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Un mannequin au secours des urgentistes du CHUV

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch 
Samedi, 15 décembre 2012

LAUSANNE • Lors de l’inauguration de son Centre de simulation, le CHUV a présenté hier l’un des premiers pantins capable de saigner.

«Vous êtes toujours avec nous Monsieur?» Chemise bleue ouverte sur son torse imberbe, le patient se met à tousser, puis à convulser. L’équipe des urgences du CHUV, à Lausanne, s’active. La tension est palpable, même à distance, depuis la salle de conférences où les images des opérations sont proposées aux médias sur grand écran. Sur la table, ce n’est pourtant pas un patient ordinaire, mais un mannequin high-tech qui préoccupe médecins et infirmiers.
A l’occasion de l’inauguration du Centre de simulation et de formation en médecine d’urgence, l’équipe des urgences du CHUV a levé, hier, le voile sur l’un des premiers mannequins capable de saigner, de transpirer et de convulser. «Ce quasi-patient peut parler, respirer et souffrir de toutes sortes de troubles, du simple dysfonctionnement cardiaque jusqu’à l’infarctus par exemple», souligne le CHUV, qui a fait l’acquisition, pour quelque 150000 francs, de ce rouquin un peu particulier. L’outil idéal pour entraîner et former personnels médical et infirmier aux situations de stress.

«Nous avions l’habitude d’apprendre sur le tas, directement avec les patients», raconte le Dr. Lionel Trueb, médecin associé au Service des urgences et directeur du centre. «Mais les limites de l’exercice étaient évidentes. Nous sommes donc ensuite passés aux patients standardisés ou simulés », poursuit Monika Brodmann, médecin à l’Insel Spital, à Berne. «Des acteurs formés au préalable qui nous offrent un retour important et nous permettent d’ouvrir de nouvelles pistes d’apprentissage. Mais pas d’opérer tous les examens physiques, les gestes invasifs par exemple.» Pour pallier ce manque, divers substituts figurant des organes ou des parties du corps sont employés pour permettre au personnel hospitalier de se former à des gestes médicaux précis. «Comme la pose d’une voie veineuse, un examen rectal ou l’utilisation d’ultrasons», illustre Monika Brodmann.
Avec le mannequin dont s’est doté le CHUV, c’est une nouvelle étape qui est franchie. Ses pupilles réagissent à la lumière, son torse se soulève lorsqu’il respire, et même si, au toucher, la sensation de caoutchouc ne trompe pas, le patient virtuel a de quoi surprendre.

«C’est un outil fantastique, mais il faut prendre l’infrastructure dans son ensemble», lance Lionel Trueb. «Le mannequin peut transpirer, saigner, vomir et réagir aux soins prodigués. Mais sans le système audio-vidéo, la régie et, peut-être surtout, le débriefing qui suit les simulations de 10 à 15 minutes, l’outil ne serait pas complet.»
Depuis la régie située tout à côté de la salle de simulation, dans les sous-sols du CHUV, deux formateurs suivent, contrôlent et font évoluer les scénarios préétablis. «L’un des instructeurs joue le patient», détaille François Desmeules, infirmier au CHUV. «Plus qu’avec les artifices du mannequin, c’est avec les intonations de voix, en accentuant l’angoisse par exemple, que nous mettons sous pression l’équipe. Il faut être un peu comédien.» Au-delà de la simulation elle-même, la séance de débriefing est essentielle au processus de formation. Les participants visionnent l’exercice et en débattent.

A l’instar de la dizaine de structures similaires à travers le pays, le Centre de simulation et de formation en médecine d’urgence lausannois doit permettre d’atteindre une prise en charge plus sûre et de meilleure qualité aux patients des urgences. Le centre de simulation vaudois est également ouvert aux partenaires intéressés, à l’instar des hôpitaux de moindres importances ne pouvant s’offrir un tel matériel. «Les hôpitaux de Payerne ou Morges par exemple», explique Lionel Trueb. Mais aussi les sites hospitaliers hors canton de Vaud.
Pas question toutefois pour le CHUV de faire de l’argent sur le compte des autres structures médicales. «Nous ne sommes pas là pour faire du business», confirme Lionel Trueb. «Si nous devions avoir des rentrées supérieures aux investissements, elles seraient réinvesties dans la recherche. » Alors que caméras et objectifs n’avaient d’yeux que pour lui quelques minutes auparavant, le mannequin high-tech retrouve peu à peu le calme du sous-sol du CHUV. Allongé, le rouquin au regard marron cligne une dernière fois des yeux. La caravane médiatique a repris la route.
Yann Hulmann

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