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La pharma, 8e conseiller fédéral

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Mercredi, 9 janvier 2013

Editorial

Les assurés suisses ne sont pas sortis de l’auberge.  Une baisse du prix des médicaments devait leur permettre d’économiser des centaines de millions de francs par année sur la gigantesque facture des coûts de la santé. L’espoir a fait long feu. Le Tribunal fédéral s’est rangé du côté de la pharma. Il a gelé certaines économies. Mon-Repos gonfle ainsi les muscles d’une industrie déjà nourrie aux amphétamines.

Car si chacun a bien le droit de se défendre,  la manière surprend parfois. Dès la baisse des prix des médicaments annoncés, la pharma a crié au scandale. Puis une majorité du Parlement fédéral a pris le relais en dénonçant: une telle décision menacerait à terme 120 000 emplois en Suisse! Et là, le Tribunal fédéral s’est ajouté au cortège: comment a-t-on osé être aussi brutal vis-à-vis de la pharma?!

C’est piquant.  Rappelons que le marché intérieur des médicaments ne représente rien dans le chiffre d’affaires global des Novartis, Roche et compagnie. Si ce milieu s’oppose à une baisse des prix des médicaments en Suisse, c’est avant tout parce que ces derniers servent de référence pour les prix fixés à l’étranger.

Alors oui, un compromis  sera trouvé, qui permettra à chacun de sauver la face. Mais l’épisode est révélateur: entre les intérêts de la pharma, ceux des assureurs, puis encore des médecins et des établissements cantonaux, le citoyen n’a décidément pas assez  de place.
Lise Bailat

DES MEDICAMENTS AU PRIX FORT!

ARGENT  Coup dur pour les consommateurs: le Tribunal fédéral gèle la baisse des prix de certains médicaments. La pharma a remporté une manche. Et se muscle en vue de la prochaine.  

Des millions de francs d’économies viennent de filer sous le nez des Suisses. Le Tribunal fédéral a donné raison à Novartis, à Roche et à une entreprise étrangère. Il leur accorde un effet suspensif à la baisse du prix de certains médicaments. Le ministre de la Santé, Alain Berset aurait agi de manière un peu trop brutale, en baissant d’un coup les taux de change appliqués aux médicaments à 1 fr. 29 par rapport à l’euro. Ils étaient avant à 1 fr. 58. Les 240 millions de francs d’économies promis aux assurés cette année ne seront donc pas réalisés. Sur combien faudra-t-il tirer un trait? SantéSuisse parle d’au moins 16 millions. L’Office fédéral de la santé publique ne s’avance pas. «Il y aura une diminution des économies escomptées, mais on ne peut pas encore dire de combien», affirme Daniel Dauwalder, porte-parole de l’OFSP.

Compromis ou chantage?

Pour autant qu’il reste des économies au bout du compte. Car la décision de la justice a donné des ailes à la pharma, qui maintient la pression. Le Tribunal administratif fédéral peut encore casser l’entier de la décision fédérale. «Si on ne fait pas de compromis ces prochains mois, le danger est que l’industrie pharmaceutique bloque tout via des recours», affirme Silvia Schütz, porte-parole de SantéSuisse. La faîtière des assureurs s’est ainsi mise à la table des négociations, avec la pharma. Ensemble, ils proposent un compromis. «Si on trouve un accord sur la base de ce compromis, nous sommes prêts à recommander aux firmes de retirer leurs recours et d’accepter le système de baisse de prix, alors qu’il est contestable», indique le secrétaire général d’Interpharma, Thomas Cueni. Une forme de chantage? «Non, dans notre système, celui qui se sent lésé a le droit d’interpeller les tribunaux!» rétorque-t-il.
Les consommateurs n’ont plus qu’à prier pour que le politique ne se laisse pas faire. «J’attends d’Alain Berset qu’il tende la main, sans se mettre à genoux. Je prône une solution qui permette de baisser les prix des médicaments en Suisse, mais qui n’ait pas d’incidences sur la marche des affaires de la pharma à l’étranger», indique la vice-présidente du PLR, Isabelle Moret. «Ce type de chantage m’horripile. J’aimerais que les prix soient fixés au plus juste. Mais il y a un vrai rapport de force dans ce domaine. Et on dit que parfois il vaut mieux un bon accord qu’un mauvais procès», réagit à chaud la sénatrice Liliane Maury Pasquier (PS/GE). Alain Berset ne veut pour l’heure pas commenter l’affaire.
lise.bailat@lematin.ch

LISE BAILAT

 

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