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Comment choisir son psy

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L’Hebdo
Jeudi 23 septembre 2004

Jadis, ils étaient réservés aux «fous». Aujourd’hui, on vient consulter les médecins de l’âme pour régler un problème ponctuel, apprendre à communiquer ou mieux se connaître.
Conséquence de cette ruée sur les psychothérapies, le domaine ne cesse d’innover et propose toujours plus de thérapies.
Hypnose, psychanalyse, analyse transactionnelle ou thérapie familiale: choisissez en fonction de vos besoins.


Grisaille d’un quotidien pas nécessairement catastrophique mais à demi-satisfaisant, relations familiales peu épanouissantes, motivation toute relative à se lever le matin pour aller travailler: et si j’allais voir un psy? Une démarche entreprise par quelque 300 000 Suisses actuellement suivis. Notre société a incontestablement démythifié la thérapie, passée en une trentaine d’années du rang d’occupation honteuse à celui de visite médicale ordinaire. Paradoxalement, cette banalisation n’aide guère celui (ou celle – les femmes représentent les deux tiers des patients) qui hésite à se lancer. Quelle école choisir? Comment être sûr que le thérapeute n’est pas un charlatan? Que lui dire lors du premier entretien? La thérapie a beau être tombée dans le domaine public, on ignore toujours ce qui se passe dans le silence feutré du cabinet et on méconnaît les options autres que la psychanalyse. Pour nourrir votre réflexion, L’Hebdo a demandé leur avis à des spécialistes.

Tous chez le psy En Suisse, 4,5% de la population est en traitement chez un psychiatre ou un psychothérapeute – un chiffre en constante augmentation. Le phénomène risque fort de se poursuivre: Jean-Nicolas Despland, psychiatre au département universitaire de psychiatrie de l’adulte à Lausanne, cite une étude démontrant que près du 50% d’une population traverse au moins une fois dans sa vie une crise sérieuse qui nécessiterait une prise en charge professionnelle. L’augmentation du nombre de consultations est aussi due à de nouveaux patients, victimes de ce que Nicolas Duruz, psychologue et psychothérapeute, appelle à la suite du sociologue Alain Ehrenberg «la fatigue d’être soi», et à des clients désireux de s’épanouir, de mieux se connaître, d’être un peu plus heureux. Une envie aux origines essentiellement culturelles. Nicolas Duruz souligne notamment l’importance des changements sociaux: «(…)la psychologisation de notre culture, à l’origine d’un immense développement des professions de soins, et plus particulièrement des professions «psys», est liée à l’effritement du lien social dans la société démocratique postmoderne». Certains réfractaires à la thérapie balaient d’un haussement d’épaule son utilité en arguant du fait qu’au fond «un ami fait aussi bien l’affaire, et gratuitement». C’est aller un peu vite en besogne, confondre compassion amicale et écoute professionnelle. Il n’en reste pas moins vrai que l’isolement affectif qui caractérise notre société n’est pas étranger au succès du domaine.

En effet, quand «l’individu est réduit à son psychisme et le sujet à sa psychologie», comme l’écrit Nicolas Duruz, l’intérêt pour la discipline se démultiplie. Il n’est que de voir la courbe exponentielle du nombre d’étudiants qui s’inscrivent «en psycho» ou les ventes records de Psychologies magazine – 10000 exemplaires chaque mois en Suisse romande – pour s’en convaincre. Cette fascination entraîne ainsi dans les cabinets des patients qui confondent intérêt légitime pour une discipline passionnante et réel besoin de se faire soigner. Comme, en plus, l’opprobre sociale s’est transformée en approbation, les gens n’hésitent plus.

Faut-il consulter? Ils n’hésitent plus, et ils font bien: «Même si on est victime d’aucune pathologie, pourquoi ne pas se donner le droit d’aller mieux?» demande Mony Elkaïm, neuropsychiatre et psychothérapeute, qui confirme l’émergence de cette frange récente de patients, sans diagnostic mais avec une réelle souffrance. Directeur de l’ouvrage collectif A quel psy se vouer?, ce spécialiste des thérapies familiales souligne une fonction nouvelle de son métier: «Les gens se voient comme un arbre, avec des branches anciennes, mais aussi des bourgeons pas encore éclos qu’ils pourraient faire fleurir pour être plus riches. Ils attendent du thérapeute qu’il les aide sur cette voie.»

