< | >

Genève vit une grave pénurie de dons du sang

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Tribune de Genève, tdg.ch 
Lundi, 7 janvier 2013

Le canton ne couvre que 70% de ses besoins en or rouge. Les autorités sanitaires tirent  la sonnette d’alarme  

Quelque 18 000 dons du sang ont été effectués l’an dernier à Genève. C’est beaucoup trop peu. Le canton souffre d’une pénurie chronique de donneurs. Alors qu’en Suisse environ 5% de la population offre son sang, ce taux chute à 2-3% à Genève, qui cumule les handicaps. Réputés comme de généreux donateurs, les agriculteurs sont peu représentés dans le canton. Par ailleurs, ce sont les classes moyennes qui fournissent en général le plus de sang. Or de nombreux frontaliers font partie de cette catégorie, et ne donnent pas forcément leur sang de ce côté-ci de la frontière. Les personnes très riches et très pauvres, qui donnent statistiquement moins leur sang, sont surreprésentées à Genève. Enfin, quelque 20% des personnes motivées à offrir leur sang n’obtiennent pas le droit de le faire!
Du coup, régulièrement, des vies sont sauvées grâce aux poches de concentrés de globules rouges fournies par nos voisins neuchâtelois, bernois ou zurichois. Inquiètes, les autorités sanitaires genevoises espèrent augmenter le nombre de donneurs réguliers.

Don du sang: la pénurie sévit gravement à Genève

 En Suisse, environ 5% de la population donne son sang. Ce taux chute à 2-3% dans notre canton, qui ne couvre ainsi que 70% de ses besoins. Les autorités sanitaires lancent un appel 

«A Genève, nous manquons de façon chronique de donneurs et des vies sont régulièrement sauvées grâce au sang de nos voisins neuchâtelois, bernois ou zurichois», informe le Dr Emmanuel Rigal. Une situation inquiétante que le médecin responsable du Centre de transfusion sanguine (CTS) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) détaille: «En 2012, les 18 000 dons environ (20 338 en 2011, dons de plaquettes compris) effectués par nos 12 000 fournisseurs réguliers ne nous ont permis de couvrir que 70% de nos besoins, car nous devons impérativement récolter 23 000 à 24 000 poches de concentrés de globules rouges pour le canton par an. Nous avons ainsi dû acheter 5000 poches supplémentaires au prix de 230 francs l’unité.»
Le praticien est bien décidé à remédier à cette dépendance coûteuse: «Les donneurs peuvent fournir du sang trois à quatre fois par an (lire le petit manuel pratique ci-dessous) , or ils n’effectuent en moyenne que 1,5 don annuel (1,8 au niveau européen). Notre objectif est de les motiver à réaliser 2 dons par an.»
Le Dr Rigal détaille sa stratégie pour y parvenir: «Nous devons d’abord trouver 3000 donneurs supplémentaires pour remplacer ceux qui s’en vont chaque année. Nous voulons aussi augmenter notre fichier de 300 nouveaux membres par an; il s’agira ensuite de les convaincre de donner plus régulièrement leur sang.»

Egoïstes, les Genevois?

Alors, égoïstes les Genevois? Comment donc expliquer un tel désintérêt? Cela ne se pose pas en termes d’égoïsme mais de réflexe sociologique, observe le Dr Rigal: «Notre canton cumule tous les handicaps en matière de don du sang. D’abord, les agriculteurs sont réputés généreux dans ce domaine-là; or, Genève compte peu de zones rurales! Ensuite, ce sont les classes moyennes qui fournissent en général le plus de sang et, là encore, notre canton recense de nombreux frontaliers dans cette catégorie-là, et ceux-ci ne donnent pas forcément leur sang à Genève. Enfin, nous sommes surreprésentés en personnes très riches et très pauvres, deux catégories qui donnent peu leur sang. Paradoxe de tout cela: les HUG accueillent une population étrangère importante que l’on transfuse également, suite à des interventions lourdes.» 
Et puis les Genevois sont réputés pour être de grands voyageurs, ce qui n’arrange pas les affaires du CTS, comme le confirme son médecin responsable: «Leur vie personnelle les conduit parfois vers des pays où la prévalence du sida est importante et où sévit le paludisme. Autant de raisons qui nous incitent à les contre-indiquer pour des transfusions sanguines. Les changements de partenaires fréquents chez les jeunes les empêchent aussi de donner leur sang pendant quatre mois.»

