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C’est un combat honorable

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Vendredi, 3 février 2012

TÉMOIGNAGE  A la veille de la Journée mondiale contre le cancer, le 4 février, Jean Nicolet parle de sa maladie. Pour lutter contre les tabous. 

Il y a trois ans, au cours d’un contrôle de routine, Jean Nicolet, 65 ans, apprend qu’il est atteint d’un cancer de la prostate de stade 4. Incurable. Et pourtant, depuis dix ans, il faisait chaque année un examen PSA destiné à dépister cette maladie qui frappe près d’un homme sur deux en fin de vie. 

Le choc. Toutefois, lucide, ce consultant en entreprise genevois réclame «toute la vérité». Y compris le temps qui lui reste à vivre. Chose exclue pour son médecin, Edya Fuhrmann, oncologue au Centre d’oncologie des Eaux-vives (Genève). «On n’a pas le droit de faire de tels pronostics. D’une part, on ne le peut pas. Et, d’autre part, la question qui importe vraiment, c’est comment remplir le verre tant qu’on est encore là.»

Pour Jean Nicolet, le travail est une réponse. Même s’il a dû lever le pied. «Il est important de revoir ses objectifs pour ne pas se mettre en situation d’échec», insiste le Dr Edya Fuhrmann.

Reste que la maladie transforme. «J’étais tout sauf quelqu’un de humble. Le cancer m’a appris à l’être», confie ce fonceur qui alignait des semaines de 70 heures.

Aujourd’hui, il subit une chimiothérapie de type expérimental pour lutter contre ses métastases, après avoir épuisé toutes les autres possibilités de traitement. «Les effets primaires sont sous contrôle, dit-il. En revanche, les effets secondaires – fatigue, fièvre, problèmes de digestion – sont désagréables. Mais c’est le tarif à payer. C’est ça ou une fin de vie accélérée.»

Car cet ancien sportif qui observe sans concession «son teint devenu gris et ses cheveux plats» entend bien profiter de la vie jusqu’au bout. Sans se cacher. «Il n’y a aucune honte d’avoir un cancer. Pourtant, c’est une maladie qui isole. Et ceux qui en sont atteints n’en parlent pas, par crainte d’être exclus. Je témoigne par solidarité avec eux.»

Et pour dire à quel point l’entourage est important. «J’ai la chance de pouvoir compter sur une femme formidable et une cinquantaine d’amis très proches, qui sont toujours présents dans les moments difficiles.» Sans oublier son médecin, qu’il appelle tendrement Edya. «Je la vois toutes les semaines. Elle est ma seconde famille. Elle m’aide à tenir, me soutient dans mes moments de découragement.»

Reste une peur: celle de la déchéance. «Je sais que je finirai avec un cancer généralisé. Et même si on m’a assuré que les malades se dégradent lentement, sans souffrir, je refuse qu’on me dise au revoir dans mon lit de mort. Je veux le faire en étant encore debout.»  
PASCALE BIERI

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