Mieux se connaître pour se développer, pourquoi pas, mais de ce désir légitime au refus, un peu naïf et irréaliste, d’admettre une once de malheur dans la vie, le pas est vite franchi. En effet, les psys se sont d’abord chargés de la maladie mentale, puis de la souffrance mentale, aujourd’hui ils sont confrontés à une sorte de droit de l’homme informulé, le droit à ne pas souffrir. Mais comme le souligne Mony Elkaïm, «l’exigence de «souffrance zéro» ne me semble pas être une vision évidente de la condition humaine. J’aurais plutôt tendance à considérer qu’elle la disqualifie: le deuil, la perte, la frustration, l’échec et les difficultés sont intrinsèquement liés à sa définition.» Quand une société «psychologise» tout, elle attend des solutions de ses psys, qui se retrouvent responsables aussi bien de la condamnation d’un criminel par la détermination de son degré de culpabilité, que du bonheur individuel. Un bien que, malgré toute leur bonne volonté, les professionnels n’ont pas en stock. Avant de consulter, il s’agit donc de bien cerner sa demande: un psy n’est pas un marabout, il ne va pas, en un tournemain, donner un sens à votre vie ou faire revenir l’amour perdu. Si les attentes sont disproportionnées, elles seront forcément déçues.

De même, après un divorce, un deuil ou un licenciement, événements de vie propres à perturber l’équilibre psychique, il n’est pas toujours nécessaire de se précipiter chez un professionnel: la tristesse n’est pas une pathologie, elle n’est pas à bannir absolument. Par contre, si, après un délai raisonnable, des symptômes comme la perte de sommeil, d’appétit, l’inadaptation sociale, l’impossibilité d’aller travailler persistent, il peut être utile de consulter: c’est que l’épreuve n’a pas été digérée. Mais, comme le souligne Nicolas Duruz, «la plupart des gens sentent assez bien quand leurs problèmes prennent des proportions qui sortent de la normalité».

S’il y a de bonnes raisons pour s’allonger sur le divan, il y en a aussi de mauvaises: céder à l’injonction d’un proche, parent ou conjoint, est inutile. Pour que la thérapie porte ses fruits, il faut être mû par un sincère désir de changement.

La bonne méthode Les besoins des patients ne sont pas identiques, ni d’ailleurs leur mode de fonctionnement. Plutôt que de se précipiter tête baissée chez le premier praticien venu, il importe de se renseigner sur les différentes écoles et leurs fondements théoriques (voir tableau page 20). Avant de se déterminer, trois paramètres doivent être pris en compte: la nature du problème, l’investissement possible en temps et l’adéquation entre les caractéristiques de la méthode et la personnalité du néophyte.

L’anorexie se traite bien en thérapie familiale, alors que les troubles obsessionnels ou compulsifs se soignent volontiers par la thérapie cognitive et comportementale. Evidemment, résumées ainsi ces indications semblent un peu simplistes, mais il n’empêche que «l’hôtesse de l’air qui se réveille un matin avec une phobie de l’avion n’a pas envie de suivre cinq ans de psychanalyse pour comprendre pourquoi, sourit Mony Elkaïm. Elle veut que ça s’arrête, et vite, donc il faut l’orienter sur une thérapie cognitive et comportementale qui, dans un premier temps du moins, va lui donner satisfaction.» Afin d’aiguiller les patients, ce spécialiste plaide pour la création de postes de «pilotage» occupés par des psys qui indiqueraient au malade la thérapie la plus adéquate. En attendant, le mieux est de se renseigner en utilisant des ouvrages de vulgarisation ou en utilisant le tableau, et d’expliquer clairement au thérapeute la nature du problème, et ce dès le premier contact téléphonique. Si une autre méthode lui semble meilleure que la sienne, il ne devrait, normalement, pas hésiter à réorienter le patient.

