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Les hôpitaux grecs soignent au rabais

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch 
Vendredi, 7 décembre 2012

Crise

Avec la crise, les hôpitaux grecs soignent au rabais. Ils sont dans une situation si catastrophique que certains n’ont plus les moyens d’acheter des médicaments ni même du matériel standard pour éviter la contagion, comme les gants ou les blouses jetables. Avec de moins en moins de médecins et d’inrmières, de plus en plus de patients et une trésorerie insufsante, les hôpitaux en sont à prendre des risques, même avec l’hygiène de base, souligne Marc Sprenger, directeur du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). «J’ai vu des endroits (…) où la situation nancière ne permettait même pas de pourvoir aux besoins fondamentaux, comme les gants, les blouses et les lingettes désinfectantes», dit M. Sprenger qui vient de passer deux jours à Athènes.
Des patients souffrant de maladies particulièrement infectieuses comme la tuberculose pourraient ne pas obtenir le traitement dont ils ont besoin, explique-t-il.

Les dépenses pour le système de santé se montent à 11 milliards d’euros par an, soit 5% du produit intérieur brut (PIB). Selon le gouvernement, le système est endetté à hauteur de deux milliards d’euros et il faut fortement réduire les dépenses. De nombreux emplois ont été supprimés dans le secteur de la santé. En outre, certains salaires ne sont plus versés régulièrement. Devant l’hôpital Evangelismos d’Athènes, les médecins ont suspendu une banderole qui dit simplement: «Le système de santé perd son sang».

Les médecins épuisés des 133 hôpitaux publics grecs évoquent le manque de personnel, la pénurie de matériel de base comme le coton, les cathéters, les gants ou encore le papier utilisé pour recouvrir les lits de consultation.
Selon Panos Papanicolaou, membre d’un syndicat de médecins et neurochirurgien au centre hospitalier Nikea d’Athènes, les réductions d’effectifs signifient que 90 à 100 patients par jour attendent dans les couloirs et que nombre d’entre eux ne pourront se faire prescrire un traitement.
Il n’est pas rare que des infirmières surmenées soignent deux fois plus de patients que par le passé, souligne-t-il. Et souvent sans le matériel de protection indispensable. «Si une infirmière doit voir dix patients au lieu de cinq sans gants jetables, il est certain que la transmission des infections va rapidement augmenter », dit le neurochirurgien. En outre, les problèmes risquent de continuer à s’aggraver si l’argent venait à manquer pour l’achat de médicaments. Un responsable de santé ayant requis l’anonymat rapporte qu’il lui a été dit que dans un hôpital d’Athènes il n’y avait plus de budget pour les achats de médicaments qui se faisaient désormais à crédit.
Le groupe pharmaceutique allemand Merck a annoncé le mois dernier l’arrêt des livraisons de son anticancéreux Erbitux aux hôpitaux grecs pour cause de factures impayées. Un autre allemand, Biotest, qui fabrique des produits à partir de plasma sanguin pour le traitement de l’hémophilie et du tétanos, a cessé ses livraisons en juin pour les mêmes raisons. La Grèce, qui faisait déjà partie des pays d’Europe ou l’on contracte le plus de maladies nosocomiales, a vu sa situation s’aggraver avec les réductions d’effectifs et la baisse du niveau des soins due à la crise.

Le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) auprès de l’Union européenne, Roberto Bertollini, se dit préoccupé par le niveau des maladies nosocomiales en Grèce. Il souligne que la diminution des ressources et du personnel rendra plus difcile le respect des normes d’hygiène. Toutefois, le problème des infections résistantes aux traitements médicamenteux est antérieur à la crise économique. La Grèce est le premier utilisateur européen d’antibiotiques dont l’usage immodéré est l’une des causes principales des maladies résistantes aux médicaments, selon les spécialistes.
ATS/REUTERS

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