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L’envoi postal de médicaments inquiète les pharmaciens

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch 
Vendredi, 20 avril 2012

SANTÉ • Le système de vente par correspondance est jugé dangereux et injuste par la faîtière genevoise.

PharmaGenève entame une campagne informative sur les dangers inhérents à la vente de médicaments par correspondance. Rupture dans la chaîne du froid, manque de conseils quant à la posologie ou encore couverture d’assurance insuffisante en cas de perte lors de l’envoi: d’après l’association cantonale faîtière des pharmaciens, les risques encourus par les patients souscrivant au système sont bien réels. Au-delà de l’avertissement médical, les pharmaciens craignent la mise en concurrence résultant de l’arrivée prochaine à Genève d’un grossiste spécialisé dans ce marché.

La pratique est répandue depuis plusieurs années déjà. Des assureurs proposent à leurs clients de se faire livrer à domicile leurs médicaments par voie postale. Outre l’économie d’un détour par la pharmacie, les patients profitent également souvent d’un bon d’achat à faire valoir dans une grande surface. Le tout en s’épargnant le paiement de la taxe facturée par les pharmaciens traditionnels. «Ce procédé est fallacieux», tonne le directeur de PharmaGenève Jean-Luc Forni. «L’entreprise qui se charge de la livraison est un grossiste dont la marge est supérieure à celle du pharmacien indépendant. C’est donc l’assureur qui fait une économie sans la répercuter sur les primes de son assuré.»
La faîtière dénonce également la collusion que le système provoque entre les médecins et les assurances. Ces dernières fournissent en effet aux praticiens un logiciel informatique leur permettant d’envoyer directement les ordonnances prescrites au grossiste. Les médecins se voient en échange remettre une prime à chaque envoi. «Cette pratique contrevient au principe édicté par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suivant lequel le médecin prescrivant ne doit pas être intéressé par la vente de médicaments », indique Jean-Luc Forni.

Tout en maintenant leurs griefs à l’encontre du système de vente par correspondance, les pharmaciens craignent également pour leur fonds de commerce. La société soleuroise Zu Rose désire en effet s’attaquer au marché romand en s’implantant à Genève. Le président de PharmaGenève concède que cette arrivée a constitué l’élément catalyseur de la mise sur pied de leur action.
Attachée de presse à l’assurance CSS qui propose cette option, Céline Reymond juge quant à elle que la vente par correspondance est «une possibilité supplémentaire offerte aux assurés, qui sont libres ou non d’en profiter». Elle précise toutefois que ce marché est actuellement restreint à 5% du volume total des médicaments prescrits. Jean- Luc Forni dénonce également les pressions exercées par les assurances sur les clients afin qu’ils souscrivent au système. Céline Reymond n’a pas souhaité commenter ce point.
Yannick EGGER

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