< | >

Le trafic d’organes en Chine mérite une enquête

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Tribune de Genève, tdg.ch 
Mardi, 18 décembre 2012

D’où proviennent les organes de greffe en Chine? Un chirurgien genevois parle de suspicion mais reste prudent

La Chine prélève-t-elle des organes sur des prisonniers du Falun Gong? Le groupe spirituel déclaré «hérétique» par le régime communiste l’affirme depuis longtemps. Avec de gros moyens, il a fait de cette dénonciation son arme principale contre le pouvoir à Pékin et tente de sensibiliser l’opinion occidentale sur les persécutions subies par ses pratiquants. Il demande aujourd’hui une enquête indépendante à Navy Pillay, haut-commissaire des droits de l’homme à l’ONU, à ce sujet.
A l’Hôtel Métropole de Genève, le Falun Gong avait réuni hier une brochette de soutiens à son combat. A gauche de l’estrade, une pile de 66 000 pétitions venues de toute l’Europe vient matérialiser le succès de sa campagne contre le trafic d’organes en Chine. Peut-être avez-vous croisé leurs militants en quête de signatures sur le marché de Rive, un samedi matin.
Persécuté, le Falun Gong? Sans nul doute. L’émotion dans la voix, Annie Yang, une adepte, en témoigne. Arrêtée en mars 2005, elle a subi tortures morales et privations, coups et ingestion de drogues. «Durant mes deux ans de travaux forcés, ils ont testé mes yeux, mes reins et prélevé mon sang tous les trois mois. Je ne comprenais pas pourquoi.» Libérée, Annie a-t-elle échappé à une mort programmée avant un prélèvement d’organes? Le Dr Damon Noto, un Américain de l’ONG Doctors against forced organ harvesting , le suggère quand il souligne le délai d’attente étonnamment court en Chine – deux à trois semaines – quand il faut parfois attendre un ou deux ans en Occident. Il le laisse entendre encore quand il rapproche le chiffre des greffes – 60 000 par an – et celui des prisonniers exécutés, estimé à environ 1600 chaque année.

D’où proviennent les autres? Le Falun Gong affirme que les corps d’adeptes morts en détention présentaient des cicatrices et des organes manquants. La transplantation est «lucrative», ajoute David Matas, auteur du livre State organs : 62 000 dollars pour un rein, 160 000 pour un foie. La corruption et le contrôle militaire de camps et d’hôpitaux peuvent aussi alimenter la suspicion.
«La Chine reconnaît officiellement prélever des organes sur des condamnés à mort. Ce qui est éthiquement et humainement condamnable», confirme le professeur Léo Bühler, du Service de chirurgie viscérale et de transplantation aux HUG. Pékin a cependant annoncé vouloir mettre fin à cette pratique d’ici à deux ans. «Le don de personnes décédées n’est pas développé en Asie», précise encore le membre de Swisstransplant, «en revanche, le don de vivants se développe de plus en plus dans les familles».
Le professeur Bühler ne tranche donc pas la question de savoir d’où vient le boom des transplantations en Chine, passée devant les Etats-Unis. Il note en revanche que Pékin a renoncé à l’expérimentation clinique de greffe sauvage et risquée, à base de cellules porcines, il y a dix ans. Un signe positif. Comme la nomination de la Chinoise Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé à Genève, «pour parvenir à changer les choses de l’intérieur».
Olivier Bot

< Retour à la liste