Principe de précaution

Ne donne pas son sang qui veut: environ 20% des personnes qui se rendent au CTS n’obtiennent pas ce droit! «Ce qui est très élevé, mais c’est de l’ordre de ce que l’on trouve dans les capitales européennes. Genève a une sociologie de capitale. Dans les zones rurales, le pourcentage d’exclusion tombe à 3 ou 4%», commente le Dr Rigal.
Pas surprenant, dans ces conditions, que Genève manque du précieux or rouge. «Nous appliquons le principe de précaution, c’est-à-dire que bien que nous manquions de sang, s’il demeure un éventuel soupçon de risque pour le patient, le sang du donneur ne sera pas prélevé, admet le spécialiste. Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes sont ainsi exclus. Personne ne veut stigmatiser qui que ce soit, mais le risque statistique de transmettre le sida serait quatre fois plus élevé.»
C’est durant les fêtes de fin d’année et les vacances en général que les besoins se font le plus sentir. En cas de grosse panique, dès que les stocks de sang du canton arrivent à manquer, le CTS lance un SOS aux collaborateurs de la police genevoise et à leurs homologues du Service d’incendie et de secours. 
«Des populations fidèles sur lesquelles on peut toujours immédiatement compter», se félicite le médecin responsable du CTS, qui espère bien gonfler le nombre de donneurs réguliers: «Il faut favoriser la solidarité de tous. J’ambitionne surtout de convaincre les gens les plus favorisés. Le don n’a aucune incidence sur la santé, quand elle est bonne. Bien plus, il procure le sentiment du devoir accompli. Il faut le voir comme un cadeau, un acte citoyen envers la société, plus que comme une contrainte.»
L’appel est d’autant plus urgent que «la médecine moderne ne peut se passer de transfusions et que chacun, un jour ou l’autre, peut en bénéficier, et donc passer du statut de donneur à receveur, conclut le Dr Rigal. Le don du sang est une vraie solidarité entre humains.»
Laurence Bézaguet

On peut être donneur jusqu’à 75 ans

Petit manuel pratique avant de se rendre au Centre de transfusion sanguine des HUG  

Petit manuel pratique avant de se rendre au Centre de transfusion sanguine des HUG:

– Il faut avoir entre 18 et 75 ans, peser plus de 50 kilos, ne pas avoir voyagé récemment dans un pays où sévit le sida ou le paludisme, ou vécu en Grande-Bretagne entre les années 1980 et 1996, ou avoir reçu une transfusion sanguine (crainte de la maladie de Creutzfeldt-Jakob). Notamment! Car la liste des restrictions pour donner son sang – en vertu du principe de précaution – est plutôt longue…

– La première étape consiste à contrôler l’identité, puis l’hémoglobine et la tension. Une infirmière vérifie ensuite, avec le donneur, le questionnaire exhaustif que celui-ci doit remplir pour chaque don.

– Le sang est prélevé dans un kit de poches qui permet de le traiter en préservant sa stérilité. La poche principale contient 450 ml. Un filtre retient les globules blancs, puis on sépare le plasma et les globules rouges par une centrifugation. Le concentré de rouge peut être conservé 42 jours.

– On prélève aussi des tubes de sang pour les examens suivants: groupe sanguin ­ (confirmation de l’identité du donneur), anticorps et virus du sida et de l’hépatite C, hépatite B, syphilis et l’enzyme ALAT. Le don du sang fait ainsi, en quelque sorte, office de minicheck-up.

– Le don est bénévole, mais un petit «remontant» est offert, sur place, aux participants pour qu’ils puissent se réhydrater.

– Les hommes peuvent donner leur sang jusqu’à quatre fois au maximum par an, les femmes trois fois. Afin d’éviter tout risque d’anémie.

– Le sang fourni est utilisé pour la chirurgie, les accidents traumatiques, les traitements de cancers et de leucémies.
 L.B.

 

< Retour à la liste