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Soigner la tuberculose en Suisse est devenu une vraie galère

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Tribune de Genève, tdg.ch
Mardi, 29 novembre 2011

Les médecins sont inquiets: certains médicaments  sont difficiles, voire impossibles à obtenir en Suisse

«Il sera bientôt plus facile de traiter la tuberculose à Johannesburg ou à Bombay qu’en Suisse», soupire Jean-Paul Janssens. Responsable du Centre antituberculeux aux Hôpitaux universitaires de Genève, le pneumologue tire la sonnette d’alarme: l’industrie pharmaceutique se désintéresse de cette maladie qui, contrairement  à ce que l’on pourrait penser, n’appartient pas au passé. Résultat, certains médicaments deviennent difficiles, voire impossibles à obtenir  dans notre pays.
Deux événements récents conduisent le Pr Janssens à lancer  cet appel.  Le premier s’est déroulé  il y a trois mois: Sandoz a abandonné la production du Rimstar, un médicament combiné qui réunissait les quatre molécules nécessaires au traitement initial des  tuberculeux.  Conséquence: ils doivent désormais avaler un cocktail  de 12 comprimés par jour, contre quatre par le passé. Le traitement n’est plus toujours aussi bien accepté et devient très compliqué chez les patients qui souffrent d’autres maladies, comme le VIH.

Fabrication suspendue

Le deuxième épisode date de septembre. Au cœur du problème: l’isoniazide, une substance utilisée pour traiter l’infection chez les proches d’un malade atteint de tuberculose. Il y a quelques années, Roche en a abandonné le brevet et la commercialisation a été récupérée par une firme fran çaise. Non sans difficultés, puisque, à plusieurs reprises, la fabrication a été suspendue. A un moment, la pharmacie de l’armée suisse s’est même proposée d’intervenir, mais elle ne l’a finalement  pas fait!
Labatec, qui commercialisait ce produit en Suisse, a dû abandonner  cette difficile collaboration en septembre et s’est rabattue sur une autre pilule produite aux Etats-Unis. Désormais, les pharmacies doivent donc importer leurs produits  d’outre-Atlantique ou d’Allemagne, où la substance existe également. Mais cela a un prix. Selon Jean-Pierre Zellweger, de la Ligue pulmonaire, la boîte de cent comprimés coûtait environ 3 fr. 50 il y a vingt ans. Labatec, qui précise ne faire aucun bénéfice, la facture désormais 47 fr. 50 aux hôpitaux. A titre de comparaison, une tablette générique coûte 3 centimes. Mais elle n’est pas disponible en Suisse.
Le problème serait encore plus inquiétant pour les malades qui développent une résistance au traitement. Ces cas sont toujours plus nombreux dans le  monde et chaque année, quelque 400 000 à 500 000 personnes ne répondent plus à deux agents, au moins, utilisés pour les soigner. Pour l’instant, la Suisse est préservée: entre 0,8 et 1,4% des cas présentent une telle complication. Mais face à cette dizaine de malades par année, les médecins sont démunis, car ils n’ont pas à disposition, parmi les produits enregistrés en Suisse, tous les médicaments nécessaires pour les traiter.
Selon les pneumologues, le problème est récurrent. Faute de stocks et de production stables, ils ne cessent de jongler pour trouver les traitements indispensables. Avec le risque que s’ils ne sont pas homologués, ils doivent intervenir auprès des assurances pour obtenir leur remboursement. Une situation «agaçante» selon Jean-Pierre Zellweger. Voire même dangereuse si, comme le redoute son collègue genevois, les résistances aux traitements deviennent de plus en plus fréquentes dans notre pays.

Homologation coûteuse

«Tout cela s’inscrit dans un contexte général où l’industrie pharmaceutique est absente de la recherche et préfère investir dans des secteurs plus rentables», regrette Jean-Paul Janssens. Les autorités, ajoute-t-il, devraient également faire pression sur les laboratoires et s’assurer du maintien en Suisse de conditions qui permettent de traiter la tuberculose. Elles pourraient, par exemple, faciliter l’enregistrement des médicaments importés.
«Les médicaments sont peu nombreux, mais en plus ils ne sont homologués que si le fabricant en fait la demande, ce qui coûte cher, renchérit Jean-Pierre Zellweger. Dans ces conditions, beaucoup de produits bon marché, en particulier les génériques utilisés pour le traitement de l’immense majorité des cas de tuberculose dans le monde, ne sont pas autorisés en Suisse.» Selon Swissmedic, l’organe chargé des homologations, une telle requête est nécessaire pour garantir la sécurité et avoir une firme responsable. Les choses vont- elles changer? Le laboratoire Labatec espère en tous les cas commercialiser un générique bon marché de l’isoniazide pour la de fin 2012.
Caroline Zuercher

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