Encore faut-il savoir chez qui: une étude américaine montre que près de la moitié des psys utilisent des éléments empruntés à gauche et à droite pour se fabriquer une méthode thérapeutique syncrétique. D’où la nécessité d’aborder directement la question dès le premier rendez-vous, si du moins le futur patient tient à une école en particulier: une autre étude montre que la méthode ne compte que pour 15% dans le succès d’une thérapie. Finalement, tout tient à la personne du psy, ou plus exactement à la relation nouée avec lui.

Le bon interlocuteur D’où l’importance d’en trouver un bon. Dans ce domaine, la principale source d’information est le bouche à oreille. Mais que votre meilleure amie soit ressortie enchantée de sa thérapie ne prouve pas qu’il en ira de même pour vous: vous n’avez ni le même problème, ni la même personnalité, ni les mêmes attentes. Il vaut donc mieux se fier à un choix rationnel. Méthode utilisée, longueur de la cure, objectifs, sont des critères à retenir prioritairement ainsi que, très important, la formation du thérapeute. Toutes les méthodes sérieuses ont des associations professionnelles qui garantissent le niveau de leurs membres. Ensuite seulement, on peut se fier à la bonne réputation de tel ou tel psy.

Le premier contact se fait en général par téléphone. Neuf fois sur dix, c’est un répondeur qui s’enclenche et vous informe du fait que le thérapeute répond par exemple les lundis et mercredis de 10 h à 10 h 30 et de 15 h 30 à 15 h 45, mais qu’il n’a plus de place disponible actuellement. La rumeur dit que c’est là une stratégie pour éprouver la motivation du patient. Il s’agit donc d’être tenace et en alerte pour s’imposer. Une fois le psy en ligne, il pose des questions sur les raisons qui poussent à consulter, les symptômes, la nature du problème. Et fixe, si tout se passe bien, un premier rendez-vous. Ensuite, une relation de confiance doit absolument s’instaurer entre le patient et le thérapeute. Ce qui n’exclut pas, selon Nicolas Duruz, la possibilité d’interroger le psy sur ses objectifs et sa méthode de travail. Eprouver des frustrations ou même des sentiments hostiles à l’encontre du thérapeute fait le plus souvent partie du processus et ne doit pas pousser à renoncer ou changer de psy immédiatement. En cas de doute, il ne faut pas hésiter à aborder le sujet. Par contre, si le thérapeute manque de respect, s’il propose des solutions toutes faites aux problèmes rencontrés dans le quotidien, opère des choix à la place du patient ou dicte des comportements, il faut sérieusement s’interroger.

«Consulter, c’est officialiser que quelque chose ne va pas, et le reconnaître devant autrui est donc une démarche en soi difficile», note Nicolas Duruz. Devoir en passer par cet aveu de faiblesse et d’impuissance peut aujourd’hui encore faire obstacle. Tout comme de nombreuses craintes plus ou moins irrationnelles. Les intéressés renoncent parfois de peur de se découvrir fou ou monstrueux, plein de pulsions inavouables, d’y laisser tout leur argent et leur temps libre, de quitter enfants, conjoints et boulot.

malaise avec les proches De toutes ces appréhensions, la plus fondée est la crainte de créer un malaise dans ses relations avec les proches: «Il arrive que l’écart soit trop grand, par exemple entre un mari en thérapie et sa femme qui refuse de changer, et que les deux réalisent qu’ils n’ont plus rien à faire ensemble», explique Mony Elkaïm. Dans ce cas, la thérapie n’a servi que de révélateur à un malaise préexistant. Mais de fait, elle peut conduire à la rupture. «Il est également fréquent que le conjoint ou la famille s’adapte à la nouvelle donne et que le changement profite à tout le monde», nuance le spécialiste.

