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Trop de jeunes névrosés en prison

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Vendredi, 7 décembre 2012

Des spécialistes estiment qu’on pourrait diminuer la criminalité en soignant les délinquants souffrant d’un trouble lié au déficit d’attention avec hyperactivité, au lieu de les incarcérer.

Il serait facile de diminuer la criminalité en traitant avec des médicaments certains délinquants. De 10% à 40% d’entre eux souffrent d’un trouble lié au déficit d’attention avec hyperactivité (TDAH), affirment les chercheurs de l’Institut Karolinska de Stockholm. Et il suffirait de soigner ces névrosés, ce qui serait nettement moins onéreux que de les incarcérer, estiment-ils dans l’étude qu’ils viennent de publier dans le New England Journal of Medicine.

En Suisse aussi

La professeure Dominique Eich-Höchli, spécialiste de cette maladie à l’Hôpital psychiatrique de Zurich, partage entièrement ce constat. «L’étude repose sur l’observation de 25 000 cas, signale-t-elle, ce qui est phénoménal. Et en Suisse nous retrouvons grosso modo la même situation qu’en Suède chez les jeunes délinquants.»
Le Dr Dwaine McCallon, directeur médical du Centre correctionnel Buena Vista dans le Colorado, est d’ailleurs arrivé à cette conclusion avant les Suédois. «On trouve parmi les personnes souffrant d’un TDAH un taux de comportements criminels plus élevé que chez les autres adultes», a-t-il souligné dans un rapport publié par la National Attention Deficit Disorder Association.
Le médecin américain a donc décidé de donner à des prisonniers atteints de ces troubles des médicaments, telle la Ritaline. Quatre sujets, qui sont encore en prison puisqu’ils ont été condamnés à la détention à vie, ont obtenu des diplômes d’études supérieures grâce à ce traitement, alors qu’ils avaient été arrêtés pour des homicides multiples commis lors d’accès de rage. Les 41 autres sujets ayant obtenu une libération sur parole ont eu un taux de récidive extraordinairement bas. Un seul a commis un nouveau crime après sa sortie de prison. «Quel contraste avec le taux de récidive habituel de 53-58% à l’échelle des Etats-Unis!» s’est étonné le Dr McCallon.

Pas de soins après la scolarité

Une grande majorité de ces délinquants avaient été soignés pour le TDAH alors qu’ils étaient enfants. Mais le traitement ne s’était jamais prolongé au-delà de leur scolarité. On leur disait qu’ils n’auraient plus besoin d’être suivis car ils surmonteraient leur TDAH à l’âge adulte. Cela s’est révélé faux, ils ont continué de souffrir de la maladie et se consolaient de leur «cerveau mou» ou de leur «arriération mentale» dans la marijuana ou l’héroïne.
L’étude suédoise souligne que 37% des hommes et 15% des femmes atteints de ce trouble neurocomportemental deviennent des repris de justice contre moins de 9% des hommes et 2% des femmes de la population non affectée. Le Pr Paul Lichtenstein, de l’Institut Karolinska, estime que peu d’efforts ont été faits pour soigner ces personnes provenant généralement de milieux déshérités. «Un traitement contre le TDAH revient à 400 francs par mois, soit une somme négligeable en comparaison de ce que coûtent à la société leurs méfaits et leur incarcération», a-t-il expliqué. Il serait donc temps qu’en Suisse aussi on se préoccupe un peu plus de ces cas.
● LASZLO MOLNAR  laszlo.molnar@lematin.ch

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