< | >

Hôpital: craintes pour la qualité des soins

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Tribune de Genève, tdg.ch 
Mercredi, 12 décembre 2012

La décision des HUG de réaliser 28 millions de francs d’économies pèsera sur le personnel, selon le syndicat SIT

«Les gens râlent parce qu’on va supprimer des postes l’an prochain. J’aimerais savoir ce que cela va changer dans les services.» L’inquiétude transpire des propos d’une soignante, comme d’autres employés des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) rencontrés hier à l’heure de la pause de midi. Chacun s’interroge sur l’impact du plan d’austérité baptisé «Per4mance», adopté lundi par le conseil d’administration des HUG (notre édition d’hier) . L’économie trouvée s’élève à 28 millions de francs, sur un budget 2013 néanmoins en hausse de 65 millions et atteignant 1,75 milliard.
«Nous sommes inquiets pour le fonctionnement au quotidien, car nous travaillons à flux tendu, témoigne un médecin des HUG, dont la pause déjeuner se réduit au quart d’heure. Nous réalisons énormément d’heures supplémentaires, sans les noter. Ce plan va forcément augmenter encore plus notre temps de travail et toucher la qualité des prestations.»
Ces mesures de réduction sont inacceptables pour le Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT). «Cette décision a été prise à la va-vite, sans analyse solide de la situation. Elle va peser lourd sur le personnel et les prestations aux patients», fustige Manuela Cattani, cosecrétaire générale du SIT. Même si aucun licenciement n’est prévu, 116 postes seront supprimés à la suite de départs naturels. Des contrats temporaires ne seront pas renouvelés.

Suppression de lits

Tous les postes sont touchés: médecins, infirmières, aides-soignants, personnel administratif. Presque tous les départements (onze sur douze) sont concernés. La syndicaliste déplore l’impact de ces mesures dans des domaines comme la médecine interne, de réadaptation et de gériatrie. «Il y aura des réductions de la durée de séjour des patients, dénonce-t-elle. Cela aura pour effet d’intensifier les soins et les rythmes de travail.»
L’opération Per4mance apparaît même «en totale contradiction avec la planification sanitaire cantonale 2012-2015». Celle-ci prévoit une hausse des hospitalisations en gériatrie et des besoins en psychiatrie, alors que ces deux secteurs sont visés, selon Manuela Cattani.
La syndicaliste aura l’occasion de réaffirmer son point de vue lors d’une réunion d’information organisée aujourd’hui par le directeur général des HUG, Bernard Gruson. Sans vouloir «déflorer le sujet», le patron sur le départ relève que «deux tiers des postes visés concernent l’administratif et la gestion». Un tiers touche l’organisation des soins. Cela se traduira par «la suppression de lits en dermatologie et rhumatologie notamment, et impliquera une transformation des pratiques en ambulatoire, comme dans la plupart des hôpitaux en Suisse et à l’étranger». Autre exemple: «Dans certains secteurs, le chevauchement d’horaires des infirmières, trop important, sera réduit.»

Menace en 2014 et 2015

Mais le directeur affirme haut et fort qu’«il n’y aura pas moins de personnel autour des patients!» Pour le moment. Car le plan Per4mance doit s’étaler sur trois ans. «Il n’y a pas d’atteinte à la qualité des soins pour 2013, affirme le président du conseil administration, Michel Halpérin. Pour 2014 et 2015, peut-être que l’on sera obligé de remettre en question des prestations.»
Sophie Roselli

«Le juste personnel»

 Pierre-François Unger, conseiller d’Etat chargé de l’Economie et de la Santé, approuve les mesures prises par le conseil d’administration des HUG. Un effort nécessaire, insiste le magistrat, qui vise à mieux maîtriser les coûts de la santé, «énormes» et «plus élevés à Genève qu’ailleurs en Suisse». Selon lui, les mesures de réorganisation des prestations se calquent sur les pratiques déjà existantes dans d’autres hôpitaux. La réduction des journées d’hospitalisation dans certains cas ne se fera pas au détriment des patients: «Il n’y aura pas de baisse des prestations», affirme-t-il. Quant aux effectifs, «il faut le juste personnel». Le plan n’est-il pas en contradiction avec les besoins sanitaires prévus ces prochaines années? Le magistrat rappelle que le budget 2013 est tout de même en hausse de 65 millions de francs par rapport à 2012.
S.R.

 

< Retour à la liste