également victimes de beuveries dans les rues, organisent souvent elles-mêmes des actions de sensibilisation. A travers des travailleurs sociaux ou des veilleurs de nuit qui se rendent dans les lieux de consommation publics ou les bars fréquentés par les jeunes.
Autre bonne nouvelle, la baisse de consommation d’alcool chez les ados ne cacherait pas un intérêt pour de nouvelles substances illicites. Les spécialistes confirment que le cannabis et la cocaïne sont toujours présents, ainsi que l’ecstasy, mais, pour l’heure, la pédiatrie n’enregistre pas d’afflux de jeunes ayant consommé des drogues.

Stabilité chez les adultes

Si la tendance à l’alcoolisation excessive est en baisse chez les mineurs, du côté des Urgences adultes des HUG, on parle plutôt de stabilité. «La moyenne annuelle se situe autour de 700 à 800 arrivées aux Urgences de personnes fortement alcoolisées, détaille Thierry Favrod-Coune, médecin interniste, chef de clinique et responsable du secteur alcool à l’Unité des dépendances. Soixante-cinq personnes environ sont prises en charge chaque mois aux Urgences suite à une consommation excessive d’alcool.» Le spécialiste remarque deux pics dans les catégories d’âge concernées par ces hospitalisations. «On constate clairement plus de jeunes entre 16 et 24 ans et d’adultes entre 38 et 42 ans.»
Isabel Jan-Hess

 

Route: les comportements évoluent

Sur la route, la police ne relève pas une diminution nette des automobilistes présentant plus de 0,5‰ au volant, mais constate une baisse de la quantité d’alcool consommée. Des changements d’attitude, comme le choix plus fréquent d’une personne qui ne boit pas durant la soirée, et la hausse de 8% du nombre de courses effectuées par Nez rouge en décembre, tendent à prouver une meilleure prise de conscience des Genevois, tous âges confondus. Les mesures de prévention et surtout le durcissement des sanctions, allant jusqu’à l’emprisonnement, influencent aussi les comportements. La police évoque la stabilité, tant dans les contrôles que dans les accidents impliquant de l’alcool. En 2012, sur 1918 accidents, 269 — dont trois mortels — concernaient des personnes ayant bu plus que ne l’autorise la loi. Et sur 5089 automobilistes contrôlés, 1056 avaient bu plus que de raison.
I.J-H. 

  

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