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Les médecins ripostent aux infos peu fiables du Net

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Dimanche, 18 décembre 2011

WEB  L’inflation d’informations médicales douteuses  sur Internet pousse  les professionnels de la santé  à créer leurs propres sites  pour corriger le tir et aider  les patients. Les hôpitaux  de Genève et Lausanne s’apprêtent à étoffer leur offre.  

Pour faire contrepoids aux informations médicales peu fiables qui prolifèrent sur le Web, de plus en plus de professionnels de la santé créent leurs propres sites. «On sait que les patients ont de toute façon le réflexe d’aller chercher des réponses à leurs questions sur Internet. Alors, autant que les médecins s’y mettent aussi», affirme Franck Schneider, expert multimédia audiovisuel aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG). L’établissement est en train d’étoffer son site Internet: dès 2012, les patients y trouveront plusieurs centaines de vidéos didactiques sur toute sorte de problèmes de santé, un atlas médical interactif et des articles de vulgarisation. Nec plus ultra: ces services seront aussi accessibles aux patients hospitalisés grâce à un terminal interactif installé à leur chevet. Les premières unités seront inaugurées mardi.

Contacts utiles

De son côté, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) met la dernière main à un site dédié aux personnes souffrant de problèmes endocriniens, de diabète ou d’obésité. La mise en service est également prévue pour début 2012. En donnant des informations accessibles et des contacts utiles, le CHUV entend accompagner les patients qui «ne s’y retrouvent pas toujours dans le maquis des sites Internet médicaux», selon le Dr Juan Ruiz, médecin adjoint au Service d’endocrinologie et métabolisme du CHUV.
«De plus en plus de jeunes médecins et de pharmaciens se lancent sur les réseaux sociaux et animent des forums», confirme Stéphane Korsia-Meffre, directeur de la division grand public des éditions médicales francophones Vidal. L’année dernière, le Conseil français de l’ordre des médecins (CNOM) appelait les professionnels de la santé à assumer leur «responsabilité à rediriger les patients vers des sites Internet fiables et certifiés pour leur permettre de naviguer en toute sécurité». Selon le CNOM, la qualité de la relation médecin-patient «peut s’accroître si le médecin ouvre son propre blog ou son site Internet».
Cette contre-réaction professionnelle à la prolifération d’informations médicales douteuses sur le Web s’explique par l’impossibilité de contrôler la qualité des sites. Car il existe un label de référence (de la Fondation Health on the Net) mais il est attribué sur la base de critères éthiques, et non en fonction du contenu. Quelques projets de directives ont bien été élaborés ces dernières par l’American Medical Association, qui n’ont néanmoins pas été suivies.
Selon le Dr Yasser Khazaal, médecin agrégé aux HUG, l’information médicale qu’on peut trouver sur Internet n’est globalement «pas toujours juste, parfois fausse et souvent médiocre». Ce qui peut perturber les patients: «Ils surfent sur des sites de santé, croient reconnaître un symptôme et imaginent qu’ils ont une tumeur», déclarait récemment dans le journal Le Monde  le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France.
Autre effet pervers: les médecins ont à présent «bien du mal à convaincre les patients d’une éventuelle autre option thérapeutique» lorsque ceux-ci se sont fait leur propre opinion, regrette sur son blog le Dr Cécile Bour, radiologue en région parisienne. Présidente de l’Organisation suisse des patients, Anne-Marie Bollier utilise l’expression «patient roi» pour décrire ce patient moderne qui, à l’image de l’enfant roi, se permet de réclamer les traitements qu’il convoite en croyant mieux savoir que le médecin. Le phénomène est surtout observable aux Etats-Unis, où certaines associations de patients vont jusqu’à examiner elles-mêmes des données scientifiques pour mener leurs propres investigations.

Communautés d’internautes

Le développement de ces communautés d’internautes, qui peuvent compter plusieurs dizaines de milliers de membres, comporte divers risques de dérives. On craint notamment une instrumentalisation par l’industrie pharmaceutique, qui leur rachète des dossiers médicaux à des fins d’études de marché ou de recherche. Des doutes subsistent au niveau éthique: «J’ose espérer que les données personnelles ne sont pas réutilisées sans la permission des intéressés», s’inquiète Effy Vayena, chercheuse à l’Institute of Biomedical Ethics à l’Université de Zurich. En 2010, la Haute autorité française de santé a alerté les internautes sur le risque de divulgation d’informations médicales personnelles via certains sites non officiels. Tout cela conforte le Dr Juan Ruiz dans l’idée que les médecins doivent redresser la barre et veiller plus que jamais à entretenir une relation partenariale avec leurs patients: «Après tout, la qualité du lien est l’un des premiers critères de réussite thérapeutique», conclut-il.
Francesca Sacco

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