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La France bannit le bisphénol A des emballages alimentaires, pas la Suisse

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch 
Samedi, 15 décembre 2012

SANTÉ PUBLIQUE • Le Parlement français interdit la substance chimique controversée au nom du principe de précaution. Berne juge cette mesure scientifiquement infondée.

C’est fait. La France bannira le bisphénol A de tous les contenants alimentaires, dès 2013 pour ceux destinés aux bébés et début 2015 pour les autres. Le parlement a mis sous toit jeudi une loi dans ce sens. Cette interdiction répond au principe de précaution face aux risques potentiels que fait peser pour la santé des consommateurs cette substance chimique de synthèse, utilisée dans la fabrication des boîtes de conserve et autres barquettes. Pendant ce temps, la Suisse observe. Et ne bouge pas.
Dans une prise de position publiée hier sur le site de la Fédération romande des consommateurs, Valérie Legrand-Germanier condamne la timidité de Berne. «On sait qu’il est tout à fait possible de produire des contenants alimentaires sans bisphénol A. Pourquoi alors l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) traîne-t-il les pieds, entretenant le doute dans l’esprit des consommateurs qui placent une boîte en plastique dans leur caddie? Voilà qui ressemble à une nouvelle manche perdue dans le match santé publique- intérêts économiques.»

Très apprécié dans l’industrie alimentaire, le bisphénol A s’est soudain retrouvé sur la sellette. Des études scientifiques ont en effet montré qu’il constituait un perturbateur endocrinien. En clair, il peut modifier le fonctionnement hormonal du corps humain. D’autres études, effectuées sur des rongeurs et des primates, soutiennent que l’exposition au bisphénol A augmente le risque de cancer du sein. Au nom du principe de précaution, le Canada (en 2008) et l’Union européenne (en 2011) ont donc banni la substance des biberons. En Suisse, les bouteilles pour bébés avec bisphénol A ont disparu du marché sans prescription officielle.
Car la Suisse ne compte pas interdire le composant controversé. Elle suit en cela la même ligne que les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La France fait donc à ce jour cavalier seul. «Nous voudrions appliquer le principe de précaution en Suisse que nous ne le pourrions pas, puisque la loi actuelle ne le prévoit pas», explique Vincent Dudler, chef des risques chimiques à l’OFSP. Qui poursuit, sur le fond: «Nous ne traînons pas les pieds. Simplement, à notre avis, il n’existe pas à ce jour de démonstration scientifique du risque que représenterait le bisphénol A lorsque l’exposition est inférieure à la dose journalière admissible. Dans ces conditions, nous ne voulons pas contraindre les industriels à renoncer dans l’urgence à cette substance pour se replier sur des alternatives moins sûres pour la santé des consommateurs.»

Un rapport pour 2013
Les doutes d’une partie de la population ont malgré tout incité le parlement à demander au Conseil fédéral de produire un rapport sur les risques du bisphénol A. «Face à l’insécurité qui caractérise ce dossier en particulier, il existe un besoin d’approfondissement de la question, un besoin accru d’informations et aussi un besoin accru de transparence sur la prise de décision en matière de sécurité sanitaire», admettait en mai dernier le conseiller fédéral Alain Berset devant le Conseil national.
Reste que le rapport, attendu pour le courant de l’an prochain, ne devrait pas marquer un revirement de la position de l’OFSP, laisse entendre Vincent Dudler. «Notre approche sera basée sur la gestion des risques. On peut bien prendre la décision politique d’interdire le bisphénol A. Il faut néanmoins être conscient des conséquences qu’une telle mesure pourrait avoir, non seulement pour l’industrie alimentaire, mais aussi pour d’autres secteurs d’activité» utilisant des substances du même type.
Serge GUMY

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