Pour Nicolas Duruz, la plus grande difficulté est de faire comprendre au patient que, s’il va mal aujourd’hui, cela n’implique pas la nécessité de revenir en arrière, comme quand il allait mieux. Au contraire: «Il faut utiliser ce moment critique pour changer, pour devenir ce que l’on n’est pas encore. Je dis parfois à mes patients, avec un peu d’humour, d’essayer de faire le plus possible comme après plutôt que de faire comme avant», explique le psychologue.

le taux d’échec Un fiacso thérapeutique en matière d’otite, c’est flagrant. En termes de psychothérapie, juger du succès ou de l’échec est plus délicat. Nicolas Duruz, qui pratique la thérapie de couple, ne considère pas, par exemple, qu’une séparation au terme des séances passées dans son cabinet soit forcément négative: «Si les deux conjoints peuvent en arriver à la conclusion bien sentie et partagée, quoique toujours douloureuse, que c’est peut-être la meilleure solution, il y a des chances que chacun avance un peu plus heureux sur le chemin de sa vie». Pour illustrer la difficulté d’une évaluation, Mony Elkaïm cite l’exemple de ce fils fusionnel et malade de l’être, peu intégré socialement, qui vit avec sa mère, chacun étant par ailleurs trop pauvre pour subvenir seul à ses besoins. Qu’est-ce qu’une réussite dans ce contexte? Que le fils quitte sa mère, pour leur malheur à tous deux? Qu’il reste, pour leur malheur aussi?

Mony Elkaïm reconnaît néanmoins sans ambages qu’il y a «des échecs objectifs, où malgré les efforts de part et d’autre, les symptômes persistent. Dans le cas de l’anorexie, que je connais bien, je peux être face à deux jeunes filles présentant la même problématique, très bien réussir avec une et ne rien pouvoir faire pour l’autre… Les paramètres qui interviennent sont innombrables, et nous échappent en partie.»

Mais les succès existent, qui se jaugent notamment à la diminution des symptômes, une amélioration des relations sociales et la satisfaction du patient. Même si la guérison n’est pas totale, des progrès notables sont possibles même pour les malades gravement atteints: grâce au suivi psychiatrique, les schizophrènes réduisent le nombre de leurs séjours à l’hôpital de 50% et si, à l’image des maniacodépressifs, on ne saurait dire qu’ils guérissent, ils peuvent «vivre avec». Ceux qui hésitent encore, moins atteints et donc moins poussés par l’urgence, seront peut-être prêts à franchir le pas quand ils sauront que les «analysés», même mitigés sur l’instant, estiment pour la plupart que les recettes apprises en thérapie leur servent encore des années après et qu’ils ne cessent deprogresser grâce à cette expérience. |

Traité de psychothérapie comparée sous la direction de Nicolas Duruz et Michèle Gennart, «Médecine et Hygiène», 2002

divan En Suisse, 4,5% de la population est en traitement chez un psychiatre ou un psychothérapeute. Un chiffre en constante augmentation.

ils ont consulté et ils témoignent

C’est suite à des cours de théâtre, qu’un jour, voici douze ans, Laurence Revey décide de consulter: «On nous apprenait à sortir nos émotions, à mettre les mains dedans, mais personne ne nous disait quoi en faire, comment les gérer.» Un ami lui donne le nom d’un psychologue. Le courant passe. Dans sa soif d’apprendre à se connaître, la jeune femme prend part à des thérapies individuelles et de groupes. «Cela déculpabilise: on remarque que nous sommes tous faits pareil»; elle poursuit le travail avec une thérapeute, fait des stages. «C’est devenu une passion assez formidable de mieux me connaître.» Elle apprend peu à peu à faire de ses émotions un matériau de travail. «Toutes ces techniques m’ont permis d’élaborer une méthode de travail, quelque chose de très utile par rapport à la scène. Utiliser ses propres émotions comme un peintre le ferait avec sa palette de couleurs.» |

«Je ne suis pas sûr que j’aurais été candidat au Conseil d’Etat si je n’avais pas travaillé cela en thérapie. La politique, ce n’était pas mon monde ni ma projection.» La première fois que l’écologiste vaudois met le pied chez un thérapeute, c’était voici quinze ans. Des amis lui donnent une adresse. Elle lui convient. «Cela m’a apporté beaucoup de bien-être. Dans mon entourage on me disait: «On sent que tu es plus heureux.» Il s’y rend une fois par semaine pendant trois ou quatre ans. Les séances s’arrêtent d’un commun accord. Le politicien retournera chez son thérapeute à la mort de sa fille: «Il me connaissait, cela avait un aspect rassurant. Aller chez un psy, je le conseille à tout un chacun. Ne pas se faire aider lorsqu’on traverse des périodes difficiles peut avoir de lourdes conséquences». |

