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Saignée à l’Hôpital: les médecins désertent

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Tribune de Genève, tdg.ch 
Mercredi, 5 décembre 2012

Des dizaines de praticiens quittent les HUG. Grecs et Espagnols affluent pour les remplacer  

La levée temporaire des restrictions empêchant un médecin d’ouvrir un cabinet privé a des effets catastrophiques pour les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG): entre 150 et 200 praticiens s’apprêtent à quitter les HUG pour s’installer en cabinet, avant qu’un nouveau moratoire, attendu pour le mois d’avril 2013, ne bloque leur aspiration à l’indépendance.
Cette véritable saignée touche notamment la psychiatrie (un tiers des chefs de service sont partis en un an!); le Département d’anesthésie est également frappé de plein fouet.
Autant de départs que les HUG doivent compenser. Comme Genève ne forme pas suffisamment de jeunes médecins, l’Hôpital est contraint de se tourner vers l’étranger. Persuadés qu’ils n’ont pas d’avenir dans leur pays, de plus en plus de Grecs, ainsi que d’Espagnols, sont embauchés pour remplacer les départs dans des cabinets privés.

 

«Ça va tanguer à l’Hôpital»: 150 à 200 médecins s’en vont

Tant qu’ils peuvent encore le faire,  les docteurs partent ouvrir un cabinet. Les HUG doivent engager à l’étranger  

«La saignée est brutale.» Pierre Dayer, directeur médical des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), le dit sans détour: «Depuis un an, un nombre impressionnant de médecins» quittent l’institution. Dans certains départements, ils s’en vont par dizaines.
Cette hémorragie s’explique en grande partie par la levée de la clause du besoin. Pendant des années, cette mesure fédérale a retenu nombre de blouses blanches à l’Hôpital, en les empêchant d’ouvrir un cabinet. Depuis 2010, les généralistes peuvent de nouveau s’installer librement. Idem pour les spécialistes depuis janvier 2012. Face à la ruée – rien qu’à Genève, en onze mois, 415 médecins ont demandé et obtenu un droit de pratique – Berne envisage d’imposer un nouveau moratoire à partir du mois d’avril 2013 (nos éditions de lundi) . De quoi pousser encore davantage de médecins vers la sortie.
Dans une certaine mesure, les départs sont bien sûr logiques dans un hôpital universitaire. «Nous sommes un lieu de formation et par définition, certains médecins doivent nous quitter, admet Pierre Dayer. Chaque année, sur un total de 1600 médecins, 300 partent et autant arrivent. Mais dans la situation actuelle de pénurie de médecins hospitaliers, si 200 médecins de plus s’en vont, cela va certainement tanguer.»

La psychiatrie est la plus touchée. Trente chefs de clinique sur 89 sont partis en un an. Cette politique de l’accordéon pose un double problème, aux yeux du professeur Panteleimon Giannakopoulos, chef du Département de santé mentale et de psychiatrie. «D’une part, nous gardons dans l’institution des gens qui n’ont pas vocation à y rester. D’autre part, dès que cela devient possible, ces personnes s’en vont et doivent être remplacées.»
Autre secteur touché: l’anesthésie, avec le départ d’environ 25 chefs de clinique. Selon le professeur François Clergue, chef du Département d’anesthésie, de soins intensifs et de pharmacologie, la clause du besoin est, ici, moins à blâmer que la démographie. «Une vague d’anesthésistes baby-boomers est en train de partir à la retraite chez nous, mais aussi dans les cliniques privées et les hôpitaux périphériques. Nos chefs de clinique partent les remplacer. Heureusement, le phénomène a été anticipé et nous avons pu engager des jeunes.»
Au total, l’Hôpital va devoir engager 150 à 200 médecins, précise le professeur Dayer. «Or, Genève n’en forme toujours pas suffisamment. Nous nous tournons donc vers l’étranger. Actuellement, un médecin sur deux est formé à Genève. Nous allons donc passer sous la barre des 50%.» (lire ci-dessous )
Sur le fond, l’annonce du nouveau moratoire agace le directeur médical. «Quel manque de vision politique! Comment peut-on bloquer, débloquer et rebloquer les installations ainsi? Cela crée forcément un appel d’air.» Comme d’autres, il plaide pour une régulation, mais souple. «Genève connaît une pénurie de médecins généralistes. Il faudrait encourager les étudiants à suivre cette voie, y compris par des incitations financières, plutôt que de former des spécialistes – trop nombreux et très chers – en nombre.»
Sophie Davaris

Les docteurs grecs à la rescousse

Afin de faire face à cette vague de départs, les HUG doivent engager de nouveaux médecins en nombre. Comme la Suisse n’en forme pas suffisamment, ils se tournent vers l’Europe. La Grèce en particulier.
«La crise nous a apporté un nombre impressionnant de médecins grecs, déclare le professeur Pierre Dayer, directeur médical. Nous avons également recruté des Espagnols et des Belges, mais la Grèce a pris une importance majeure. Les médecins grecs possèdent une culture européenne, sont bien formés et parlent le français, ce qui est une exigence pour nous. Certains sont excellents. Sans avenir dans leur pays, ils viennent chez nous. Cette crise nous a permis de pallier nos insuffisances. Mais cela ne peut représenter une solution durable. Nous devons réfléchir autrement et faire en sorte de former davantage d’étudiants en Suisse.»
Actuellement, sur 1025 jeunes médecins aux HUG (internes et chefs de clinique), 608 ont obtenu leur diplôme en Suisse, 78 en France, 57 en Grèce, 53 en Italie, 46 en Allemagne, 24 en Belgique, 16 en Tunisie, 15 en Espagne, 14 en Roumanie et 11 en Algérie. 
S.D.

 

 

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