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Une Suissesse de 66 ans a eu des jumeaux suite à une fécondation in vitro

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Dimanche, 25 mars 2012

Un bébé après la ménopause comporte des risques

La vie d’une femme est rythmée par de nombreuses étapes, dont l’une des plus déterminantes est la ménopause. A 41 ans, en moyenne, le cycle hormonal féminin décline pour finir sur une absence totale de fécondité, et donc d’une impossibilité à produire des ovules. Pour ces femmes désireuses malgré tout d’avoir un enfant alors qu’elles en sont désormais physiologiquement incapables, il existe une solution controversée: la fécondation in vitro (FIV) par don d’ovocytes. «Interdite en Suisse, cette méthode a été développée pour des femmes ayant une insuffisance, ou une absence totale, de la fonction ovarienne, explique Nicole Fournet Irion, gynécologue genevoise, spécialiste de la médecine de reproduction. Le but de cette démarche est de les aider à avoir des enfants, grâce à l’ovule d’une autre femme, lorsqu’elles sont en âge de procréer et pas au-delà.» Dans les faits, le médecin implante un embryon produit en laboratoire par la fécondation de l’ovule d’une donneuse et de sperme (issu du conjoint ou d’un donneur). Un cycle ovarien artificiel est ensuite créé chez la future mère afin qu’elle puisse recevoir les embryons dans les meilleures conditions, tandis que la donneuse suit un traitement de stimulation hormonale.

Un choix condamnable?

Cette pratique est fortement déconseillée par les sociétés médicales chez les femmes ménopausées. Faire le choix d’une grossesse tardive doit-il alors de facto être condamné? «Les choix reproductifs font partie des libertés que l’on considère en général comme les plus défendables. Il est primordial que l’on puisse décider si on souhaite avoir des enfants, quand et avec qui on veut les faire, souligne Samia Hurst, médecin et bioéthicienne à l’Institut d’éthique biomédicale de l’Université de Genève. Imposer des limites nécessite des raisons extraordinairement solides, tel que l’intérêt de l’enfant.»
Au-delà des considérations sur le geste de la mère, c’est en effet bien souvent l’avenir de l’enfant qui pose problème: sa mère sera-t-elle à ses côtés assez longtemps, aura-t-elle la force de l’élever? «Devenir mère à un âge où l’on sait que l’on aura moins de chances d’élever ses enfants jusqu’à la majorité peut être critiqué, poursuit Samia Hurst, mais on peut aussi prendre le contre-pied: l’interdire reviendrait à dire qu’il aurait mieux valu que cet enfant ne naisse pas du tout. C’est un argument un peu étrange. Perturbant, même, surtout si l’on compare cette situation à d’autres. Cette femme n’est pas la première mère célibataire de l’histoire, ni la première dont l’espérance de vie n’est pas de quarante ans. Il existe aussi des femmes plus jeunes qui ont des problèmes de santé graves et dont on ne critique pas la décision d’être enceinte.»
L’intervention d’une donneuse d’ovule représente en revanche un enjeu éthique important. Dès lors, en effet, la technique de procréation peut potentiellement reposer sur l’exploitation d’autrui. Dans de nombreux pays, les donneuses sont rémunérées et il arrive que cette somme dicte leur choix. «Le traitement hormonal est lourd, reprend Samia Hurst, l’argent offert aux donneuses ne change généralement pas le cours de leur vie de façon décisive, l’information qu’elles reçoivent est incertaine, leur liberté de choix est limitée: tout cela n’est donc pas acceptable.»
Car les risques pour la donneuse sont bien réels, rappelle Nicole Fournet Irion: «Lors d’un don d’ovocytes, il peut y avoir diverses complications consécutives à la stimulation ovarienne et à la ponction ovocytaire. Le syndrome d’hyperstimulation ovarienne, qui se produit dans 1 à 4% des cas, est particulièrement fréquent chez les femmes jeunes. Il s’agit d’une réponse excessive à la stimulation ovarienne, qui s’accompagne d’une distension du ventre due à l’accumulation de liquide, de nausées et, parfois, de difficultés respiratoires. Cette situation augmente de plus le risque de thrombose veineuse.»
Quant à la future mère, elle se met elle aussi en danger: «Le vieillissement du corps est, de manière générale, associé à une augmentation des problèmes cardiovasculaires, problèmes qui augmentent d’autant plus pendant d’une grossesse, continue Nicole Fournet Irion. Ces femmes courent également un risque plus élevé de développer une hypertension et un diabète. Elles encourent également des risques cardiovasculaires tels que l’infarctus ou l’accident vasculaire cérébral, complications qui restent exceptionnelles chez la femme en âge de procréer.»