«Pour moi les psys, c’est de la supercherie, un bon moyen de se faire de l’argent. Ce sont un peu comme des voyants, ils rassurent les gens.» Pascal Richard ne nie pas la nécessité de parler: «Dans la vie, nous avons tous besoin d’un confident. Il change au cours de la vie.» L’ancien champion cycliste a mis les pieds chez une psychologue récemment. «J’étais dans un moment de faiblesse.» Une séance peu concluante. «Tout ce qu’elle m’a dit, je le savais déjà. J’aurais raconté tout cela à mon copain, cela aurait été pareil. Je suis conscient que mes problèmes, il n’y a que moi qui peux les résoudre. Les gens qui sont stressés savent pourquoi ils le sont.» Le Vaudois en est persuadé: «Par le sport, j’ai eu les meilleurs cours de psychologie qu’on puisse recevoir pour gérer le stress et les difficultés…» |

C’est à 17 ans que l’adolescent pense pour la première fois à se lancer dans une thérapie. Il sort alors d’une enfance marquée par la maladie (tuberculose à l’âge de 8 ans) et la mort, celle de sa soeur et de son père. Il n’en a pas les moyens. Devenu médecin à Zurich, il consulte un analyste. Interniste, il commence également un travail d’analyse avec des patients qui souffrent de maladies psychosomatiques. Après huit ans de carrière dans la médecine, l’homme se lance dans les affaires. «Je n’ai pas changé à cause de l’analyse, mais l’analyse m’a permis de changer. Elle m’a donné confiance en moi: me déterminer plutôt que de laisser les circonstances décider à ma place.» Aujourd’hui, il lui arrive de conseiller une aide extérieure à certains employés souffrant de problèmes personnels. Mais, comme il est le grand patron, peu de gens lui confient leurs problèmes. | SP

huit psychothérapies sous la loupe

Noms Principes Déroulement d’une séance Indications Durée Remarques

Psychanalyse

La psychanalyse est un procédé qui vise à rendre accessibles les manifestations de l’inconscient (lapsus, rêves, actes manqués), une méthode de traitement fondée sur cette investigation, et une description de l’appareil psychique, qui fait appel à des concepts tels que le complexe d’Oedipe, le refoulement, etc. L’adulte «dissimule» un conflit dérangeant datant de son enfance et, en le rejouant dans la relation avec son thérapeute, il va pouvoir le mettre au jour, en prendre conscience. La guérison n’est pas un but en soi, elle intervient «de surcroît» par cette prise de conscience.

Le patient est allongé sur un divan, le psychanalyste est assis derrière lui, de manière à ne pas influencer ses associations d’idées. Le patient est invité à tout dire – c’est donc précisément ce qu’il tait qui devient signifiant. Le psychanalyste intervient très peu.

Elaborée par Freud autour de la névrose et l’hystérie, la psychanalyse s’est adaptée par la suite à presque toutes les pathologies. Mais elle ne convient pas à toutes les personnalités, ne serait-ce que par l’investissement requis et la prépondérance de l’intellect, de la verbalisation.

De 45 à 50 minutes, au rythme de trois à quatre séances hebdomadaires (Freud en préconisait six), pendant le temps nécessaire. Il se compte en années (de deux ou trois à une dizaine).

La cure type décrite ici se pratique bien sûr encore, mais la psychanalyse a donné naissance à des psychothérapies psychodynamiques plus courtes, basées sur les mêmes fondements théoriques. Elles se pratiquent en face-à-face, au rythme d’une séance par semaine.

