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Vendredi, 30.01.2009

 Helsana tousse: est-ce grave docteur?


 

Le groupe Helsana enregistre une perte de 215 millions en 2008. Un sérieux coup de froid qui aura des conséquences, notamment pour le personnel.

Patrice Favre
Une fois n’est pas coutume, on se permettra d’emprunter le titre trouvé dans un autre journal romand, «Le Temps»: «L’effondrement de la bourse fragilise encore davantage la caisse-maladie Helsana.» Détail amusant, ce titre date… du 9 août 2002. Preuve que l’histoire se répète, et que le plus gros assureur de Suisse n’en est pas à son premier iceberg. Hier en effet, le directeur général Manfred Manser confirmait les mauvais chiffres attendus. En 2008, le groupe Helsana enregistre une perte d’exploitation de 215 millions de francs, à comparer au bénéfice de 95 millions en 2007.

Un boum des dépenses
Ce résultat est la conséquence de la forte hausse des dépenses d’assurance (factures payées), qui ont progressé de 8,3% par rapport à 2007. Les recettes (primes payées) n’ont augmenté que de 1,8%. Dans le détail, les progressions les plus fortes se vérifient dans les dépenses ambulatoires en hôpital (+16%) et dans les cabinets médicaux (+10%). Les dépenses d’Helsana pour son administration, par contre, ont diminué.
«La politique des primes maintenues artificiellement à un niveau trop bas agit comme un boomerang», disait hier Manfred Manser. Les primes, dans le système suisse de santé, devraient couvrir les coûts, ce qui n’est plus le cas. «Le besoin de rattrapage est évident, lorsqu’on constate la nouvelle flambée des coûts de la santé et le peu de bénéfices à attendre des capitaux.»
«En bonne santé»
De fait, les fonds propres de l’entreprise, qui étaient de 1,03 milliard en 2007, ont plongé à 816 millions. En pourcentage des primes encaissées, Helsana avait 18% de réserves en 2006, 19,4% en 2007 et seulement 15% à fin 2008. «La santé financière de l’entreprise peut être qualifiée de bonne», s’est hâté de préciser Manfred Manser. Effectivement, le matelas est toujours épais, mais le taux des réserves se rapproche de la barre des 10% fixée par le Conseil fédéral en 2006.

Ce recul s’explique évidemment aussi par la tempête boursière de l’an dernier. La valeur des placements au bilan a reculé de 229 millions, contre une progression record de 229 millions l’année précédente. «Mais il n’y a eu aucune vente forcée de nos actions l’an dernier. Et si la bourse remonte, nous en profiterons aussi», précise Rob Hartmans, porte-parole. Comme les années précédentes, les pertes se sont concentrées surtout dans l’assurance de base, qui compte 1,38 million d’affiliés. Le secteur de l’assurance complémentaire, avec 1,17 million de clients, termine l’exercice sur un bénéfice.
On oublie les bonus
La mauvaise passe que traverse Helsana aura des conséquences: les dépenses pour le personnel ont été gelées au niveau de 2008. Différents projets ont été revus, voire annulés. Les cadres de l’entreprise ne toucheront aucun bonus. Quant à la hausse des primes, elle se vérifiera cet automne.
Pour mémoire, l’année «catastrophique» qu’avait connue Helsana en 2001, lors de la précédente crise boursière, s’était soldée sur une perte d’exercice de 323 millions dans l’assurance obligatoire, et de 386 millions pour l’ensemble du groupe. Une perte énorme, qui avait fait tomber les fonds propres de 21% à 7% en une seule année! Pour renflouer la caisse, Helsana avait dû augmenter ses primes plus fortement que la moyenne, dans plusieurs cantons. Elle est aujourd’hui une caisse chère, en particulier à Fribourg. Mais elle a lancé entre-temps des filiales pour attirer les «bons risques», avec un succès certain. I

Les pertes sont générales
En sortant ses principaux chiffres à la fin janvier déjà, Helsana est très en avance par rapport ses concurrents, qui sont pour la plupart encore en train de soupeser leurs pertes pour 2008. Concordia, un des cinq «grands» de Suisse, annonçait hier être «sorti indemne de la crise financière». «Concordia a vendu la totalité de ses actions avant le grand krach de l’automne dernier», annonçait un communiqué. Question rendement, par contre, les placements ont aussi subi un recul. «On sera proche de zéro», disait hier Mark Gluth, porte-parole. Mais la hausse des coûts a aussi un impact. Le pourcentage des réserves, à la fin 2008, sera «supérieur à 20%», contre 24% à la fin 2007.
Le Groupe Mutuel, troisième assureur suisse, a déjà fait savoir dans ce journal que l’année écoulée n’a pas été bonne. «Nos réserves se réduiront à 20%, contre 24,7% en 2007», disait Yves Seydoux, responsable de la communication (notre édition de mardi).
Du côté de Visana, enfin, le recul prévu est plus limité. Selon les informations diffusées hier, le résultat d’entreprise reste bénéficiaire, à hauteur de 23 millions, contre 39 millions l’année précédente. Mais là aussi les réserves diminueront, passant de 21,7% à 20%, selon une estimation de Manfred Boesch, porte-parole. La CSS, deuxième assureur du pays, n’a pas encore donné de chiffres. Son taux de réserve était de 16,3% en 2007. PF
«La santé financière de l’entreprise peut être qualifiée de bonne», se hâte de préciser Manfred Manser, directeur général d’Helsana. keystone/steffen schmidt

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