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Genève présente les succès de sa lutte anti-VIH

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Tribune de Genève, tdg.ch
Mercredi, 21 juillet 2010

CONGRÈS MONDIAL Le Groupe sida Genève échange ses expériences de terrain.

Plusieurs membresdu Groupe sida Genève se trouvent cette semaine à Vienne. Pour écouter, hier, l’intervention de Bill Clinton à la XVIIIe Conférence internationale sur le sida. Mais surtout parce que même «si nous sommes un groupe local, de nombreux enjeux dépassent le cadre de nos frontières», justifie Deborah Glejser, porte-parole du Groupe sida Genève.

«D’une part, nous sommes concernés par le lobbying au niveau international. Par exemple pour lever les restrictions de voyages contre les personnes séropositives, qui subsistent encore dans de nombreux pays. Ou pour lutter contre la pénalisation de l’exposition au VIH ou de sa transmission, précise la Genevoise. D’autre part, il est très important pour nous d’échanger et de partager nos expériences de terrain avec d’autres associations. Nous voyons ce qui se fait ailleurs, ce qui fonctionne et pouvons nous en inspirer. »

Des acquis parfois fragiles
«En Suisse, nous sommes vraiment à la pointe dans le domaine des traitements, de la prévention ou de la réduction des risques liés aux injections de drogues», reconnaît encore Deborah Glejser. Même si certains acquis restent fragiles, comme en témoignent les pressions du MCG pour fermer le local d’injection Quai 9 ou la criminalisation de l’exposition au VIH.

A Vienne, le Groupe sida Genève peut aussi se targuer de certains succès locaux. Ainsi, par exemple, la mise en place d’un groupe de parole pour les hommes africains, actif depuis deux ans. Avec les hommes gay, les migrants sont la deuxième population dans laquelle le plus de nouvelles infections sont détectées.

«L’idée est de partager du vécu, des trajectoires de vie, en toute liberté», précise Oumar Niang, animateur du groupe. Le résultat est un «échange culturel riche dans lequel se retrouvent des anglophones et des francophones, des jeunes et des vieux, des migrants fraîchement arrivés et d’autres établis de longue date».

De son côté, Dialogai a présenté une étude sur Checkpoint, le lieu de dépistage et de conseil de l’association, ouvert en 2005. S’adressant en priorité aux hommes homosexuels, il a connu un doublement de sa fréquentation en quatre ans, passant de 265 à 574 clients en 2009. L’étude de l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive de Lausanne montre aussi que 40% des clients viennent suite à des comportements à risque et le nombre de personnes répétant le test, entre 30 et 40%, a augmenté au fil des années.

A Genève, entre 3000 et 4000 personnes vivent avec le VIH. En 2009, le nombre de personnes ayant nouvellement découvert leur séropositivité a connu une baisse inédite de 30%, totalisant 68 personnes. Que montrera 2010?

Quel est le pouvoir des deux Bill?
Deux Bill étaient hier à Vienne,intervenants de la Conférence mondiale sur le sida. Clinton, au nom de la fondation qui porte son patronyme. Gates, représentant la fondation qui porte son nom et celui de son épouse. L’ex-président des Etats-Unis et l’ex-patron de Microsoft ont plaidé pour une meilleure utilisation de l’argent du sida en ces temps de crise.«Dans beaucoup trop de pays, beaucoup trop d’argent va à trop de gens qui vont à trop de réunions, qui prennent trop d’avions pour faire trop d’assistance technique», a insisté Bill Clinton. L’après-midi, Bill Gates a enchaîné: «Nous devons être honnêtes, nous ne pouvons plus dépenser les ressources contre le sida comme nous le faisons aujourd’hui. En demandant plus d’argent, nous devons aussi nous assurer de retirer plus de chaque dollar. »

La présence à Vienne des deux Bill est un moteur essentiel de la lutte antisida. Cependant, la question se pose: quel est le pouvoir des milliards des Bill et surtout de ceux de Gates? Sur les plus de 11   milliards de dollars annuels dévolus à la lutte contre l’épidémie, seuls 4% proviennent de fonds privés. Parmi les plus gros donateurs figurent les fondations des deux Bill.

A la différence des fonds publics et de la Fondation Clinton, qui récolte des dons, Gates est le seul – avec sa femme – à déterminer l’attribution d’un fonds doté de plus de 35   milliards de dollars. En dix ans, il est devenu le plus grand donateur privé au monde. Depuis sa création en 1999, la Fondation Bill et Melinda Gates (FG) a distribué 22,8   milliards de dollars dans trois programmes: le développement mondial, la santé mondiale et les Etats-Unis.

Un article paru en 2009 dansThe Lancetmontre que tous les grands contributeurs de la santé mondiale ont une relation avec la FG. Mais 65% des dons se concentrent sur 20 organisations. A commencer par l’OMS, à laquelle la fondation offre 4% de son budget, dépassant, directement et indirectement, les Etats-Unis.

Le sida est certes une goutte d’eau dans ce flot de milliards: 2,2   millions de dollars, plus 650   millions au Fonds mondial. Mais les orientations du milliardaire sont claires: la recherche d’un vaccin, la prévention et la baisse des coûts des traitements.
Anne-Muriel Brouet

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