Thérapie comportementale et cognitive (TCC)

La TCC se fonde sur les travaux de la psychologie «scientifique», notamment les recherches sur l’apprentissage. Elle vise à modifier les croyances fausses («si je ne dis pas oui à tout, on ne m’aimera plus») que les sujets ont construites au cours de leur développement, notamment quant à leur valeur et quant à leur entourage, ainsi que les comportements qui en découlent. Le patient doit apprendre à les remplacer par des réactions et pensées adaptées à la réalité. C’est une thérapie plus orientée vers la disparition des symptômes que vers la recherche de leur origine.

Il n’y a pas de séance type. Le patient expose son problème et se fixe un objectif réaliste, par exemple oser sortir seul pour s’acheter un journal. Le thérapeute l’aide à élaborer un calendrier de tâches de difficulté progressive à accomplir pour la séance suivante (descendre accompagné, puis seul, entrer dans le kiosque, enfin parler au vendeur).

La TCC s’est construite autour de l’anxiété et de la dépression, troubles qui répondent particulièrement bien, mais elle s’est ouverte à presque toutes les pathologies. Encore faut-il avoir la motivation et l’énergie nécessaires, la TCC demandant une certaine capacité à se prendre en main et à passer à l’acte.

En général de 10 à 20 séances réparties sur plusieurs mois (de six à douze). Une séance dure de 50 minutes (restructuration cognitive au cabinet) à plusieurs heures (exercices in vivo).

Ses détracteurs avancent que la TCC a beau faire disparaître très vite les symptômes, elle n’est pas efficace sur le long terme: un problème ressurgit toujours si on s’attaque à ses manifestations plutôt qu’à sa cause. Ses défenseurs soulignent que, après 15 ans de psychanalyse, Woody Allen n’a pas l’air plus heureux.

Approche centrée sur la personne – Carl Rogers

L’homme naît avec un potentiel suffisant et adéquat pour se développer harmonieusement. Des relations négatives avec l’entourage (contexte peu sécurisant, atteintes à l’image de soi) peuvent perturber ce développement, surtout en coupant l’enfant de ses valeurs, de ses envies, de ses émotions, de ce qu’il sait naturellement lui être bon. Il grandit et vit alors en situation d’»incongruence», dans l’inauthenticité et les désaccords fondamentaux, d’où le dysfonctionnement et l’angoisse. La thérapie vise à retrouver la congruence, à être soi sans se glisser dans un rôle défini par les autres.

Le thérapeute doit avant tout faire preuve d’authenticité et d’empathie, ne pas juger, offrir cette relation positive qui permet la congruence. Différentes techniques sont utilisées (dessin, rêve éveillé…). En groupe ou en individuel.

Dépression, phobie, angoisses, inhibitions, insécurité. En raison de l’attention très soutenue et bienveillante manifestée au «client», les personnalités très narcissiques devraient s’intéresser à d’autres thérapies. Les schizophrénies et dépendances ne sont pas idéales pour cette approche.

Variable: 2 à 3 fois par semaine dans les périodes aiguës, des espaces de plusieurs semaines entre deux séances à d’autres moments. Au début, une certaine rigueur prévaut (1 séance hebdomadaire, par exemple).

Cette psychothérapie a été élaborée en réaction aux deux précédentes. Carl Rogers trouvait les comportementalistes trop directifs et Freud trop intellectuel dans son approche de l’homme.

La Gestalt- thérapie

Le point de départ de la Gestalt est la perception sensorielle (vue, ouïe, etc.). Elle pose la question de la façon dont l’homme organise cette perception. L’accent est mis sur comment les choses sont ressenties ici et maintenant dans mon corps, en une actualisation des émotions éprouvées autrefois lors d’épisodes importants, plutôt que sur pourquoi elles se passent. Cette thérapie est à mi- chemin des formes verbales et des formes corporelles de traitement, le corps, la pensée et les émotions étant pour elle liés.

Il n’existe pas de séance type, mais plusieurs exercices caractéristiques, notamment la «hot seat»: le patient place une chaise vide en face de lui, «convoque» une personne centrale dans son histoire et lui adresse directement la parole en exprimant les émotions (tristesse, colère) qu’elle n’avait pu formuler par manque de moyens dans son enfance.

