< | >

Jacqueline de Quattro tenait-elle un double sur le budget ?

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.


Samedi,  
31.01.2009

POLICE ● Pour avoir prié l’UDC de voter un amendement de la gauche au budget, un proche de la radicale a déclenché un orage au Château.

Décidément, l’année 2008 se sera terminée sous haute tension pour Jacqueline de Quattro. En décembre, la cheffe radicale du Département de la sécurité et de l’environnement avait été tancée par ses collègues pour avoir dit trop franchement à un journal ce qu’elle pensait de deux candidats possibles au poste de commandant de la police. Par-dessus le marché, au même moment, elle se faisait taper sur les doigts à cause du lobbying d’un proche collaborateur lors du débat sur le budget de la police.
Additionnée à la bronca déjà provoquée par les propos sur les deux candidats, cette histoire – si elle s’était sue tout de suite – aurait pu même amener Jacqueline de Quattro à démissionner, analyse un député de la majorité: «Ses nerfs auraient lâché, et elle aurait quitté le gouvernement!», croit savoir cet élu.

Pour 6 policiers de plus
Tout commence avec une proposition chiffrée à 750 000 francs. C’est l’augmentation du budget de la police cantonale que la gauche veut faire passer, pour engager six policiers, en plus des 46 postes nouveaux déjà intégrés dans le projet de budget du Château. Les socialistes déposent l’amendement, appuyés par l’extrême gauche, les Verts et des centristes. Refusé en premier débat le 2 décembre, la somme est acceptée en deuxième lecture le 10, avant d’être finalement refusée le 17 en troisième débat. A la tribune, Jacqueline de Quattro défend la position du Conseil d’Etat. Mais dans les coulisses du parlement cantonal, un de ses proches collaborateurs tient un autre langage.
Adjoint au secrétariat générale du département, Michel Pont tente de convaincre le groupe UDC, sinon un maximum de ses membres, d’accepter les six postes supplémentaires. Avec tout ou partie de ces 26 voix, en plus de celles de la gauche jusqu’au centre, l’amendement passerait. L’adjoint s’adresse d’abord au député lausannois Jean-Luc Chollet, qui explique qu’il faut en parler au chef du groupe UDC, Pierre-Yves Rapaz. Michel Pont et Jean-Luc Chollet vont donc tous deux à la rencontre du numéro un du groupe UDC, qui refuse et se fâche.

Y a-t-il eu ordre?
«En tant que chef du groupe UDC, je dis qu’il faut défendre le budget du Conseil d’Etat, raconte Pierre-Yves Rapaz. Si les sept conseillers d’Etat faisaient un tel lobbying, ça serait vite le chenit!» Il ne se gêne pas de le dire aux trois autres ministres, l’udc Mermoud, le libéral Leuba et le radical Broulis, chargé des finances et président. Début de l’orage au Château cantonal, ou du moins au sein de sa majorité qui détient quatre sièges au gouvernement.
Lors d’une séance réunissant les dirigeants des partis de droite et leurs ministres, Pierre-Yves Rapaz interpelle Jacqueline de Quattro. Michel Pont a-t-il suivi un ordre de sa cheffe? Question explosive: si oui, alors Jacqueline de Quattro se désolidarise de la majorité et de l’ensemble du Conseil d’Etat. Sinon, d’autres questions se posent: pourquoi, pour qui, un de ses proches conseillers fait-il du lobbying, si ce n’est pas pour sa patronne?
Ces questions furent au menu d’une autre séance, lors de cet électrique mois de décembre. Mais au Parti radical cette fois. C’est le député Armand Rod, président de la commission des finances du parlement, qui raconte cette délicieuse réunion de famille. «La question est de savoir si la démarche de Michel Pont a été commanditée, se souvient Armand Rod. Bien entendu, Jacqueline de Quattro clame que ces choses-là lui ont échappé, qu’elle n’y peut rien, qu’elle a perdu la maîtrise de son entourage. Puis elle passe à la phase deux, celle de la victimisation. Elle se dit victime de la presse.»

«Il bouffait du radical»
Armand Rod, proche de Pascal Broulis, avait été rival de Jacqueline de Quattro lors de la sélection interne des candidats, au Parti radical en 2006. Il assure n’avoir aucune rancœur et ne se prive pas de commenter la situation: «Lors de la campagne électorale, la presse a globalement soutenu Jacqueline de Quattro. Maintenant la presse ne la soutient plus. Elle devrait se remettre en question. Je regrette qu’elle a choisi de nommer Michel Pont, lui qui a bouffé du radical pendant longtemps (Michel Pont a été jusqu’en 2007 responsable de la rubrique de politique cantonale à «24 heures», ndlr.). J’ai de la peine à comprendre comment elle gère son mandat.»
Amené à s’expliquer à une autre occasion que cette réunion de la famille radicale, Michel Pont, selon nos sources, a affirmé qu’il avait agi sur mandat de Jacqueline de Quattro. «Je ne fais aucun commentaire», nous répond-il. Et Jacqueline de Quattro, que dit-elle de tout cela? Sa chargée de presse explique que la magistrate radicale ne répond pas. «Entre Jacqueline de Quattro et Michel Pont, il n’y a pas d’accusation de mensonge», explique une autre source gouvernementale. Ouf, l’harmonie est sauve au Château. Mais aussi au sein de la droite, et surtout chez les radicaux…
L‘année 2008 se sera terminée sous haute tension pour Jacqueline de Quattro.
Jérôme Cachin

< Retour à la liste