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Emma, guérie grâce au virus du sida modifié

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Tribune de Genève, tdg.ch 
Jeudi, 13 décembre 2012

Une fillette atteinte de leucémie a été traitée par une thérapie génique révolutionnaire impliquant le VIH

Emma, une petite fille américaine de 7 ans, démarre une nouvelle vie – guérie grâce à une thérapie génique innovante. Son histoire avait pourtant mal commencé. En 2010, des médecins lui diagnostiquent une leucémie lymphoblastique aiguë – le cancer le plus fréquent chez l’enfant. Chaque année, trois à quatre nouveaux cas sont détectés en Suisse, pour 100 000 personnes de moins de 16 ans. Les leucémies lymphoblastiques se caractérisent par une multiplication anormale des cellules du sang (les lymphocytes B). Pour enrayer cette prolifération, le traitement repose sur une chimiothérapie. «Chez l’enfant, les chances de rémission pour cette maladie sont bonnes, proches de 90%», explique le professeur Yves Chalandon, hématologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Cellules «serial-killeuses»

Mais malgré deux chimiothérapies, Emma, elle, ne guérit pas, et les médecins la pensent condamnée. Désespérés, ses parents sont prêts à tout pour sauver leur fille. Ils acceptent de la soumettre à un traitement expérimental, développé à l’Université de Pennsylvanie. De quoi s’agit-il? Les chercheurs ont prélevé du sang de leur patiente à partir duquel ils ont isolé des lymphocytes T. «Ces cellules sont en quelque sorte les soldats naturels de l’organisme. Elles sont capables de détruire les intrus, tels que les bactéries et les virus, explique Yves Chalandon. Malheureusement, les cellules cancéreuses échappent à cette protection.»
Pour changer la donne, les scientifiques américains ont transformé les lymphocytes T grâce au virus VIH. Concrètement, les cellules T prélevées à Emma ont été infectées in vitro  par une forme du virus du sida, rendue inoffensive et modifiée pour porter un gène de reconnaissance des cellules cancéreuses. Réinjectées dans le corps d’Emma, ces cellules transformées, baptisées T CAR, sont devenues de véritables «serial-killeuses» pour leurs homologues cancéreuses. Résultat: sept mois après ce traitement, Emma est en rémission totale. Onze autres patients ont été traités par la même méthode, avec une issue positive pour neuf d’entre eux.

Une avancée fantastique

«Il s’agit d’une avancée fantastique, qui pourrait en théorie être utilisée dans le traitement d’autres cancers, se réjouit Yves Chalandon. Mais cette thérapie reste encore expérimentale et même dangereuse sous certains aspects.» Principale limite: les lymphocytes T modifiés détruisent toutes les cellules B, qu’elles soient cancéreuses ou non. Résultat: pendant son traitement, Emma a subi des effets secondaires non négligeables (fortes fièvres, baisse de tension, insuffisance respiratoire…) qui l’ont conduite aux soins intensifs. «Par ailleurs, lors des thérapies géniques, un gène exogène est inséré dans le génome des cellules humaines, note Yves Chalandon. Or cette insertion, qui se fait de manière aléatoire, engendre parfois des cancers secondaires lorsque le site d’implantation est sensible. Il faudra encore plusieurs années de recherche avant que ce traitement devienne fiable, mais il suscite déjà beaucoup d’espoirs.»
Bertrand Beauté

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