Ça ne fait que commencer…

Avoir une mère âgée de 66 ans, ce n’est «certainement pas une situation idéale pour l’enfant, mais faut-il pour autant décider que sa vie va être si compliquée qu’elle ne vaut pas la peine d’être vécue, qu’il aurait mieux valu ne pas naître et, pour la mère, qu’il aurait été mieux de ne jamais avoir d’enfant, qu’elle se trompe du tout au tout?» s’interroge Samia Hurst.
Les enjeux éthiques sont à la base des discussions qui entourent ces naissances, et lorsque l’on sait qu’avec une stimulation hormonale, les médecins parviennent à rendre un utérus prêt à accueillir un embryon quasi à n’importe quel âge et, qu’en parallèle, l’espérance de vie ne fait qu’augmenter… le débat n’est pas prêt de se terminer.
Winnie Covowinnie.covo@planetesante.ch

BEAUCOUP DE GROSSESSES MULTIPLES

CONTRÔLE Les femmes qui font le choix de la fécondation in vitro donnent souvent naissance à des jumeaux, voire plus. Une situation que les médecins tentent de contrôler. «En général, une femme ne peut pas avoir plus d’enfants que le nombre d’embryons transférés. En Suisse, la loi limite ce nombre à trois, explique Nicole Fournet Irion, gynécologue et spécialiste de la médecine de reproduction. Dans les pays scandinaves, on transfère de plus en plus souvent un seul embryon, de façon à empêcher les grossesses multiples. Mais pour avoir des chances raisonnables de grossesse, les spécialistes sélectionnent, avant le transfert, l’embryon qui a les meilleures probabilités de s’implanter dans l’utérus. En Suisse, cette sélection est interdite. Nous transférons alors deux embryons pour garder un taux de grossesse satisfaisant, car si nous n’en transférons qu’un seul en l’absence de sélection, nous réduisons de 50% les chances d’avoir une grossesse. Considérant que le traitement est lourd psychologiquement et financièrement (il n’est pas pris en charge par la Lamal), cela a toute son importance.»

 

Le sentiment de ne pas être à la hauteur déclenche parfois un post-partum

La rivalité entre jeunes mères peut mener à la dépression

MATERNITÉ Il n’est pas rare que l’angoisse de ne pas être meilleure que les autres épuise les jeunes mères et les conduise à de graves troubles dépressifs. En cause: le manque de repères familiaux.

