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«Je ne prescris plus Novartis»

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Mardi, 8 novembre 2011

MÉDICAMENTS • Le rhumatologue genevois Bertrand Buchs boycotte la marque. Ses confrères genevois et vaudois suivront-ils?

«Je ne prescris plus de médicaments de la marque Novartis ®.» Le rhumatologue Bertrand Buchs, écoeuré par la fermeture prévue du site de Prangins, annonçait vendredi sur son blog son boycott de la marque helvétique, qui produit aussi des génériques sous l’étiquette Sandoz. Egalement député PDC au Grand Conseil, il devait proposer à l’Association des médecins genevois (AGM) de s’associer à sa démarche, hier soir au comité de l’AMG. Sur Vaud et Genève, l’idée est accueillie avec sympathie, mais personne n’est vraiment prêt à suivre.
«Cela ne va sûrement pas servir à grand-chose, mais je n’arrive pas à comprendre la logique économique» de Novartis, explique Bertrand Buchs.
Quelque 320 emplois doivent être supprimés, sans compter les 300 autres postes délocalisés. «Sur les 120 000 employés dans le monde, c’est une goutte d’eau et cela ne va rien changer sur le chiffre d’affaires. » Bertrand Buchs expliquera sa démarche à ses patients mais respectera leur choix; de même, pas question de proscrire un produit de la firme s’il n’y a pas d’alternatives. Président de l’AMG, Pierre- Alain Schneider tergiverse: «Je ne peux qu’être solidaire avec les travailleurs de Novartis, on soutiendra M. Buchs dans la mesure du possible…» Puis: «Je crois que cela doit rester des choix individuels.

Et pourquoi réagir spécifiquement contre Novartis et pas contre les banques?» «La Société vaudoise de médecine pourrait éventuellement en discuter lors de son assemblée dans quinze jours», répond son président Jean- Pierre Pavillon, qui ne fait pas plus de commentaires. Pour Jacque-André Haury, médecin et député Vert’libéral au Grand Conseil vaudois, le boycott est bienvenu contre «une entreprise dont la croissance de 18% du chiffre d’affaires n’a plus rien à voir avec l’économie réelle!» Mais la mesure est symbolique, relativise-t-il: «Je vois mal tous les médecins suisses boycotter Novartis. En revanche, on peut imaginer que les centres universitaires le fassent.
Pourquoi pas intervenir dans ce sens au Grand Conseil?», réfléchit-il. Ce n’est pas à l’ordre du jour au CHUV, où on explique qu’une telle décision relèverait d’une décision politique.

 A Genève, Pierre Dayer, directeur médical des HUG, précise qu’une commission commune aux hôpitaux publics de Genève, Vaud et Neuchâtel décide des achats et que cette organisation complexe ne peut être chamboulée sur un «mouvement d’humeur local». La marge de manoeuvre porterait sur des produits du quotidien (antidépresseurs, anti-inflammatoires…), précise-t-il, mais Novartis est seul à produire certains produits de pointe. «Je ne dis pas qu’on ne va pas tenir compte du critère de la responsabilité sociale de l’entreprise, mais il est marginal dans le choix des médicaments par rapport à l’efficacité, la sécurité et le prix.» Directeur des hôpitaux parapublics de Nyon et de Rolle, Daniel Walch ne se retrouve pas dans le boycott. Même le responsable de l’unique pharmacie de Prangins, Claude Pascalin, se méfie d’une action «à double tranchant: en montrant à Novartis qu’elle peut se passer des clients suisses, on pourrait lui donner raison de délocaliser». Ses clients, d’ailleurs, continuent à acheter la marque! De même qu’à Genève: «Les gens, individualistes, ne sont pas conscientisés», déplore Jean- Luc Forni, président de la faîtière PharmaGenève… tout en excluant que sa pharmacie emboîte le pas au Dr Buchs.
RACHAD ARMANIOS

 

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