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Les EMS se plaignent d’Isabel Rochat

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Tribune de Genève, tdg.ch 
Lundi, 10 décembre 2012

On lui reproche son manque d’intérêt à négocier le contrat de prestations censé régir les quatre ans à venir. La cheffe du Social s’en défend

Les établissements médico-sociaux (EMS) sont en pétard contre Isabel Rochat. A les entendre, la conseillère d’Etat en charge du Département de la solidarité et de l’emploi (DSE) traîne les pieds à l’heure de négocier le nouveau contrat de prestations censé régir les quatre années à venir. 
«Lors de la dernière assemblée de la Fédération genevoise des EMS (Fegems), la tension était palpable et de nombreuses réactions très virulentes ont fusé; certains étaient visiblement déçus», rapporte Janine Hagmann, présidente de la Maison de Vessy.
Déçus? L’Etat s’apprête à renouveler ses contrats de prestations pour 2014 à 2017, et cette fois-ci, la Fegems a pris les devants: elle a constitué un groupe de travail et rédigé un document de douze pages qui identifie les enjeux de cet important secteur (lire l’encadré ci-contre ). 
Mais voilà, quand la magistrate l’a reçu, elle aurait manifesté «un manque d’intérêt préoccupant», aux yeux de l’association professionnelle.
Le Dr Jacques Lederrey, président des médecins répondants des EMS, regrette plus largement «le manque d’écoute de l’Etat»: «On espérait un changement avec l’arrivée de Mme Rochat. Les responsables des établissements ont le sentiment d’être une quantité négligeable. C’est pourtant l’occasion pour la magistrate d’afficher sa vision dans l’accompagnement de la personne âgée et de négocier collectivement avec les EMS plutôt qu’au coup par coup.»

Réflexion commune

Une réflexion commune est souhaitée pendant la période de négociation prévue jusqu’au printemps 2013, considère Laurent Beausoleil, directeur des EMS de Lancy: «L’expérience acquise par le secteur permet d’identifier des pistes d’amélioration. L’enjeu du contrat de prestations consiste notamment à déterminer le coût socio-hôtelier (le prix de pension de la journée en EMS).
Ce prix doit «être fondé sur des bases claires, uniformes et transparentes. Certes, il faut tenir compte de facteurs qui provoquent des différences objectives de coûts entre les établissements. Mais, aujourd’hui, la disparité entre les prix de pension (ndlr: ils atteignent environ 200 à 260 francs par jour) ne s’explique pas clairement, car l’ensemble des EMS offrent des prestations identiques et sont soumis aux mêmes contraintes.»
Les patrons d’EMS sont d’autant plus en rogne que le 19 septembre, lors de l’assemblée générale de l’association professionnelle, «Isabel Rochat est venue dire ô combien elle appréciait la Fegems et que sa collaboration avec le politique était incontournable…»
Isabel Rochat rectifie quelque peu le tir: «Ce jour-là, j’ai relevé que la mission de la Fegems devait être clarifiée et que l’Etat attendait qu’elle contribue au développement de synergies afin de trouver des économies; en 2011, pas moins de 274 millions d’argent public ont été alloués aux EMS, soit 52% de leur produit total.»

Visiter tous les EMS

Certains reprochent à l’élue PLR d’avoir confié les négociations des contrats de prestations à Jean-Christophe Bretton, directeur général de l’Action sociale. 
Riposte de la patronne du DSE: «Ce n’est pas un paravent; je suis bien consciente de l’importance de ces contrats. Mais il est normal que M. Bretton suive l’opérationnel, la décision politique suivra. Un calendrier précis a d’ailleurs été envoyé le 7 novembre aux EMS.» A son arrivée au DSE, la magistrate s’était enfin engagée à visiter tous les EMS, mais peu auraient eu cet honneur jusqu’à présent. «Je veux pouvoir juger le secteur sur pièce et compte donc bien me rendre dans tous les établissements; rien que mardi, j’en ai visité trois», relève Isabel Rochat. «Laissons-la prendre ses marques, conclut Janine Hagmann. De toute façon, on ne peut pas décider de contrats de prestations à la légère!»
Laurence Bézaguet

Fort impact économique

Les EMS recensent 3739 lits et environ 3500 postes de travail à temps plein! L’impact économique de ce secteur n’est donc pas négligeable.  
Et il va passablement se développer au cours de ces prochaines décennies, puisqu’une personne sur cinq aura plus de 65 ans en 2040. Le canton connaît, en effet, une augmentation annuelle de 4000 habitants avec une croissance de la population âgée plus rapide que celle de la population totale. Alors qu’en 2010, quatre personnes étaient potentiellement actives pour une personne âgée de 65 ans et plus, ce rapport passera à trois personnes actives pour une personne en âge AVS à l’horizon 2040 (source: OCSTAT, avril 2011)
La progression sera encore plus forte pour les personnes âgées de 80 ans et plus, dont le nombre fera plus que doubler; le chiffre le plus parlant concerne l’augmentation massive des plus de 90 ans, dont le nombre sera multiplié par 3,4 d’ici à 2040.
L.B.

 

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