Toutes, sauf si le patient est dans l’incapacité de respecter le cadre ou de dialoguer. Sont en général exclues les toxicodépendances, décompensations psychotiques et dépressions profondes.

En individuel, les séances durent environ 50 min. Certains patients n’ont besoin que de quatre séances, d’autres viennent des années durant. La fréquence peut osciller de trois fois par semaine à une fois tous les 15 jours.

Méthode très prenante puisqu’elle fait vivre et revivre des émotions intenses, la Gestalt effraie certains: il faut oser parler à une chaise libre ou se livrer à un jeu de rôles devant un groupe. Une peur du ridicule qui, paraît-il, se travaille et se surmonte.

Thérapie systémique

La thérapie systémique est une théorie et une pratique psychothérapeutique qui part du principe que l’homme est un être social coopératif. Elle stipule qu’un trouble du comportement ou un dysfonctionnement psychologique ne peut être abstrait du contexte relationnel dans lequel le patient s’inscrit. Le symptôme du membre malade de la famille a une fonction ambiguë: à la fois tentative de soulever le problème pour le régler et perpétuation du cercle vicieux. La systémique a d’abord été utilisée dans le cadre de la famille, mais peut s’appliquer à tout système (couple, groupe, entreprise).

Une séance peut réunir toute la famille, le couple parental, la fratrie, un membre seul… Il n’y a pas de schéma type, mais le thérapeute vise à ce que chacun exprime sa souffrance face à la situation et à ce que les autres en prennent conscience. La confrontation des différents vécus a déjà un effet thérapeutique.

Toutes, sauf si un membre de la famille résiste. Dans des cas complexes ou des maladies graves, la thérapie systémique est associée à des soins en réseau.

Les séances durent de 60 à 90 minutes, à raison d’une fois toutes les trois à quatre semaines. Un traitement se déroule en moyenne sur 10 à 15 séances, soit une année à une année et demie.

Longtemps associée au «patient désigné», membre symptomatique de la famille qui sert de fusible et maintient ainsi l’équilibre (boiteux) du groupe, la thérapie systémique intègre désormais d’autres données, notamment la vulnérabilité intrinsèque de certains individus; tout n’est pas dans la relation.

Analyse transactionnelle

L’analyse transactionnelle propose une description de la structure psychologique des individus, composée de trois états du moi: le parent, l’adulte, l’enfant. Selon les événements et les interlocuteurs, c’est l’un ou l’autre de ces états qui domine les autres et s’exprime. L’autre concept clé est le «scénario»: tout petit, l’homme élabore un plan de vie tracé en fonction des attentes de ses parents, de son besoin de reconnaissance (exemple: si j’affirme mes besoins, je serai rejeté). Une fois adulte, il est piégé dans ce scénario et continue inconsciemment à le jouer.

Le but de la thérapie, souvent pratiquée en groupe, est d’apprendre à reconnaître les états du moi (il faut soigner l’enfant blessé, le protéger avec l’adulte et le soutenir avec le parent) et d’identifier ses croyances scénariques pour s’en libérer. Les techniques utilisées sont diverses: on peut par exemple citer la «hot seat» de la Gestalt.

Idéal pour les personnes en difficulté relationnelle (timidité, agressivité), mais aussi pour la plupart des autres pathologies, sauf les psychopathes ou psychotiques, difficiles à contenir et à intégrer dans un groupe.

Séances individuelles de 45 minutes, une à quatre fois par mois, ou séances de groupe de 2 à 3 heures et ateliers durant les week-ends. D’une dizaine de séances à 3 ou 5 ans (remaniement total du scénario).

A la fois théorie de la personnalité, théorie de la communication et théorie du développement, l’analyse transactionnelle est utilisée en psychothérapie, mais aussi dans toutes les professions où la communication est centrale (management, enseignement, négociation, vente).

