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«Les études confirment le bénéfice du dépistage»

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Tribune de Genève, tdg.ch
Samedi, 12 novembre 2011

Polémique: le dépistage du cancer du sein ferait plus de mal que de bien. La prof Bettina Borisch dément

Surdiagnostics, surtraitements, pas de réelle diminution de la mortalité. Les arguments des détracteurs des programmes de dépistage du cancer du sein, mis récemment en évidence dans une enquête parue dans Femina , laissent de marbre l’OMS, le Centre international de recherche sur le cancer de Lyon (CIRC) et les spécialistes du cancer du sein en Suisse. Ces derniers se félicitent du démarrage récent de plusieurs programmes de dépistage en Suisse alémanique.
Alors, les femmes entre 50 et 69 ans doivent-elles oui ou non effectuer un dépistage du cancer du sein tous les deux ans, comme les y invitent les programmes cantonaux romands? Oui, répond avec conviction Bettina Borisch. Professeure en médecine sociale et préventive à l’Université de Genève, pathologue et spécialiste de la biologie des tumeurs, Bettina Borisch est une autorité dans le domaine. Elle préside aussi Europa Donna, la Coalition européenne contre le cancer du sein.

Pourquoi cette polémique récurrente?

Il y a un acharnement sur le cancer du sein, je ne sais pas pourquoi. Ce sont toujours les mêmes chercheurs danois qui reviennent à la charge, ainsi que quelques auteurs qui d’ailleurs ne sont pas des spécialistes. Ils avancent des interprétations et non des faits. En 2009, l’OMS et le CIRC ont réévalué les études apportant les preuves de l’efficacité du dépistage. Toutes les études montrent clairement qu’un programme de dépistage respectant les recommandations européennes pour l’assurance de qualité apporte davantage de bénéfices que de dommages.

Quels sont les critères d’un dépistage de qualité?

Ils sont très nombreux. La double lecture indépendante de la mammographie par deux radiologues différents est essentielle: elle augmente de 5 à 15% la probabilité d’une interprétation correcte et diminue le nombre de faux positifs (diagnostic erroné suivi d’une biopsie qui se révèle négative). D’où l’importance d’effectuer le dépistage dans le cadre d’un programme avec assurance qualité. Ce dernier exige aussi que le radiologue effectue au moins 5000 lectures annuelles de mammographies.

Les détracteurs affirment que le dépistage précoce d’une tumeur ne modifie en fait pas le pronostic de survie à long terme…

Sauf exception, la taille de la tumeur est le facteur qui influence le plus le pronostic. Diagnostiquer un cancer le plus tôt possible est donc primordial, également parce que le traitement sera moins lourd. Quant à la baisse de la mortalité, elle est estimée entre 25 et 30% dans les pays qui pratiquent le dépistage. Mais d’autres facteurs comme les progrès et la qualité des traitements influencent ce taux. 

Autre accusation: les médecins opèrent des tumeurs à évolution lente qui n’auraient jamais mis la vie de la patiente en danger?

Ces petites tumeurs, dites in situ , représentent 20% des cancers du sein diagnostiqués. Les 80% restants sont des tumeurs dites invasives, dont les cellules ont commencé à infiltrer les tissus environnants. Le problème, pour les premières, c’est qu’il est pour l’heure impossible de prédire lesquelles vont évoluer vers un cancer. Je plaide pour une information transparente pour que les femmes puissent décider en connaissance de cause: vous avez une petite tumeur, le risque qu’elle se développe est de 50%. Certaines personnes vivent très bien avec ça, d’autres ne supportent pas l’idée de garder cette épée de Damoclès dans leur corps.

Quel est aujourd’hui le combat prioritaire d’Europa Donna?

La création de centres du sein pluridisciplinaires. On sait que la prise en charge et les traitements dans de tels centres augmentent les chances de survie et la qualité de vie en général. Dans les pays où il n’y en a pas, la mise sur pied de programmes de dépistage reste bien sûr notre objectif.
Francine Brunschwig

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