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Le génome du pou a été séquencé. Pour sa perte

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Tribune de Genève, tdg.ch
Vendredi, 25 juin 2010

Notre inséparable compagnon a livré ses secrets génétiques. Ils pourraient mener à un divorce entre l’humain et l’insecte.

Le pou est le parasite dans toute sa splendeur. Répugnant dans son corps translucide de deux à trois millimètres, affublé de six pattes et sous l’œil impitoyable d’un microscope. Collant, Pediculus humanus élit domicile dans nos cheveux et nos vêtements et se nourrit exclusivement de sang humain. Outre les démangeaisons insupportables que sa présence occasionne, il est un vecteur de maladies. Les chercheurs l’affirment: sans nous, il ne serait plus.
Car ce mode de vie, simple et abjecte, est inscrit dans son génome, révèle le séquençage de l’insecte publié lundi dans les Annales de l’Académie nationale américaines des sciences. Une équipe internationale de plus de 70 scientifiques, menée par le professeur Evgeny Zdobnov de l’Université de Genève et de l’Institut suisse de bioinformatique (SIB), a décrypté le génome du pou, plus petit insecte jamais soumis à cet exercice.

Vecteur de maladiesPremier constat, le pou présente un nombre réduit de gènes de détection ou de réaction à l’environnement. Comparativement aux autres insectes, le nombre de ses récepteurs pour le goût et les odeurs est nettement moindre. En outre, son corps compte «le plus petit nombre d’enzymes de désintoxication observés dans n’importe quel autre insecte», indique John Clark de l’Université du Massachusetts, coauteur de l’étude. Ceci en fait un candidat intéressant pour l’étude de la résistance aux insecticides et d’autres mécanismes de défense, observe l’autre coordinateur de l’étude Barry Pittendrigh, professeur d’entomologie à l’Université d’Illinois.
Le pou, qui prolifère quand l’hygiène corporelle est défaillante, peut aussi transmettre aux humains des pathogènes comme le Rockettsia prowazekii , responsable du typhus, et le Borrelia recurrentis , à l’origine de la borréliose (fièvre récurrente), ainsi que la Bartonella quintana. Ce pathogène provoque la fièvre des tranchées qui a affecté l’armée de Napoléon lors de la retraite de Russie en 1812.

Eradication définitive?

Le pou de tête et de corps devenant de plus en plus résistant aux traitements, son séquençage pourrait contribuer à trouver de nouveaux moyens de le contrôler. Ainsi, les chercheurs ont également séquencé le génome d’une bactérie vivant en symbiose avec le pou, Candidatus Riesia pediculicola . Cibler la bactérie Reisia pourrait offrir une nouvelle option de contrôle du pou puisque son génome permet la production de vitamine B5, nécessaire au pou mais absente du sang humain.
Enfin, ce travail pourrait aussi fournir un éclairage sur l’évolution et les migrations humaines. Notre compagnon de longue date pourrait notamment trahir le moment à partir duquel l’être humain a commencé à se vêtir.
ANNE-MURIEL BROUET

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