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Les grèves aux HUG, fruits d’une absence de dialogue

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Tribune de Genève, tdg.ch
Vendredi, 25 novembre 2011

L’Hôpital subit des débrayages en chaîne depuis deux mois. Signe d’un durcissement du conflit, la police a dû intervenir hier

Trois grèves en moins de deux mois, dont une qui s’éternise et s’enlise. Des menaces, une plainte pénale pour «mise en danger de la vie de patient» et l’intervention de la police hier matin pour faire sortir les grévistes. Les conflits qui secouent les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont pris une dimension exceptionnelle. Pourquoi? Explications.
Tout commence avec les transporteurs de patients, le 6 octobre. Ces employés se lancent dans un débrayage pour demander une revalorisation de leur fonction. Le différend se règle en deux jours. Le 18 octobre, c’est au tour des aides-soignants de débrayer. Cette fois-ci, le conflit va s’étendre sur un mois, avant la signature d’un accord prévoyant l’augmentation d’une classe salariale. Fin de la grève mais pas de retour au calme. Car dans l’intervalle, s’engouffrant dans la brèche du débrayage, les laborantins et les nettoyeurs se lancent également dans la contestation.

L’impossible dialogue

Et contrairement aux deux grèves précédentes, l’avenir de cette troisième s’annonce plutôt sombre. En témoigne l’impossible dialogue entre les différents acteurs du conflit. Les grévistes se rendent par deux fois devant les fenêtres du Conseil d’Etat pour être reçus; sans succès. L’Exécutif refuse d’ouvrir la discussion sous prétexte que les pourparlers concernant les revalorisations salariales sont actuellement gelés, en attendant la mise en place de SCORE (la réévaluation salariale des métiers de l’Etat). Et quand la direction des HUG rencontre les grévistes, le Syndicat des services publics SSP accuse le directeur de faire du chantage; ce dernier rétorque que les discussions sont dans une impasse (lire ci-dessous ).

Une grève de l’extrême

Cette absence de dialogue dégrade chaque jour un peu plus la relation entre les grévistes, les HUG et le Conseil d’Etat. A cela s’ajoute la menace – finalement abandonnée – du SSP de paralyser le Centre de transfusion sanguine; et la réplique cinglante de la direction qui dépose une plainte pénale pour «mise en danger de la vie de patient». Dernier événement en date: hier matin, la police intervient dans l’Hôpital pour faire sortir des grévistes. «L’Hôpital a violé le droit de grève en engageant des intérimaires pour remplacer les nettoyeurs en grève. Les grévistes sont donc allés dire à ces personnes de partir, mais tout cela s’est déroulé de façon pacifique», explique David Andenmatten, président du SSP genevois et laborantin.
Comment justifier ces débordements et expliquer cette succession de grèves, alors que le projet SCORE promet des réévaluations salariales pour 2013? Pour certains grévistes, la mise en place du projet demeure encore incertaine. «Nous voulons une revalorisation de notre fonction maintenant, cela fait dix ans que nous l’attendons! assène Sonia Daadoucha, laborantine et membre du comité de labmed (association professionnelle suisse des laborantins médicaux). Notre fonction n’a pas été réévaluée depuis vingt ans alors qu’elle a considérablement changé. Les techniques et appareils de dosage deviennent plus sophistiqués et les paramètres d’analyse sans cesse plus nombreux.»
Autre probable déclencheur des grèves: le cas des transporteurs de patients. Son issue rapide et satisfaisante pour les grévistes a pu encourager le personnel des autres secteurs à monter au front. Enfin, l’enchaînement de grèves s’inscrit dans un climat de contestation générale. Fin septembre, les syndicats, dont le SSP, décrétaient une journée d’alerte du personnel de la santé.
Aurélie Toninato







 

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