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Conflit à La Providence: tous les regards braqués sur l’exécutif

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 Le Courrier, Genève lecourrier.ch 
Mercredi, 19 décembre 2012

SANTÉ • Une marche aux flambeaux était organisée hier pour demander au Conseil d’Etat d’exiger de Genolier l’application de la CCT santé 21.

«On veut la CCT! On veut la CCT! On veut le maintien des emplois! On ne veut pas d’externalisation des services!» Hier en fin de journée, quelque deux cents grévistes, syndicalistes, représentants des partis de gauche et sympathisants ont bravé la pluie et le froid à Neuchâtel pour réclamer du Conseil d’Etat qu’il accepte la motion populaire réclamant l’application de l’arrêté fixant les conditions impératives pour figurer sur la liste hospitalière. Parmi celles-ci l’application de la CCT santé 21
. «L’annonce, hier, par GSMN (Genolier Swiss Medical Network), du rachat de La Providence est tout à fait trompeuse car elle intervient avant la décision du Conseil d’Etat. Si on la lit attentivement, elle stipule que la transaction est soumise à certaines conditions préalables. Ces conditions ne sont autres que… l’accord du Conseil d’Etat, lequel doit justement se déterminer demain (aujourd’hui, ndlr)!», s’est exclamé Yves Mugny, secrétaire central SSP. «La communication de Genolier aux médias est tout à fait éclairante sur ses intentions: il annonce déjà pour 2013 une augmentation de l’horaire hebdomadaire. Pour ceux qui douteraient encore des volontés de GSMN de ne pas respecter la CCT, les voilà avertis», a-t-il poursuivi. Pour mémoire, le Code suisse des obligations exige l’application d’une CCT durant l’année qui suit sa dénonciation.

«Il faut du courage»
«Nous aurions voulu entendre notre ministre socialiste de la santé se positionner clairement contre le bradage de la CCT santé 21. Nous voulons que l’exécutif impose le respect de son propre arrêté. Pas de missions hospitalières publiques sans CCT! Sans ces dernières, La Providence n’est pas intéressante pour Genolier. Notre canton ne compte pas assez d’assurés en privé pour rentabiliser une clinique sans subventions de l’Etat. Cela signifie que le gouvernement peut tout à fait imposer à Genolier le respect de la CCT. Mais pour cela il faut du courage. Et nous enjoignons le Conseil d’Etat d’en avoir», a martelé Catherine Laubscher, secrétaire régionale Unia Neuchâtel et présidente du comité de soutien au personnel de La Providence.
Tous les partis de gauche, ainsi que le Grand Conseil, ont également exprimé leur soutien aux grévistes. Pour ces derniers, la journée d’aujourd’hui est décisive. «Après tout ce que nous avons vécu, nous sommes devenus réalistes. Nous nous attendons à tout. Mais si le Conseil d’Etat refuse la motion, le combat ne s’arrêtera pas là», avertit un employé de La Providence. Le conflit pourrait prendre une dimension nationale. Une manifestation de soutien pourrait avoir lieu le 12 janvier à Berne. «Mais le pire des scénarios serait que le Conseil d’Etat décide de reporter la décision à la prochaine législature », confie Yasmina Produit, secrétaire syndicale SSP. Hier, comme les jours précédents, de nombreuses discussions ont eu lieu en coulisse pour tenter de convaincre l’exécutif d’appliquer son propre arrêté. Accédera-t-il à ces sollicitations? Réponse aujourd’hui.
Claude Grimm

 

USS et Travail.Suisse expriment leur soutien

Les organisations faîtières des syndicats, USS et Tra- vail.Suisse, ont affirmé hier à Berne leur solidarité avec le personnel de l’hôpital neuchâtelois de La Providence et leur soutien aux grévistes. Ces derniers luttent pour que le groupe de cliniques privées Genolier respecte la CCT. «Leur combat est exemplaire», a dit devant la presse le président de l’Union syndicale suisse (USS) Paul Rechsteiner. Pour lui, il n’est pas question de tolé- rer «cette sous-enchère salariale couverte et subven- tionnée par l’État ainsi que la pénurie de personnel qui va s’aggravant».
Les organisations faîtières syndicales appellent le Conseil d’Etat neuchâtelois à appliquer le droit en vigueur: qui veut figurer sur la liste des hôpitaux et recevoir des subventions supplémentaires doit respec- ter la CCT de branche. «Toute autre attitude revient à mettre en jeu la paix sociale». Pour le président de Travail.Suisse Martin Flügel, les évé- nements en cours à l’hôpital de La Providence, et en particulier l’attitude du Conseil d’Etat, ont, en plus, des effets catastrophiques sur la problématique du manque de personnel pour le système de santé.
Ce problème fait du «cas Providence» une affaire à dimension nationale. A son avis, le plus grand défi pour le système de santé suisse est la maîtrise de la pénurie de personnel. Selon différentes études, le besoin en personnel de santé augmentera d’ici à 2030 d’environ 50€000 personnes. En outre, 50% du personnel actuel dans le domaine de la santé sera à la retraite d’ici à 2030. Ce qui veut dire qu’il faudra recruter d’ici à 2030 pas loin de 150€000 personnes, soit un besoin annuel de 10€000 personnes.

Secrétaire général du Syndicat des services publics (ssp) Stefan Giger n’y est pas allé avec le dos de la cuillère: «Genolier achète l’hôpital, est-ce qu’il peut aussi acheter la loi?», s’est-il interrogé. Ce dernier a rappelé que le 5 décembre dernier, le Grand Conseil a largement approuvé une motion populaire urgente demandant au gouvernement d’user de tous les moyens à sa disposi- tion pour inciter La Providence à maintenir la CCT.
ATS

 

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