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Une nouvelle thérapie fait courir de gros risques aux Romands

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Dimanche, 13 novembre 2011

SANTÉ  Le «décodage biologique» est une thérapie très à la mode. Mais dangereuse: des praticiens ont déjà causé la mort de plusieurs personnes en Suisse et à l’étranger. Les médecins commencent à s’alarmer.

Ils promettent aux malades qu’ils vont les aider. Les rassurent, les écoutent. Pour eux, un cancer est la manifestation d’un choc psychologique qu’il faut mettre à jour pour guérir. Mais les décodeurs biologiques ne sont pas des médecins. «Ce sont des charlatans», affirmait il y a quelques jours Georges Fenech, président de l’organisme officiel français contre les sectes. «C’est très risqué, insiste Danièle Muller-Tulli, présidente de l’association suisse pour la défense de la famille et de l’individu. D’autant que de nombreuses personnes excercent cette méthode dans notre pays.»

Consultations chères

Il suffit de surfer sur internet pour voir apparaître les pages de ces soi-disant professionnels basés à Lausanne, Estavayer-le-Lac ou encore Genève. En Suisse romande, la méthode a visiblement fait florès, promettant une aide psychologique et un chemin vers la guérison en cas d’allergies, de dépression ou même de cancer – les témoignages sont là pour en attester. Et les consultations sont, bien sûr, très chères. Le décodage biologique a été créé par Christian Flèche, un infirmier français, il y a quelques années. Mais il ne faut pas s’y tromper: malgré un nouveau nom, ce courant est directement issu de la «nouvelle médecine germanique», fondée dans les années 80 par l’allemand Ryke Geerd Hamer et reprise un peu plus tard sous le nom de «biologie totale» par le français Claude Sabbah. Les trois noms font référence à un même mouvement. Et font aussi courir les mêmes risques à leurs adeptes.
Dans le cabinet de ces praticiens, les malades, fragilisés par la souffrance, sont sous influence. Ils pensent être eux-mêmes la cause de leur souffrance, culpabilisent, s’éloignent de leurs familles. Certains d’entre eux ont, sur les conseils de leur thérapeute, refusé de suivre une chimiothérapie. Suite à des décès prématurés, plusieurs procès ont eu lieu contre ces spécialistes en Belgique, en Allemagne et en France, comme l’indique une recherche publiée récemment par l’anthropologue Aline Sarradon-Eck. D’après l’association Eso Watch, trois Suissesses seraient décédées, dans les années 2000, après avoir renoncé à des soins médicaux sous l’influence de leur thérapeute formé en biologie totale. Cela a aussi été le cas de la mère de Nathalie de Reuck, en Belgique. Celle-ci se bat désormais pour prévenir la population des risques d’une telle école. «Les thérapeutes sont difficiles à identifier, car de nombreuses personnes pratiquent le décodage biologique sans l’afficher. Beaucoup sont kinésiologues, experts du Raiki ou ostéopathe… Et les patients n’en parlent pas souvent à leurs proches».

«Gourou»

Ces histoires ont conduit la Ligue suisse contre le cancer à réagir, dès 2001, en condamnant cette méthode. Aujourd’hui, son président Walter Felix Jungi, revient à la charge en décrivant cette théorie comme «spéculative et dangereuse». «C’est du délire mystique», renchérit André-Pascal Sappino, chef du centre d’oncologie à la clinique des Grangettes (GE). Mais cela soulève une question essentielle, celle du sens de la maladie, qu’il ne faut pas négliger.»
Son confrère Serge Leyvraz, chef du service d’oncologie au CHUV, se souvient de quelques-uns de ses patients, il y a quelques années, qui étaient suivis par un spécialiste de la biologie totale. Il relève: «Tant que cela reste une médecine complémentaire au traitement classique et qu’elle aide la personne, alors il n’y a pas de problème. Mais dans ma carrière, j’ai eu deux cas de personnes hautement guérissables qui, conseillées par un «gourou» qui prônait le refus des traitements, sont décédées sans les soins appropriés.»
En Suisse, le sujet est tabou. Plusieurs adeptes n’ont pas souhaité parler de leur expérience. (…), un décodeur biologique basé à Genève, et qui anime aussi des formations, souligne que ses élèves signent une charte où ils s’engagent à ne pas se substituer au médecin. Surpris par notre appel, le thérapeute confie qu’il «a pris ses distances avec cette théorie» et veut fermer son site internet.
Marie Maurisse

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