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Des meurtres stoppent la vaccination antipolio

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Tribune de Genève, tdg.ch 
Jeudi, 20 janvier 2012

Après l’assassinat de neuf humanitaires, accusés d’être des espions par les talibans, l’Unicef et l’OMS suspendent leurs activités

Neuf morts en à peine trois jours. Tel est le bilan des attaques perpétrées par des talibans contre le personnel de santé administrant des vaccins antipoliomyélite aux enfants pakistanais. Pour l’Unicef et l’OMS, responsable de cette campagne de prévention nationale,  c’en est trop.
Depuis hier, toutes leurs activités visant à éradiquer cette maladie virale encore endémique dans cette partie du monde sont suspendues. En cause: une fatwa lancée par les talibans qui accusent les humanitaires d’être des espions à la solde des Américains, surtout depuis «l’affaire Afridi».

L’ombre de Ben Laden

En 2011, la fausse campagne de vaccination menée par le médecin pakistanais Shakil Afridi avait permis à la CIA d’identifier la présence d’Oussama ben Laden à Ab bottabad via des prélèvements d’ADN sur sa famille. Cette campagne avait été organisée un peu avant le raid américain au cours duquel le numéro un d’Al-Qaida avait été abattu. Lâché par l’agence  centrale de renseignements, le  mé decin a été condamné  à trente -trois ans de prison par un tribunal pakistanais pour trahison. 
Au lendemain de la mort de Ben Laden, des humanitaires s’étaient déjà inquiétés de ce genre de pratiques et de ses conséquences  sur leur travail. Le retour de bâton contre les équipes de vaccination et son impact sur la campagne étaient donc prévisibles, estiment des professionnels de la santé pakistanais.
En juin déjà, Hafiz Gul Bahadur,  un influent commandant taliban pakistanais de la zone tribale du Nord-Waziristan, avait interdit la lutte contre la polio sur son territoire, invitant ses homologues à en faire de même. Cette mesure, qui a mis en danger quelque 350 000 enfants, visait officiellement à contester les tirs de drones américains dans la région. Elle témoignait avant tout de la méfiance des insurgés à l’égard des humanitaires.
Aujourd’hui, les méthodes des talibans – ayant massivement suivi la fatwa de Bahadur – se sont radicalisées. Face à cette situation, l’Unicef et l’OMS ne peuvent que dénoncer ces attaques «qui privent les populations les plus vulnérables du Pakistan, et principalement des enfants, des soins les plus essentiels». Selon les données des Nations Unies, 198 cas de poliomyélite ont été recensés en 2011 au Pakistan, un record mondial. Cinquante-six cas l’ont été cette année, principalement dans le nord-ouest du pays, région située sur la ligne de front de la «guerre contre le terrorisme».

Pressions religieuses

Reste que l’interdiction des talibans n’explique pas tout. Des mil liers de Pakistanais refusent toujours de faire vacciner leurs enfants contre la polio en raison de  la pression des imams et de leur discours prétendant – à tort – que le vaccin contient du porc, rend infertile et que cette campagne financée par les Occidentaux ne vise qu’à affaiblir les musulmans. Le chemin de l’éradication de cette maladie promet décidément d’être encore long dans ce pays.
Yannick Van der Schueren

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