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Cancer du sein: faut-il se faire dépister avant 50 ans?

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Dimanche, 9 octobre 2011

MAMMOGRAPHIE Les médecins constatent une augmentation du nombre de cancers du sein chez les femmes jeunes. Or les programmes de dépistage, eux, n’en tiennent pas compte. Le point à l’occasion du Mois du cancer du sein.

Trop jeune pour avoir un cancer du sein! C’est ce que se disent beaucoup de femmes dans la trentaine ou la quarantaine, souvent rassurées par le discours de leur gynécologue. En Suisse romande, la stratégie de santé publique est d’ailleurs claire: les femmes sont invitées à faire une mammographie, gratuitement, tous les deux ans à partir de 50 ans. Pourtant, de nombreux spécialistes constatent que la fréquence des tumeurs augmente avant la cinquantaine.
«Il n’est pas rare que des médecins disent à leurs patientes: vous êtes jeunes, vous ne risquez rien. Moi, je récupère chaque année plusieurs jeunes femmes avec une tumeur localement avancée ou avec des ganglions métastatiques», lâche le Dr Didier Jallut, oncologue à Lausanne. La réalité c’est qu’avant 50 ans les femmes touchées par un cancer du sein sont souvent prises en charge alors que la maladie a déjà atteint un stade avancé. «Une tumeur de dimension égale est, de manière générale, plus agressive à 38 ans qu’à 60 ans», confirme le médecin.

Une minorité due à l’hérédité

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, la plupart du temps les cancers du sein qui surviennent tôt ne sont pas héréditaires. En effet, entre 5 et 10% des tumeurs ont une origine génétique. Les femmes présentant des risques en raison de leurs antécédents familiaux peuvent bénéficier d’un suivi précoce, mais les autres s’en remettent habituellement au contrôle gynécologique annuel et à la palpation mammaire effectuée à cette occasion. Cette méthode permet rarement de détecter une tumeur avant que celle-ci ait atteint la taille d’un à deux centimètres, alors que la mammographie, avec ses rayons X, permet d’identifier la présence d’une lésion suspecte bien plus petite. Faut-il dès lors encourager un recours régulier à ce type d’examen dont le prix s’élève à environ 250 francs.
Principal argument contre cette généralisation: la mammographie est moins efficace sur des seins jeunes. Du coup, un dépistage avant 50 ans ne ferait pas baisser la mortalité. Concrètement, avant la ménopause, les seins sont plus denses, l’image obtenue apparaît donc plus opaque et plus difficile à interpréter. L’irradiation nécessaire pour réaliser l’examen est, par ailleurs, plus importante.
Les alternatives existent. Elles sont toutefois loin de résoudre le problème. L’échographie, qui recourt aux ultrasons, est souvent privilégiée pour les femmes jeunes. «Cependant, comme le relève le Dr Jallut, il ne s’agit pas d’un examen de dépistage efficace, mais plutôt d’un examen complémentaire permettant d’affiner un diagnostic.» L’IRM reste à l’heure actuelle la technique la plus performante, mais également la plus coûteuse.

Mammographie digitale

Pour Didier Jallut, il ne faut donc pas systématiquement renoncer aux rayons X: «Il est vrai qu’une femme qui a des seins très denses n’est pas une candidate idéale pour un tel dépistage, mais actuellement, la mammographie digitale, qui donne de meilleurs résultats, est en train de se généraliser. Elle permet d’avoir une meilleure visibilité, d’être plus précis et, en plus, elle irradie moins. Par ailleurs, certaines femmes jeunes ont des seins moins denses, parfaitement radio-transparents. Dans ces cas-là, le dépistage mammographique est très performant. Et j’aimerais rappeler qu’il n’y a pas que la baisse de la mortalité dont il faut tenir compte, mais tous les traitements lourds et les interventions chirurgicales mutilantes qui peuvent être évités grâce à un dépistage précoce.»
Au yeux de l’oncologue lausannois, il est regrettable de présenter la mammographie comme un examen presque inutile, voire dangereux pour les femmes de moins de 50 ans. «Le problème, c’est que, pour l’heure, seules des études de petite envergure montrent une augmentation des cancers du sein chez les femmes entre 30 et 50 ans», note pour sa part Bettina Borisch, chercheuse à l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Genève et présidente de l’association Europa Donna, qui milite pour l’accès au dépistage du cancer du sein. Or sans chiffres solides, pas de décisions politiques. «Il est déjà difficile de faire accepter un programme de dépistage généralisé à partir de 50 ans. En Suisse, seuls onze cantons en possèdent un», rappelle-t-elle, avant d’ajouter que le contexte général est loin d’être favorable: «Nous vivons dans un pays où 99% de l’argent va à la médecine curative et 1% seulement à la médecine préventive.»
Pas facile pour les femmes dans ce contexte de savoir que faire. Même si la prévention officielle semble exclure du dépistage les moins de 50 ans, rien n’empêche celles qui s’inquiètent de demander un examen opportuniste. «Dans ce cas, recommande Bettina Borisch, mieux vaut malgré tout se faire contrôler par un professionnel intégré à un programme de dépistage qui aura été bien formé et aura déjà analysé de nombreuses mammographies.»
Geneviève Comby genevieve.comby@edipresse.ch

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