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La médecine s’empare du mental

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Mercredi, 10 octobre 2012

De plus en plus d’études très sérieuses le prouvent: les émotions jouent  un rôle fondamental face à la maladie. 

«On a découvert dernièrement que les cellules cancéreuses se multiplient trois fois plus vite en présence d’émotions négatives: c’est énorme!» lance le Dr Christian Boukaram, oncologue canadien et pionner des plus récents développements en matière de traitement et de prévention du cancer. Avant d’ajouter: «La bonne nouvelle, c’est que nous disposons tous de potentialités insoupçonnées pour moduler notre ADN et repousser la menace croissante de cette maladie.»

Rien d’un extrémiste

De passage en Europe pour la sortie de son dernier livre, «Le pouvoir anticancer des émotions», le médecin n’a toutefois rien d’un extrémiste. «Je viens de la médecine traditionnelle, qui explique tout par les gènes, confie-t-il. Et je ne crois pas à la pensée magique qui prétend que l’on peut guérir le cancer par la seule force du mental. Au contraire, c’est très néfaste et culpabilisant.»
En revanche, son expérience et ses recherches ont permis au Dr Christian Boukaram de se convaincre que l’on ne réagissait pas tous de manière identique face à la maladie. «Je me suis aperçu notamment qu’en donnant un même traitement de radiothérapie à des personnes souffrant d’un même problème, les effets secondaires ainsi que les résultats sont différents. J’ai également vu de nombreux patients en fin de vie qui tenaient à assister à un événement important pour eux – un anniversaire, un mariage – vivre jusque-là, puis mourir après, paisiblement.»

Les bienfaits du yoga

Aujourd’hui, d’innombrables études, publiées dans des revues prestigieuses, montrent un lien indéfectible entre les émotions et la maladie. D’ailleurs, tant aux Etats-Unis qu’au Canada, les plus grands centres hospitaliers ont créé des départements d’oncologie intégrative. Leur philosophie? Ne pas réduire le patient à une entité biologique, mais le voir dans sa globalité biopsycho-sociale. «Comme partout ailleurs,  on traite les tumeurs avec des moyens conventionnels – radiothérapie, chimiothérapie –, comme dans tout autre hôpital, souligne Christian Boukaram. C’est ce qu’on appelle le «curing». Mais en plus, on travaille sur le «healing», autrement dit le ressenti du patient, avec des thérapies complémentaires telles que la méditation, le yoga ou encore l’hypnose. Ces techniques ne vont en aucun cas guérir le cancer, mais il a été démontré qu’elles augmentent le pouvoir «autoguérisant» de l’organisme. Une personne qui est bien psychiquement aura un meilleur système immunitaire et réagira mieux aux traitements qu’on lui donne. Car, même si le mental ne peut pas créer la maladie ou la guérir, il y a une influence.»

Pas un échec

Toutefois, la guérison n’est en aucun cas garantie à l’autre bout du tunnel. «Pourquoi certains vont-ils s’en sortir, d’autres pas? Il n’y a pas de réponse. Le cancer est imprévisible. La seule chose qui est certaine, c’est que nous allons tous mourir, y compris le dalaï-lama, qui est quelqu’un d’extrêmement zen. C’est ainsi, et ce n’est pas un échec!»
En revanche, il est possible d’améliorer la qualité de vie. Et c’est là-dessus que travaille l’oncologie intégrative, «ce nouveau mouvement qui prend de plus en plus d’ampleur», souligne le médecin, en ajoutant: «Grâce aux traitements qui se sont beaucoup perfectionnés ces dernières années, les patients vivent aujourd’hui beaucoup plus longtemps. En revanche, on s’est peu intéressé jusque-là à la qualité de vie. C’est donc un enjeu important.»
pascale.bieri@lematin.ch
«Le pouvoir anticancer des émotions» du Dr Christian Boukaram, Editions de l’Homme
● PASCALE BIERI

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