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Toujours plus de femmes battues

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Vendredi, 25 novembre 2011

Violence : Chaque année, en Suisse, 25 femmes meurent sous les coups de leur conjoint

Un homme est jugé à Genève depuis hier pour avoir versé de l’eau bouillante sur sa compagne. Le week-end dernier, un quinquagénaire a tué son ex-amie à Chénens (FR). Début novembre, à Saint-Léonard (VS), même destin tragique pour Christina, 20 ans, tuée par son copain. Et puis il y a encore toutes celles qui se font tabasser et dont personne ne parle jamais. De fait, près d’une femme sur cinq subit au cours de son existence des actes de violence de son conjoint.
«Les femmes victimes de violence conjugale sont toujours plus nombreuses à venir en consultation», note Claudia Meyer, intervenante sociale à Solidarité Femmes/Centre LAVI (FR). Un centre qui, comme beaucoup d’autres en Suisse, marque par différentes actions ce vendredi 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. «Mais il est difficile de savoir si c’est le nombre de violences qui augmente ou si les femmes sortent davantage de l’ombre.»
Les statistiques policières restent pourtant stables. Parce que seul un cas sur vingt est porté à la connaissance de la justice. «Lorsqu’une femme vient nous voir, même si ses blessures sont graves, nous n’avertirons pas la police sans son accord. Cette décision lui appartient», explique Marie-Claude Hofner, médecin responsable de l’Unité de médecine des violences au CHUV (VD).
Les policiers interviennent très régulièrement pour violence domestique, «plusieurs fois par service, surtout en fin de semaine», ajoute Christine, gendarme à Genève. Ce sont souvent les voisins qui appellent, alertés par les cris. «C’est pourquoi on peut croire qu’il y a plus de violence chez les étrangers ou dans les milieux défavorisés, note la doctoresse Hofner. Si vous habitez dans une grande maison en campagne, personne n’entendra rien, et la police ne sera pas alertée. Tandis que dans un vieil immeuble locatif mal insonorisé…» Pourtant, la violence touche tous les âges, milieux, nationalités et classes sociales.

Lui laisser une nouvelle chance

«Lors d’interventions, on voit de tout, raconte Christine. Parfois, on ne constate aucun indice de dispute. Mais il arrive aussi de retrouver la femme dans un sale état, suite à des coups de poing, de pied, de couteau, ou après qu’elle a été jetée contre les murs. Notre mission est de mettre la victime en sécurité.»
Le cogneur peut alors être arrêté. Si ce n’est pas le cas, des mesures d’éloignement peuvent être décidées. «Il arrive que, malgré tout, cela recommence, ajoute Christine. Il y a environ 10% des foyers dans lesquels on doit intervenir régulièrement.»
Souvent parce que la victime, mise sous pression, par peur, par amour, ou par crainte de l’expulsion pour les étrangères, lui laisse encore une chance. «Cet homme, elle l’aime, l’a choisi, a des enfants avec lui. Changer de vie du jour au lendemain, ce n’est pas facile», note Claudia Meyer. C’est pourquoi bon nombre de femmes souffrent en silence, honteuses et souvent envahies par la culpabilité.
«Certaines femmes vivent parfois dans la violence parce que celle-ci avait sa place dans la famille lorsqu’elles étaient enfants. Elles ne connaissent donc pas d’autres moyens de régler les problèmes, ajoute la doctoresse Hofner. C’est pourquoi il faut porter une très grande attention à la protection des enfants.»
Victime de violence: appelez la Main Tendue au 142
ANNE HEMMER

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