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Le syndrome de Peter Pan ou le refus de grandir

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Dimanche, 10 juin 2012

« Mon fils de 35 ans vit chez nous. Il travaille de façon irrégulière et n’a pas de vrais amis. S’il a de l’argent, il le dépense en baskets hors de prix ou en habits. Mon médecin m’a parlé du syndrome de Peter Pan. Qu’est-ce que c’est?»

Un enfant dans un corps d’adulte, voilà qui pourrait résumer le syndrome de Peter Pan. Autrement dit: la personne, de sexe masculin, passe directement de l’enfance à l’âge adulte, sans franchir les étapes qui jalonnent l’adolescence et permettent d’acquérir la maturité.   C’est le psychiatre américain Dan Kiley qui l’a popularisé dans son ouvrage «Le syndrome de Peter Pan – Ces hommes qui ont refusé de grandir»; édité en anglais en 1983 et en 1996 en français.
Même si ces expressions (comme le complexe de Cendrillon, le complexe du Messie) sont utiles pour nommer un profil psychologique, il est dangereux de croire qu’elles résument le problème alors que chaque être humain est beaucoup plus complexe que toutes les théories qui tentent de le décrire. Le syndrome de Peter Pan – qui n’est pas reconnu en psychologie clinique – désigne l’angoisse liée à l’idée de devenir adulte et le désir de rester enfant.

Sept symptômes

Le Dr Kiley en détaille sept traits psychologiques qui caractérisent ceux qui en sont atteints: – L’incapacité d’exprimer les émotions telles qu’elles sont ressenties, car les «Peter Pan» ne savent pas ce qu’ils ressentent. – La procrastination, qui consiste à remettre au plus tard possible les tâches à accomplir. – La difficulté à se faire de vrais amis, malgré le grand désir d’appartenir à un groupe et l’angoisse de la solitude. – Le recours aux faux-fuyants pour ne pas avoir à admettre sa responsabilité («ce n’est pas ma faute!»). Ce comportement peut aboutir à la consommation de drogues pour tenter de faire disparaître les problèmes. – Un sentiment de colère et de culpa-bilité envers la mère. La personne «atteinte» du syndrome de Peter Pan voudrait se libérer de l’influence de celle-ci, mais culpabilise en le faisant. Les plus jeunes essaient d’apitoyer leur mère pour obtenir de l’argent. – Un désir d’être proche du père tout en ayant le sentiment que ce père ne pourra jamais offrir son approbation. Lorsqu’ils sont plus âgés, de 30 à 40 ans, les «Peter Pan» admirent leur père et n’admettent pas qu’il commette des fautes ou ait des limites. – De fréquents problèmes avec les femmes. Le «Peter Pan» peut cacher sa peur d’être rejeté et sa sensibilité derrière un masque de macho cruel. Il ne supporte pas les femmes indépendantes, il a besoin de pouvoir protéger une femme dépendante. L’impuissance sociale se retrouve sur le plan sexuel.

Comment en sortir

Certains hommes atteints du syndrome de Peter Pan n’en souffrent pas et ne cherchent donc jamais d’aide. D’autres consultent pour un problème sexuel. Ceux qui recherchent le plus fréquemment de l’aide sont d’une part ceux qui entrent dans un épisode dépressif au moment où ils réalisent que leur vie est vide, et ceux qui, mariés, ont des difficultés conjugales à cause de leur comportement si peu adulte. Le seul vrai traitement est une psycho-thérapie qui permettra de construire ce qui ne l’a pas été.

Que peut faire notre correspondante

Avoir un entretien avec ce fils, partager son mal-être et poser les conditions appropriées. Un homme de 35 a l’âge de s’en aller par le vaste monde, de s’assumer. Si celui-ci ne semble pas capable rapidement de trouver un logement et un travail stable, il doit participer financièrement aux frais de pension dans la mesure de ses moyens.
Ce fils a besoin d’être soutenu et encouragé fermement à se prendre en charge et à trouver l’aide psychologique nécessaire. Il s’agit de sa vie, bien sûr, mais les parents n’ont pas à le traiter comme un pauvre enfant attardé, ce qu’il n’est pas! Il est intéressant de lire une déclaration de Luc Ferry, philosophe et ancien ministre français de l’éducation: «Il faut en finir avec le syndrome de Peter Pan, avec l’idée qu’il ne faut pas sortir de l’enfance et que le monde adulte est un déclin. Les jeunes veulent être écoutés, reconnus, respectés, aimés, mais ils veulent aussi être guidés, c’est la finalité de l’éducation.»
Il y a de l’espoir pour les victimes de ce syndrome! Les psychothérapies donnent de bons résultats, lorsque le client est motivé et persévérant, il peut rejoindre le monde des adultes, avec parfois une grande créativité et une ouverture à ce qui est nouveau.
Jean-Claude Kaufmann, sociologue et chercheur au CNRS, voit un aspect sociologique à ce syndrome: «Historiquement, on n’avait jamais vu ça: une génération si jeune qui développe autant de nostalgie de l’enfance. Avant, entre 20 et 30 ans, on faisait tout pour se décrocher de l’enfance. On se prenait au sérieux, on endossait un statut, on se mariait, on fondait une famille. Aujourd’hui, ils veulent être enfants et adultes à la fois.»
A vous chère correspondante, nous souhaitons sagesse et discernement, et à chacun de vous, amis lecteurs, une très belle semaine.
Avec la collaboration de Barbara Dobbs

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