< | >

Assurés, médecins : tous les dindons du système ! (Editorial de La lettre de l’AMG de mars 2014)

Un demi-milliard ! Vous avez bien lu : un demi-milliard, c’est en gros la somme payée en trop par les Genevois aux assureurs depuis 1996, dont seuls 15% devraient réellement être des réserves. Où est cet argent ? Comment a-t-on pu dans notre pays arriver à un tel système ? Comment a-t-on pu transformer les primes payées au niveau cantonal en réserves nationales ? De quel droit, selon quelles règles ? Un vol organisé ? Comment a-t-on pu laisser se creuser un abîme entre les coûts réels et la hauteur des primes d’assurance- maladie cantonales ? Un scandale digne de Swissair ? Un jour, il faudra bien que les responsables s’expriment et rendent des comptes. Les Genevois sont spoliés, dépossédés, grugés, dépouillés: les synonymes sont trop nombreux.

Comme assurés, nous sommes des dindons, plumés, déplumés. A l’image de ce populaire gallinacé, nous tous sommes pris dans une farce de très mauvais goût. Il existait, il y a quelques siècles, un divertissement affligeant qui consistait à placer des dindons sur une plaque chauffante. Ainsi, sous l’effet de la chaleur, les animaux «dansaient». Une farce cruelle.

A entendre récemment messieurs Parmelin et Ruey, on comprend avec aigreur qui est avec qui et qui défend l’indéfendable. Le premier nommé a essayé d’expliquer, une nouvelle fois, que «c’est pour mieux rendre l’argent» que les parlementaires ont repoussé la restitution. Le second, sur le plateau d’Infrarouge, a continué à être le Monsieur Santésuisse qu’il a toujours été, défendant corps et âme ses riches mandants.

être attaquée: radiologie, laboratoire, soins ambulaest une lente descente où des hommes et des femmes au parcours académique souvent supérieur à dix ans sont rémunérés selon un tarif dont les bases de calcul datent de plus de vingt ans, sans aucune réindexation, sans aucune réévaluation ou révision des positions tarifaires. Comme les assurés, les médecins sont aussi les dindons du système.

Aujourd’hui, dans notre ville, un médecin généraliste travaillant 40 heures par semaine a un revenu imposable de l’ordre de celui d’une infirmière qualifiée ou d’un gardien de prison. Alors il faut allonger les journées, consulter plus, tirer sur la corde, se fragiliser. Si notre profession de médecin reste heureusement exceptionnelle dans son rapport à l’autre, dans l’utilité même de son essence, dans le capital confiance qui existe, il faut pousser à une relève de qualité : cela implique d’investir dans l’enseignement, les infrastructures, les équipements, l’innovation comme dans les revenus des médecins.

Le système actuel de financement de la santé en Suisse n’est plus supportable ni pour les assurés, ni pour les médecins. Aller vers un nouveau modèle de financement est impératif. Un système qui tienne compte des coûts réels, qui permette une offre basée sur la pluralité des modèles de soins et qui intègre l’innovation, la prévention comme les notions d’âge avancé et de fin de vie.

Mais aujourd’hui, les assurés sont écrasés par les primes et les médecins angoissés par la montée de leurs charges et la baisse de leurs revenus. Pendant ce temps, la Tribune de Genève nous apprend, dans son édition en ligne du 5 février 2014, que le bénéfice d’Helsana, certes en baisse, ne sera que de 153 millions… Eh oui, toujours les mêmes vainqueurs, toujours les mêmes qui ont le sourire. Et tant que la majorité de nos décideurs auront une oreille complaisante, les assureurs pourront se rire des dindons.

Mais un jour, oui un jour, la danse cessera, les dindons, assurés et médecins, voudront quitter cette farce. Ils réclameront leur dû. Non pas la moitié, le tiers ou le quart, mais le tout. Et cela en toute transparence et honnêteté.
Michel Matter

Un commentaire pour “Assurés, médecins : tous les dindons du système ! (Editorial de La lettre de l’AMG de mars 2014)”

  1. 500, 600, 800 millions…on ne sait pas exactement. Ce qui est certain c’est que SantéSuisse s’est royalement moquée des Genevois pendant dix ans, en prétendant qu’ils coûtaient de plus en plus cher, que c’était la faute à ceux-ci ou ceux-là – essentiellement les médecins car la tactique était de désolidariser médecins et assurés – et en se servant pour améliorer les comptes de cantons soi-disant plus modestes en coûts. La surveillance de ce système de vases communicants a été inexistante, comme est symbolique le contrôle de la Confédération sur les comptes des caisses-maladie. Certaines parmi les plus petites ont bien entendu été contrôlées car les effectifs miteux mis à disposition par le département de l’Intérieur y suffisaient. Nous n’avons aucune preuve que de plus grandes caisses l’ont vraiment été. 
    D’autre part, la loi a voulu que les réserves énormes accumulées par les assureurs leur appartiennent et ne soient plus restituables à leurs destinataires réels qu’à bien plaire. Aussi l’assuré que je suis ne croit plus, jusqu’à preuve matérielle du contraire, que les coûteuses campagnes de publicité et les campagnes politiques financées par les caisses le sont vraiment avec leur partie privée.
    Cette farce doit cesser. La solution, nous la connaissons bien avec l’assurance-accidents: une caisse publique. Bien sûr c’est donner plus de pouvoir à l’État; mais c’est surtout ôter un pouvoir exorbitant à des administrateurs financiers non élus, non amovibles, peu ou pas – et mal – contrôlés déshonnêtes, à qui ce même État a naïvement confié la gestion financière de la santé publique. Certains parlementaires voulaient même leur en confier la gestion tout court… de milicien à amateur, et d’amateur à dindon, il n’y a parfois que des nuances.
    C’est probablement une question de temps, comme tout ce qui se fait en Suisse. Mais de scandale en prévarication, de détournement en trahisons, la position de SantéSuisse deviendra progressivement intenable, même en Suisse alémanique, pour le moment religieusement acquise au système privé (privé de quoi?).
    Jean-François Babel