< | >

Le boom des césariennes de confort

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.


Jeudi, 27 décembre 2012

SANTÉ  Le nombre de césariennes a explosé: 70% en 15 ans. En cause: la hausse alarmante des opérations de convenance.  

Aujourd’hui, un Suisse sur trois naît dans une salle d’opération. C’est un record. Et la tendance s’est confirmée ces dernières années. On constate néanmoins des différences très nettes d’une région à l’autre: le taux de naissances par césariennes atteint des sommets dans certains cantons (41%, comme Zoug), alors que dans d’autres, il est au-dessous de 20%. Autre disparité: les cliniques privées pratiquent près de 10% d’opérations de plus que les hôpitaux publics. Pour Doris Güttinger, secrétaire générale de la Fédération suisse des sages-femmes, «toutes ces différences ne peuvent pas s’expliquer pour des raisons médicales. Il est à craindre que les césariennes soient plus rentables pour les établissements que les accouchements naturels.» En effet, selon le système actuel de financement, comptez 8000 francs environ pour une césarienne sans complication et 5300 pour un accouchement par voie basse.

Des opérations programmées

Une fois ces chiffres mis côte à côte, on comprend aisément que les établissements de santé sont tentés d’inciter les patientes à avoir recours au bistouri. D’autant que les césariennes sont beaucoup plus commodes pour les médecins et les parents: elles peuvent être programmées et donc avoir lieu la journée et en semaine. Une infirmière d’une clinique genevoise atteste de ce type d’arrangements: «Dernièrement, une maman nous a demandé une césarienne pour donner naissance le 12 décembre 2012, alors qu’elle aurait pu accoucher par voie basse plus tard.» Ces interventions répondent aussi à la demande de femmes qui désirent préserver leur corps ou qui sont paniquées à l’idée d’accoucher naturellement.

Cependant, pour Jacques Seydoux, président de la Société suisse de gynécologie et obstétrique, les choses ne sont pas si simples: «Nous avons de plus en plus de femmes de plus de 40 ans. Ces clientes, davantage à risque, nécessitent souvent une intervention. Ce qui peut expliquer en partie l’augmentation des césariennes.» Du côté des soignants, là aussi, la réalité est plus complexe: «La pression médico-légale qui pèse sur les médecins est aujourd’hui énorme. Ils préféreront donc césariser inutilement, plutôt que de ne pas le faire et risquer un procès à 14 millions de francs.»

Inutiles dans 50% des cas

Il semblerait donc que ce sont ces césariennes dites de convenance, arrangeant parents et soignants, qui expliqueraient ce grand boom. A tel point que Claudia König, sociologue à l’Université des sciences appliquées de Zurich, affirme que la moitié des opérations pratiquées en 2011 auraient pu être évitées. C’est donc, d’après la chercheuse, 20 millions de francs qui auraient pu être économisés. Un constat qui inquiète SantéSuisse: «Notre système ne dispose pas de ressources infinies. Il faut donc se cantonner aux dépenses nécessaires», indique sa porte-parole, Anne Durrer. SantéSuisse souligne aussi que, légalement, une césarienne de confort ne devrait pas être facturée à l’assurance-maladie, puisqu’elle ne répond pas à des critères médicaux. «Dans ce cas, la patiente devrait payer elle-même l’intervention.» Mais impossible pour l’assureur de faire la différence entre opération nécessaire et opération de convenance.
Pas question pour autant de diaboliser la césarienne. La Fédération suisse des sages-femmes souhaite simplement que les futures mamans soient informées des avantages, mais aussi des inconvénients d’une telle opération. Ce qui n’est pas toujours le cas actuellement. L’organisation va donc publier une brochure d’informations, en collaboration avec les médecins. Elle sera disponible en début d’année prochaine.
clea.favre@lematin.ch
● CLÉA FAVRE

Une tendance dangereuse

RISQUES  Si, utilisée à bon escient, elle permet de sauver des vies, la césarienne n’est pourtant pas sans danger. Pour la mère tout d’abord. Les thromboses et les infections sont possibles, comme après toute opération. D’autre part, selon Olivier Irion, chef du Département de gynécologie et d’obstétrique aux HUG, la césarienne comporte des risques pour les grossesses futures (rupture utérine notamment). Du côté du bébé, l’asthme et le diabète sont plus courants, tout comme les probabilités qu’il naisse prématuré.
L’aspect psychologique est également à prendre en considération. «Avec une césarienne, certaines mamans culpabilisent: elles ont l’impression de ne pas avoir été capables de faire ce que toutes les femmes font depuis la nuit des temps. Elles commencent leur maternité sur un sentiment d’échec», explique Heike Emery, sage-femme indépendante à Genève. Selon elle, la construction du lien avec le bébé est également plus difficile. «La mère se retrouve dans une salle de réveil, bien souvent sans l’enfant, ni le père. Elle voit son bébé, une fois lavé, habillé et peigné. Il n’y a donc pas de contact peau à peau, avec les odeurs de chacun, pour que l’enfant et elle fassent connaissance.»

 

< Retour à la liste