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La pilule qui détruit des vies

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Jeudi, 10 janvier 2013

La polémique sur les pilules de 3e et 4e génération enfle. Pour la première fois,  une caisse maladie se joint à une plainte contre Bayer. Dans sa ligne de mire: Yasmin

«Nous voulons donner davantage de poids à la procédure en cours de la jeune Céline contre Bayer.» C’est comme cela que la Chrétienne sociale suisse (CSS) motive sa démarche. La caisse maladie a en effet décidé de réclamer plusieurs centaines de milliers de francs au groupe pharmaceutique allemand. Elle ne comprend pas pourquoi le remboursement des traitements – très onéreux – des victimes présumées de la pilule Yasmin lui incombe. Alors que Bayer ne fait, lui, qu’encaisser les fruits de ses ventes. Néanmoins, cette action en justice ne semble pas faire d’émules parmi les autres caisses. Excepté la SWICA, par exemple, qui affirme qu’elle ferait la même chose si l’une de ses assurées se trouvait dans ce cas: «Bien sûr, on réclamerait à Bayer l’argent nécessaire pour couvrir le dégât financier!»
De son côté, la CSS a déjà déboursé 600 000 francs pour soigner Céline, Schaffhousoise de 21 ans aujourd’hui, lourdement handicapée suite à une embolie pulmonaire. Et plus de 900 000 francs dans le cas de Marie, 23 ans, qui est tombée dans le coma après un accident vasculaire cérébral et qui a dû subir de nombreuses opérations. La caisse maladie refuse de dire si d’autres assurées sont concernées, ni si de nouvelles actions de ce genre sont envisagées.

«Mon procès pilote»

Felix Rüegg, avocat des deux jeunes filles, est un homme en colère. Pour l’heure, il a intenté une procédure contre Bayer seulement dans le cas de Céline. «Ce sera mon procès pilote», explique-t-il. «J’ai 30 autres clientes qui ont eu des problèmes avec Yasmin. Nous porterons peut-être plainte aussi.» Difficile de faire des pronostics sur la décision qui sera rendue, tant le dossier paraît ardu. Mais l’avocat zurichois veut y croire: «C’est dramatique pour la jeune fille et sa famille. La charge financière n’est pas non plus négligeable. Sans compter les frais de justice. Tout ça détruit des vies.»
Ce que Felix Rüegg trouve le plus scandaleux, c’est que ces pilules de 3e et 4e génération n’ont pas été testées sur des jeunes de moins de 18 ans. «Alors que c’est elles qui sont visées par le marketing des groupes pharmaceutiques, en vantant par exemple la fin de l’acné!» s’exclame-t-il. L’avocat représente aussi des filles de 12 ans qui ont été victimes d’embolies. «Et on ne connaît même pas les effets sur cette population!»
Bayer s’est contenté de répondre au «Matin» que ses pilules ont «un profil bénéfices/risques positif dans la mesure où ils sont utilisés conformément aux indications».
clea.favre@lematin.ch

CLÉA FAVRE

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