Devenir maman, le dernier sport de compétition à la mode? Certains professionnels de la santé périnatale dénoncent les dégâts psychologiques provoqués par la rivalité qui oppose les jeunes mères, qui, souvent, ne veulent plus se contenter d’être une «bonne maman», mais une meilleure maman que les autres… Et celles qui ont l’impression d’être distancées développent un sentiment d’insuffisance menant parfois à la dépression dite post-partum.
Psychologue et responsable du Centre périnatal Bien naître, bien grandir, à Genève, Muriel Heulin se souvient d’une femme qui se torturait en pensant à une voisine dont le bébé semblait ne jamais pleurer. «La majorité des mères avec lesquelles je travaille ont l’impression que c’est plus facile pour les autres, et souffrent de la comparaison. Or se comparer aux autres ne sert qu’à créer de l’isolement, de la désillusion et du désespoir», affirme pour sa part la psychologue américaine Jessica Zucker, spécialisée dans les questions de maternité et de santé mentale.
Il est désormais bien établi que la dépression post-partum, longtemps demeurée un brin mystérieuse, trouve en partie son origine dans un déficit de confiance dans le rôle de mère. Mais jusqu’à récemment, les critères qui influencent ce sentiment n’avaient pas été précisément étudiés. Maintenant, on le sait: il s’agit avant tout des pleurs du bébé et de l’allaitement. C’est Chantal Razurel, professeure HES à la Haute Ecole de santé de Genève, qui l’a révélé dans l’édition de septembre 2011 de la revue spécialisée Recherches en soins infirmiers* . «L’allaitement est un véritable indicateur personnel de la «bonne mère», et il en va de même pour les cris du bébé. L’idée que ses pleurs montrent qu’on ne sait pas s’en occuper est bien ancrée», explique-t-elle. Et de citer les cas typiques des femmes qui s’inquiètent de ce que les bruits dérangent les voisins, ou qui osent à peine prendre le bus de peur de se livrer en spectacle. «Donner la vie est une expérience de perte de contrôle et les pleurs de leur bébé renvoient les mères à leur impuissance. Ce sentiment peut devenir très pénible s’il y a un écart important entre la maternité telle qu’elle est vécue et sa conception dans l’idéal.»
Pourquoi les jeunes mères se comparent-elles aux femmes qui se trouvent dans la même situation qu’elles – et cela peut commencer avec la voisine de chambre à l’hôpital – si cela leur fait du mal? «Elles sont en manque de repères, poursuit Chantal Razurel. Les familles sont de plus en plus éclatées géographiquement; les liens qui les unissaient se sont desserrés. Les grands-mères sont souvent encore actives professionnellement et leur exemple paraît de toute façon déjà un peu dépassé. Il s’est ainsi créé un vide générationnel, au cours des dernières décennies, qui se traduit par une perte de soutien et demande à être comblé.» Lorsqu’il était possible de prendre exemple sur sa mère, sa grand-mère ou sa tante, la mise en parallèle pouvait se dérouler sur le mode d’un apprentissage. Mais face à des «étrangères», de la même génération de surcroît, la comparaison vire presque fatalement à la course qualificative, voire éliminatoire.

Et dans ce championnat absurde, les pères, aussi compréhensifs soient-ils, sont d’un maigre secours: l’acquisition du sentiment de compétence maternelle est une question éminemment narcissique. Ce n’est pas un hasard si l’allaitement et les pleurs du bébé sont des facteurs de dépression post-partum plus importants que les perturbations du sommeil ou les tensions conjugales: «Ce qui concerne la relation mère-enfant se rapporte directement à l’idée de la continuité physique de la mère, c’est-à-dire à un vécu narcissique. Or la grossesse et l’accouchement sont des périodes dites de transparence psychique, où toute l’histoire personnelle, avec sa part de traumatismes, remonte à la surface», explique Muriel Heulin, qui parle «d’exacerbation de la fragilité narcissique».
Pour Chantal Razurel, l’une des réponses pourrait être de «revoir complètement les cours de préparation à la naissance», pour les centrer sur le vécu des mères. Rappelons que la dépression post-partum touche de 10 à 18% des femmes. Il s’agit d’une affection grave, distincte qu’il faut distinguer du «baby-blues» (lire encadré) . Elle peut mener au suicide, et est la première cause de mortalité féminine durant l’année qui suit un accouchement. L’amélioration des connaissances sur cette affection explique l’intérêt actuel pour la prise en charge des troubles de la périnatalité. Ainsi, les Hôpitaux cantonaux universitaires de Genève ont récemment mis en place un entretien périnatal. «Il faut savoir que la dépression post-partum peut se soigner rapidement et bien, lorsqu’elle est prise en charge», souligne le Dr Nathalie Nanzer, pédopsychiatre aux HUG.
* «Stress, soutien social et stratégies de coping: quelle influence sur le sentiment de compétence parental des mères primipares?» Chantal Razurel, Haute Ecole de santé (Genève), Huguette Desmet, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Université de Mons (Belgique), Catherine Sellenet, Université de Nantes, Recherches en soins infirmiers, septembre 2011.
Francesca Sacco

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