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«C’est une vision idéale, pas un projet finalisé»

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch 
Lundi, 17 décembre 2012

Gisèle Ory réagit au plan directeur des travaux de rénovation de l’hôpital de La Chauxde- Fonds, qu’elle estime surdimensionné, trop cher, avec un délai de réalisation trop long.

Entre dix et douze ans pour réaliser des travaux dont le coût oscille entre 111 et 128 millions de francs. C’est la conclusion à laquelle est parvenu le bureau Itten & Brechbühl, spécialisé dans l’architecture hospitalière, qui a été mandaté par Hôpital neuchâtelois (HNe) pour étudier la faisabilité et le coût des travaux de rénovation, modernisation et transformation du site chaux-de-fonnier (lire ci-contre).
Si tout le monde – HNe, politiques, etc. – s’accorde sur le fait que cet hôpital, qui n’a pas été rénové depuis quarante ans, doit impérativement l’être, indépendamment des missions qui lui seront confiées à l’avenir, les dissensions reviennent une fois ce constat posé. Présenté il y a dix jours à la commission santé du Grand Conseil, ce plan directeur a suscité de nombreuses réactions. Au vu du coût élevé des travaux, proche de la réalisation d’un hôpital neuf – pour mémoire la réalisation de Pourtalès à Neuchâtel a coûté 180 millions de francs –, certains envisagent déjà une nouvelle construction. D’autres estiment que le projet de rénovation a été surestimé et outrepasse son mandat initial – à savoir rénover les unités de soins et accueillir l’ensemble de la chirurgie stationnaire – dans le but, justement, d’imposer à terme le site unique de soins aigus à Pourtalès. D’autres enfin estiment que ce projet constitue peutêtre une opportunité d’assurer la pérennité d’un site hospitalier digne de la troisième ville de Suisse romande. Le point de vue – critique – de la cheffe de la Santé Gisèle Ory, qui juge ce projet trop coûteux, ambitieux et long à réaliser.

HNe a présenté lundi dernier le plan directeur de la rénovation de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds qui se réalisera en dix ou douze ans, coûtera entre 111 et 128 millions et sera doté de 120 à 140 lits et de 5 salles d’opération. Quelle est votre appréciation?
Gisèle Ory:
C’est une première réflexion, intéressante, une sorte de vision idéale, mais ce n’est pas un projet finalisé.

A première vue, ce projet semble coûteux et quelque peu surdimensionné. Des travaux doivent impérativement être réalisés à l’hôpital de La Chaux-de-Fonds, qui est dans un état de vétusté avancé. Mais on a le sentiment que cette étude outrepasse le mandat initial, à savoir rénover les unités de soins pour assurer un meilleur confort et accueillir l’en- semble de la chirurgie stationnaire, selon les options stratégiques du Conseil d’Etat.
Oui, en effet, ce projet va beaucoup plus loin. C’est une réorganisation et un agrandissement très important de l’hôpital. Il faudra très certainement le redimensionner de manière à correspondre aux ambitions et aux moyens de notre canton. Les délais de réalisation devront aussi être raccourcis.

Il est par ailleurs prévu de réaliser les travaux dans des délais très longs alors que certains sont urgents.
En effet, les travaux urgents, comme l’installation de trois nouvelles salles d’opération modulaires, seront effectués en 2013, car ils ont été décidés en 2010 déjà, soit avant cette réflexion globale. Ils ne peuvent donc pas attendre la finalisation de ce rapport. Il en va de même de la réfection de l’entrée.

Les chambres seront rénovées de façon luxueuse. Est-il indispensable d’offrir un tel standing?
Oui, la première question est: «faut-il une telle augmentation du nombre de chambres, alors que l’on prévoit plutôt une diminution des durées de séjour et un transfert des patients vers l’ambulatoire?» Et la deuxième sera: «faut-il offrir autant de chambres à un lit?» Ce n’est qu’après avoir répondu à ces questions que l’on pourra définir la taille de l’hôpital.

N’aurait-il pas fallu séparer les coûts incontournables et ceux qui le sont moins, afin de simplifier la compréhension de l’étude et de faciliter les décisions politiques?
Bien sûr. Il faudra examiner le projet dans le détail pour trier ce qui est indispensable et ce qui ne l’est pas. Malheureusement, le projet a été conçu comme un tout, ce qui va rendre cette opération difficile.

Pensez-vous qu’il ait pu y avoir une volonté de HNe de réaliser un projet surdimensionné dans le but de prouver que la construction d’un nouvel hôpital serait plus judicieuse et, par voie de conséquence, pousser à la réalisation du site unique de soins aigus? Ou alors ce projet constitue-t-il selon vous au contraire une opportunité pour pérenniser l’hôpital de La Chaux-de-Fonds?
Il est vrai que certains cadres d’HNe plaident pour un hôpital neuf à La Chaux-de-Fonds. Soyons réalistes! On peut faire une très belle rénovation pour des coûts très inférieurs à ceux qui sont proposés dans cette étude. Et il faut savoir qu’une nouvelle construction prendrait dix à quinze ans. On ne peut laisser le bâtiment dans son état actuel durant tout ce temps. La plus grande partie de ce projet vise la rénovation des unités de soins. Quel que soit l’avenir de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds – site unique ou secondaire de soins aigus ou CTR (centre de traitement et de réhabilitation) unique –, ces travaux sont nécessaires et il faut les faire tout de suite.

