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La vente de médicaments à l’Hôpital fâche les pharmaciens

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Tribune de Genève, tdg.ch 
Mercredi, 19 décembre 2012

Les HUG délivrent des médicaments en ambulatoire. Illégal, estime un député, qui interpelle  le Conseil d’Etat

Les Hôpitaux universitaires de Genève violent-ils la loi en vendant des médicaments? C’est en substance la question que pose Edouard Cuendet, député PLR, au Conseil d’Etat. Dénonçant une pratique selon lui non conforme à la législation, il déplore une distorsion de concurrence et un certain mépris du travail du pharmacien.
Selon le député, dans certaines divisions ambulatoires des HUG, les médecins remettent directement des médicaments oraux aux patients pour des traitements à court, moyen et long terme. Plus particulièrement en oncologie orale et pour les traitements VIH-sida, relève-t-il dans la question déposée au Grand Conseil jeudi dernier. Or, les médecins, comme les dentistes, ne peuvent délivrer des médicaments que de manière non renouvelable et en cas d’urgence. «C’est tout à fait juste, confirme le pharmacien cantonal Christian Robert. Les médicaments achetés par des établissements médicaux comme les HUG sont destinés aux seuls patients hospitalisés. S’il s’agit d’une préparation ou d’une injection, elle peut être administrée en ambulatoire, mais la loi interdit la remise de produits que le patient prendrait chez lui.»

Direction interpellée

Edouard Cuendet souligne que les pharmaciens ont déjà interpellé le conseil d’administration et le directeur général des HUG. «Ce dernier a répondu que ce type de pratique était en effet non conforme aux dispositions légales et que des instructions étaient régulièrement données afin de l’éviter.» Malgré cela, la pratique continue. Contacté par la Tribune , Bernard Gruson réserve au Conseil d’Etat le soin de répondre au député. En attendant, ce dernier relève la distorsion de concurrence subie par les officines de ville, d’autant que la vente de médicaments à l’Hôpital ne fait pas l’objet d’une taxe sur la valeur ajoutée.
Qu’en pensent les principaux intéressés? Jean-Luc Forni préside pharmaGenève, l’association des pharmacies genevoises. Il regrette que certains services hospitaliers ne montrent pas «une grande volonté de collaborer. Nous les avons rencontrés plusieurs fois, mais rien ne change.» A l’argument légal, puis économique, s’ajoute celui de l’accompagnement médical. «Il existe un certain mépris du rôle du pharmacien», estime-t-il. Genève serait bien inspirée de prendre exemple sur Lausanne, qui a développé une approche pluridisciplinaire.
A la Policlinique médicale universitaire de Lausanne (PMU), affiliée au CHUV, les médecins associent en effet les pharmaciens au suivi à long terme des patients oncologiques et VIH. «Un patient sur deux ne prend pas ses médicaments comme il faut, observe le professeur Olivier Bugnon, pharmacien chef de la PMU. Cela engendre des surcoûts énormes pour le système de santé. Grâce à des entretiens de motivation et en mesurant la prise médicamenteuse, nous parvenons à corriger le tir. Nous suivons aussi les effets indésirables et pouvons les rapporter au médecin.»

Vision d’ensemble

Autre avantage: le pharmacien acquiert une vision d’ensemble que chaque médecin ne possède pas forcément. «Un patient atteint d’un cancer peut souffrir d’autres maux. Les pharmaciens voient la personne dans sa globalité.» Olivier Bugnon se souvient d’un homme souffrant d’un cancer qui devait prendre 26 comprimés par jour. «On a pu réduire le traitement à 15, en discussion avec ses différents médecins.»
Lausanne a fait des émules. En Valais et dans le canton de Fribourg, les départements d’oncologie travaillent volontiers avec des officines privées. A Genève, une vingtaine de pharmaciens ont suivi une formation à la PMU. Pour l’heure, ils restent sur leur faim, estimant que cette spécialisation n’est pas appréciée à sa juste valeur par l’Hôpital.
Sophie Davaris

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