La programmation neurolinguistique

(PNL)

Le but de la programmation neurolinguistique est de «reprogrammer» le sujet pour l’ancrer dans une logique de succès. Le comportement d’un individu est déterminé par son «modèle du monde», soit les représentations mentales construites pour structurer ses expériences subjectives. L’étude des schémas langagiers, du corps et le mode sensoriel de prédilection du patient renseignent le thérapeute quant à ce modèle. Ensuite, s’il est inadapté, il s’agit de le modifier pour améliorer les performances du sujet.

Le thérapeute et le patient fixent un objectif (souvent divisé en buts intermédiaires). Pour les atteindre, des techniques empruntées à diverses écoles sont utilisées (notamment à la TCC, – lire plus haut). Une attention particulière est apportée au langage (dire «je vais faire ceci» au lieu de «j’aimerais bien éventuellement…»).

La PNL est très utile pour résoudre des problèmes ponctuels (perdre du poids, trouver un nouveau travail, surmonter un divorce).

La PNL fait partie des thérapies brèves. La durée moyenne est de 10 à 12 séances, à un rythme hebdomadaire, bimensuel ou éventuellement mensuel.

Cette thérapie peut également être utilisée en dehors de toute pathologie, à des fins de connaissance de soi ou d’amélioration des performances. Pour y trouver son compte, il faut être motivé et de nature plutôt active et volontariste.

Hypnose

L’hypnose a pour but de modifier l’état de conscience du patient en le menant à fixer son attention sur un seul point, de sorte que toutes les autres stimulations, notamment sensorielles, ne l’atteignent plus. Une partie de son cerveau peut alors vivre la transe pendant que l’autre comprend et analyse de façon rationnelle ce qui se passe. Cet état permet au patient d’éprouver de façon anticipée, par la suggestion, les changements qu’il souhaite. Le patient a déjà en lui les ressources pour le changement, l’hypnose lui permet de les découvrir et de les investir.

La technique choisie dépend du mode sensoriel privilégié du patient (visuel, auditif, kinesthésique…). Une fois l’état de conscience modifié, le thérapeute essaie d’influencer le patient (quant à ses pensées, émotions, comportements) ou de lui suggérer des pistes en lui parlant (les contes, récits, métaphores sont très utilisés).

Troubles du sommeil, stress, troubles anxieux et phobies, dépression, obsession, syndromes posttraumatiques, troubles psychosomatiques, aide contre les dépendances, sexologie (vaginisme, impuissance, éjaculation précoce).

Le rythme et la durée des séances sont extrêmement variables, bien que, comme pour la plupart des psychothérapies, la fréquence standard soit de 45 minutes hebdomadaires.

L’hypnose est aussi utilisée pour le traitement des maladies psychosomatiques et comme anesthésique (petites interventions) ou analgésique (soins palliatifs, migraines, etc.). Son danger: la création de «faux souvenirs» – à l’image de cette jeune fille s’étant «remémorée» par ce biais un abus sexuel… sans fondement!

Thérapie Tout tient à la personnalité du psychothérapeute ou, plus exactement, à la relation qui se noue avec lui.

«Consulter, donc reconnaître que quelque chose ne va pas devant autrui, est une démarche en soi difficile.» Nicolas Duruz, psychologue et psychothérapeute

qui fait quoi?

Un psychologue suit une formation universitaire de quatre ans (licence). Il ne peut pas conduire de psychothérapie, ni prescrire de médicaments.

Un psychologue et psychothérapeute a approfondi cette formation de base par quelque quatre ans d’études. Il peut prendre en charge seul des thérapies, mais ne peut pas prescrire de médicaments.

Un psychiatre est un médecin (six ans d’études) qui a accompli le cursus (environ six ans de plus) pour l’obtention du titre de «spécialiste en psychiatrie et psychothérapie». Il peut prescrire des médicaments et mener des thérapies.

Un psychanalyste est le plus souvent un psychologue ou un psychiatre qui se spécialise dans cette voie. Ce sont les sociétés de psychanalyse qui organisent la formation (très longue) et la créditent.

Les thérapies prescrites par des médecins sont remboursées (entre 120 et 190 francs pour 50 minutes) par l’assurance de base, qu’elles soient menées par le psychiatre lui-même ou «déléguées» à un «psy» non médecin. Les autres thérapies ne le sont pas. | SA

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