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Des bébés en manquent de nicotine

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Jeudi, 24 juin 2010

SANTÉ · Fumer pendant la grossesse, c’est mal ­ et cela cause même un syndrome de manque chez le nouveau-né. Mais pas facile de s’arrêter… Explications d’un médecin.

Fumer pendant la grossesse, c’est mauvais ­ on le sait. Mais cela ne rend pas plus facile le fait d’arrêter… Quelles sont au juste les conséquences de la fumée pour l’enfant à naître? Le Dr Véronique Godding, du service de cardiologie pédiatrique des Cliniques universitaires Saint-Luc, en Belgique, s’est penchée sur la question. Avec cette conclusion étonnante: les nouveaunés exposés à un important tabagisme maternel durant la grossesse développent un syndrome de manque durant les premiers jours de vie. On savait déjà que l’embryon développe des récepteurs à la nicotine dès le deuxième mois de vie. Et que lorsque la maman fume, le foetus est exposé à 15% de nicotine en plus que sa mère. Pour cerner la question du syndrome de manque lors du sevrage tabagique à la naissance, le Dr Godding a recruté 17 femmes enceintes fumant plus de 10 cigarettes par jour et 16 femmes enceintes non fumeuses et non exposées à la fumée de tabac.
Interview : 
Comment avez-vous mené cette étude?
Nous avons étudié rétrospectivement deux groupes de nouveau-nés, pendant leurs cinq premiers jours de vie: l’un de mères fumeuses, l’autre de mères non fumeuses. Nous avons mesuré dans le sang du cordon, dans les urines des bébés et des mères, des concentrations de cotinine, qui est le principal métabolite de la nicotine. »Nous avons aussi effectué des examens neurologiques détaillés par un pédiatre qui ignorait le statut tabagique des mères. Enfin, nous avons demandé aux infirmières et aux mamans de mesurer toutes les trois heures des paramètres d’un score de sevrage.
On estime que 18% des grossesses vont être compliquées par le tabagisme, rappelle le Dr Godding.
jour de vie. Quant aux scores de sevrage, ils étaient plus élevés chez les nouveaunés de mères fumeuses. 18% des grossesses vont être compliquées par le tabagisme soit pendant une partie soit pendant toute la grossesse. Et, derrière ces chiffres, il y a une réelle fracture sociale puisque, pour les jeunes femmes de milieux vraiment favorisés, on a 7% de grossesses tabagiques contre 35% dans les milieux socio-économiques défavorisés.
Quels sont les autres conséquences chez l’enfant puis chez l’adulte dues au tabagisme de la mère pendant la grossesse?
Trois études ont montré que les adolescents qui ont été exposés au tabagisme de la mère, tous autres facteurs étant corrigés, ont un risque nettement plus important de devenir rapidement des fumeurs dépendants lors de leur première rencontre avec le tabac. Par ailleurs, n’oublions pas que le tabagisme chez la mère entraîne un risque accru de prématurité, de fausse couche, d’hématome rétroplacentaire (une complication grave de la grossesse), de pathologies et de mort périnatales, de maladies respiratoires pendant les pre-mières années de vie, de mort subite du nourrisson Plus tard, on sait que cela augmente le risque d’hypertension artérielle ou encore le diabète de type 2 chez l’adulte.
Que peut-on dire des aides au sevrage pendant la grossesse?
Il faut qu’il y ait une aide au sevrage tabagique qui soit disponible dans toutes les maternités et dans toutes les structures de la santé où il y a un suivi de la grossesse. Il faut aussi dire que, si la maman peut être plus motivée pour arrêter de fumer pendant la grossesse, cela reste aussi un moment particulièrement difficile parce que le métabolisme de la nicotine est accéléré pendant cette période où l’on ne peut, en outre, pas utiliser d’aide médicamenteuse. On va seulement, dans certains cas et avec beaucoup de prudence, pouvoir travailler avec une aide de substitution nicotinique. Il y a donc un grand travail d’ordre psychologique complémentaire.
Laurence Dardenne

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