Ce qui est sûr, c’est que ce projet mettra les politiques devant leurs responsabilités en les contraignant de prendre des positions claires et rapides quant à l’avenir du site chaux-de-fonnier.
Le principe de la rénovation du site de La Chaux-de-Fonds a été décidé par le Grand Conseil au mois d’avril 2012. Le Conseil d’Etat attendait un projet finalisé en collaboration avec l’Etat. Ce n’est pas le cas et c’est dommage, car nous sommes en train de perdre beaucoup de temps au détriment du confort des patients et du personnel d’HNe.

Avez-vous pu donner votre avis sur cette étude avant qu’elle ne soit présentée aux médias?
Cette étude a été présentée au département et à la commission santé du Grand Conseil, mais le département n’a reçu aucune réponse à ses questions ni aucun des compléments d’études qu’il avait demandés. C’est très regrettable. Nous devrons donc encore faire un travail important avant de pouvoir présenter un rapport concernant cet investissement au Conseil d’Etat.

Cela signifie en d’autres termes que les services de l’Etat devront compléter le rapport d’HNe avant de le présenter au Conseil d’Etat.
Oui, mais pas seulement le compléter. Il faudra aussi revoir un certain nombre d’options avec le mandataire.

Combien de temps cela prendra-t-il selon vous?  Pensez-vous qu’il reviendra à votre successeur de boucler ce dossier?
Oui, bien sûr, car c’est un travail conséquent.

Comment expliquez-vous ce manque de collaboration entre HNe et l’Etat? Est-il dû selon vous au fait qu’HNe est une entité autonomisée?
Sans aucun doute! Donner une autonomie à une institution dont les décisions ont tellement de répercussions politiques est un exercice à hauts risques. Si l’on veut que les options stratégiques votées par le Grand Conseil soient mises en oeuvre, même quand certains cadres ont d’autres ambitions, il faut une structure hiérarchique solide et une répartition claire des compétences. Or aujourd’hui, certains cadres d’HNe font autant de politique que les députés, voire les conseillers d’Etat…

 Quand le rapport sur la reprise par l’Etat de la gouvernance des entités autonomisées sera-t-il soumis au Grand Conseil? Ce rapport est aujourd’hui terminé. Il va être présenté au Conseil d’Etat au début de l’année. Si le Conseil d’Etat l’adopte, il sera remis au Grand Conseil au printemps 2013.
Claude Grimm

 

CENT MILLIONS DE FRANCS ET DIX ANS DE TRAVAUX
«Proposer aux patients des chambres répondant aux standards actuels, tout en accueillant l’ensemble de la chirurgie stationnaire sur le site agrandi et fonctionnel de l’hôpital chaux-de-fonnier, nécessite des tra- vaux conséquents, dont la durée est estimée de dix à douze ans, et un investissement total de l’ordre de 110 à 130 millions.» Ce sont les conclu- sions du mandat d’étude qu’Hôpital neuchâtelois (HNe) a confié en mars 2012 au bureau Itten & Brechbühl et qui ont été présentées lundi dernier aux médias. L’étude devait ainsi adap- ter les locaux destinés aux patients aux standards actuels, améliorer le fonctionnement de l’hôpital et tenir compte des options stratégiques du Conseil d’Etat de concentrer l’en- semble de la chirurgie stationnaire à La Chaux-de-Fonds. Voici le projet brièvement décrit:
– Entre 120 à 140 lits et cinq salles d’opération contre 106 lits et quatre salles d’opération actuellement. – Besoin en locaux médico-techniques et de consultations supplémentaires pour une surface totale de près de 9000 m2 (augmentation de 26% de la surface actuelle)
– Rénovation et agrandissement des chambres des unités de soins hospi- talières pour répondre aux standards actuels (chambres à un ou deux lits avec leur propre salle de bain). – Construction d’une structure au nord du bâtiment élargissant les unités actuelles pour accueillir des chambres conformes et une exploita- tion fonctionnelle des unités de soins est suggérée. Itten & Brechbühl estime que cela permettra d’assurer la pérennité du site.
– Redimensionnement du plateau technique pour accueillir des presta- tions nouvelles liées à la centralisa- tion de la chirurgie stationnaire (IRM, angiographie, salles d’opération sup- plémentaires, etc.). Outre les moda- lités et les dimensions, l’étude repense aussi les fonctionnalités du plateau technique par une extension du bâtiment côté est. – L’exploitation du site devant être maintenue, les travaux seront réa- lisés par rocades successives, ce qui allonge la durée des travaux. Le site pourrait être rénové en douze ans dès la prise de décision des autorités politiques. L’importance des contraintes amène Itten+Brechbühl à envisager la construction d’un bâtiment médico- technique neuf et indépendant.
CGM

 

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