< | >

Les cas psychiatriques, un défi pour la justice

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Tribune de Genève, tdg.ch 
Jeudi, 10 janvier 2013

Peter K., le tireur de Daillon…  Que fait la Suisse de ses meurtriers atteints de troubles mentaux?

Bien qu’il ait tué trois femmes et blessé deux hommes, le tireur de Daillon, diagnostiqué schizophrène, ne sera probablement pas reconnu comme pénalement responsable. Peter K., le forcené de Bienne qui avait grièvement blessé à la tête un policier et dont le procès se déroule cette semaine, a lui aussi été examiné par une experte psychiatrique qui a diagnostiqué d’«importants troubles délirants», ce qui le rend ir responsable aux yeux de la loi.
Quelles que soient la douleur et l’horreur qui accompagnent ces drames, il n’en demeure pas moins que la loi prévoit des mesures institutionnelles pour les déte nus souffrant de maladies psychiques. Ces mesures institutionnelles sont instituées par les articles 59 et 64 alinéa 1 du Code pénal (CP).
Ces mesures prévoient un traitement thérapeutique en milieu fermé pour les détenus atteints de troubles mentaux potentiellement dangereux. L’article 64 alinéa 1, qui prévoit l’internement du condamné, concerne les personnes ayant commis des crimes particulièrement graves, à l’instar du tireur de Daillon ou de Peter K. L’état du détenu est réévalué chaque année, ou pas du tout dans le cas d’une condamnation à l’internement à vie (art. 64 al. 1l et. b du CP), comme cela a été le cas pour le meurtrier de Lucie Trezzini, jugé incurable.
L’internement est précédé d’une période carcérale, durant laquelle le condamné est aussi soumis à des soins thérapeutiques. La loi exige que l’hôpital psychiatrique ou la prison qui accueille ces «patients détenus» soit en mesure d’assurer la protection de la société, mais dispose aussi des infrastructures nécessaires à leur traitement.

Augmentation de 50%

Or, le nombre de détenus souffrant de troubles psychiques ne cesse d’augmenter. Les études parlent d’un taux de 50% dans les  prisons suisses. Il ne faut pas forcément y voir le miroir d’une société à la dérive, mais une meilleure connaissance des pathologies permettant une amé lioration des diagnostics.
Mais le milieu carcéral, débordé, est-il réellement l’endroit approprié pour des personnes mentalement atteintes? Pour  Ma deleine Pont, présidente du co mité et fondatrice du Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique (GRAAP), la réponse est très claire. «La prison est perçue par les malades comme une sanction, et le traitement comme part intégrante de cette sanction. Il est toujours très difficile de traiter quelqu’un contre sa volonté. C’est même contre-productif, parce que la démarche entretient le sentiment de persécution des personnalités à tendance paranoïaque.»
Madeleine Pont prend ainsi l’exemple de Peter K., qui ne cesse de répéter qu’il est sain d’esprit. «Or, à ce qu’on entend, ce monsieur semble souffrir d’un dé sordre psychique, voire psychiatrique ainsi que d’une forte tendance à la paranoïa. C’est très difficile de soigner ces profils-là. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer! C’est la manière de procéder à ces trai tements qu’il faut repenser.»

Projets en cours

«Des gens comme Peter K. vivent dans l’obsession d’être une victime du système. Il faut les en décentrer, et pour y arriver,  seul un  lien fort avec un interlocuteur peut le permettre.» Pour Ma deleine Pont, ces détenus ont besoin de davantage de temps et d’attention afin de tisser un lien de confiance constructif avec le personnel soignant. Une exigence difficile à mettre en place au vu de la surpopulation des prisons et du manque de personnel qualifié.
De plus en plus d’établissements spécialisés voient le jour. Zurich a été le premier canton à ouvrir, en 2009, un établissement pénitentiaire forensique, science alliant troubles psychiques et criminalité. Genève construit quant à elle l’hôpital Curabilis, qui accueillera à fin 2013 la population carcérale genevoise et, dès 2015, celle des cantons romands.
Lucie Monnat

< Retour à la liste