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Le peuple a parlé (éditorial de La lettre de l’AMG de juillet-août 2012)

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Le verdict est sans appel. 76% des votants ont rejeté la loi sur les réseaux de soins. Un résultat fantastique pour ceux qui ont milité contre cette loi… et calamiteux pour ceux qui croient, par conviction ou par intérêt personnel, que l’avenir est dans les réseaux et que c’est un devoir politique de faire leur promotion. Après avoir pris acte de ce résultat, il faut s’interroger sur son sens. On peut, une fois de plus, avancer que le peuple n’a rien compris, qu’il s’est laissé embobiner par des slogans populistes et qu’il a manqué une occasion unique d’assainir le marché de la santé en donnant le pouvoir aux réseaux de soins plutôt qu’aux assureurs.

Laissez-moi plutôt penser que le peuple suisse en a marre de se faire manipuler depuis des années, qu’il ne croit plus aux promesses, qu’il ne veut plus se faire rouler dans la farine. Souvenez-vous que la LAMal devait permettre de maîtriser enfin les coûts. On l’avait dotée de systèmes de contrôle et de sécurité qui, comme un ABS et des airbags, devaient la mettre à l’abri de toute nouvelle embardée. Des promesses sans lendemain. Pourtant, les experts ne doutaient pas de l’efficacité de ce traitement. Ils ont même adapté la posologie. En vain.

D’ailleurs, on est presque arrivé à stabiliser les coûts de la médecine ambulatoire à Genève avec le gel des tarifs et cette prétendue neutralité des coûts qui découle d’une interprétation assez libre de la loi. Même les hôpitaux (H+) sont arrivés à la conclusion que ce ne serait bientôt plus tenable. Et malgré ce remède de cheval, les primes continuent d’augmenter avec la bénédiction… de l’OFSP, comme si rien ne s’était passé. Alors, le citoyen ne croit plus aux coups de baguette magique censés contenir les coûts. Mais accéder librement aux soins, c’est un principe profondément ancré dans notre culture. Il y tient mordicus. On dit que l’âne est têtu, mais qu’il a de bonnes raisons lorsqu’il refuse d’avancer. Le peuple veut le libre accès, il sait pourquoi. Les élus veulent le mettre sous tutelle sous prétexte d’économies? Nous touchons là au coeur de la démocratie. Est-ce l’élu ou l’électeur qui a raison?

Nous, médecins, ne devons pas comprendre ce rejet massif comme un chèque en blanc. Nous nous sommes certes engagés très intensément dans ce référendum, mais il nous faut garder la tête froide. Les gagnants ne sont pas les médecins, mais le peuple qui a sauvé ses libertés. Ce qu’il veut, c’est être bien soigné, où et quand il en a besoin. Il fait certes plus confiance à ses médecins qu’aux politiques, mais cette confiance doit se mériter. Ce vote doit donc être une impulsion pour faire avancer la médecine vers la qualité et l’efficacité, vers le respect de la volonté du patient et vers des coûts raisonnables. Nous n’avons pas le droit d’abandonner ce terrain aux technocrates et aux entrepreneurs. Les médecins doivent être aux commandes de la médecine, la piloter dans les règles de l’art.

En fin de compte, ce vote ne portait donc pas sur les réseaux de soins, mais sur la liberté de l’assuré-patient, sur l’autonomie des soins. Les réseaux n’ont rien perdu. Ils poursuivront leur existence et grandiront s’ils sont capables de tenir leurs promesses. L’essentiel, c’est que la parole a été donnée au peuple. Il a parlé et sa réponse a été tellement claire qu’on peut se demander s’il était nécessaire de le convaincre.
Pierre-Alain Schneider