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Les Suisses sont champions du stress au travail

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Mercredi 16 novembre 2005

Le stress au travail, c’est un peu comme le mobbing. Tout le monde l’ignore, car personne ne veut en parler. Et pourtant. Véritable phénomène de société, le stress professionnel atteint aujourd’hui des records en Suisse.

C’est une étude de l’agence de placement de personnel Kelly Services qui a mis le doigt hier sur ce sujet ultrasensible. Réalisée dans toute l’Europe, cette enquête révèle que les Suisses ont les taux de stress les plus élevés d’Europe.

Au total, un tiers des Helvètes avoue se sentir stressé sur son lieu de travail. Ce problème touche presque autant les femmes (32%) que les hommes (35%), mais son intensité varie selon les secteurs d’activités professionnelles.

L’enquête note ainsi que 46% des personnes actives dans le domaine informatique se disent très affectées par le stress. Suivent les secteurs de la vente, de l’après-vente et de la production. L’administration, les ressources humaines et la comptabilité semblent pour l’heure épargnées par ce mal.

S’il affecte de plus en plus de personnes, le stress professionnel n’est pas nouveau en Suisse. Depuis la fin des années 90, les Offices cantonaux de l’inspection du travail ou encore le Secrétariat d’Etat à l’économie réalisent des enquêtes sur ce phénomène. Et leurs conclusions sont loin d’être rassurantes. Selon une étude réalisée en 2003 par l’Office fédéral de la statistique, 44% de la population active suisse admet ressentir une forte tension au travail. Cette tension se trouve à l’origine de troubles de santé importants: maux de tête, maux de dos, troubles du sommeil, mal-être psychique, autant de facteurs qui peuvent à terme mener le sujet dans une spirale infernale.

Les psychologues eux-mêmes en conviennent et considèrent désormais le stress professionnel comme l’une de leurs priorités. Interview de Rolf Stauffer, psychologue, psychothérapeute et spécialiste du coaching en entreprise à Genève.

Comment expliquez-vous que les Suisses soient les champions d’Europe du stress au travail?

Le Suisse est par définition très consciencieux. Il a la réputation de faire toujours son travail le mieux possible. Le stress entre en jeu lorsque les performances à atteindre sont toujours plus hautes.

Qu’est-ce que le stress professionnel?

Le stress est spécifique à la place de travail et s’évalue toujours en fonction de sa projection dans le futur. Il en existe en réalité deux sortes. Le stress positif est une performance que nous voulons réussir et qui nous motive. Le stress est négatif quand la compétition devient contrainte: surcharge de travail, crainte de sanctions, etc.

Comment reconnaît-on un mauvais stress?

Le stress s’accompagne obligatoirement de deux éléments: un facteur psychologique, mais également des manifestations corporelles. Plus le stress est important, plus on se met à le subir physiquement, par des maux de dos, des maladies ou une baisse de ses défenses immunitaires. Au bout d’un moment, la personne se met à subir son stress et développe un sentiment très fort d’impuissance. Elle craque: c’est la dépression ou le burn out.

Avez-vous constaté une augmentation de ce phénomène dans les entreprises suisses?

Le stress est très répandu dans les entreprises qui ont pour priorité leur rentabilité. Parallèlement, plus la conjoncture économique est difficile, plus le stress du personnel augmente.

Comment l’entreprise peut-elle combattre ce fléau?

L’employé doit apprendre à gérer la pression et à la surmonter. Quant à l’employeur, il doit être attentif. Un bon management doit savoir évaluer les attentes de ses collaborateurs, être à leur écoute et les encourager régulièrement. Il faut une relation de confiance entre le patron et son personnel. Elle est indispensable au bon fonctionnement de l’entreprise.

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