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Des directives pour régler les conflits d’intérêts avec la pharma

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch 
Vendredi, 11 janvier 2013

Médecine

L’Académie suisse des sciences médicales a revu ses directives sur les rapports entre les médecins et l’industrie pharmaceutique. Le chapitre sur l’activité des experts est entièrement neuf et vise à régler ce problème croissant dans un souci de transparence.

Depuis la première publication, en 2002, des Recommandations sur la collaboration corps médical-industrie, révisées une première fois en 2005, toujours plus d’entreprises pharmaceutiques font appel à des médecins dans leurs organes de conseils de la recherche (Advisory Boards). Une grande proportion des médecins a aujourd’hui des contacts avec la pharma par ce biais. Ces disciples d’Hypocrate obtiennent des échantillons de médicaments, des cadeaux, des invitations à des repas ou autres cours de formation continue sponsorisés. De tels contacts peuvent certes être utiles à un échange d’informations. Mais selon diverses études, ils influencent le comportement des médecins.
Ainsi ces derniers prescrivent plus souvent les médicaments qui leur sont recommandés par la pharma, minimisant leurs risques. Les coûts des ordonnances établies par des médecins entretenant le plus de contacts avec l’industrie pharmaceutique sont par ailleurs plus élevés. Afin de protéger les patients de ces dérives, l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) a chargé sa commission consultative d’actualiser ses directives. Après une mise en consultation, le Sénat de l’ASSM en a approuvé la version définitive au cours de sa séance fin novembre 2012. Les nouvelles recommandations entrent en vigueur au 1er février.

Secrétaire général de l’ASSM, Hermann Amstad confirme que l’engagement de médecins comme conseillers dans des Advisory Boards, notamment pour les médicaments, a clairement augmenté. Dans le cadre de ces séances, ils écoutent passivement des conférences publicitaires sans apporter eux-mêmes la moindre contribution. Ce qui ne les empêche pas de recevoir des honoraires. Des montants jusqu’à 500 francs pour un après-midi ne sont pas rares, selon M.Amstad. D’après les nouvelles directives, la raison pour laquelle un expert est appelé à participer à un groupe de conseils doit désormais être claire et sa contribution précisée. Les honoraires doivent en outre correspondre aux prestations effectivement réalisées. Sur le fond, une activité d’expert est correcte, mais elle doit être clairement définie.
Des adaptations des directives se sont également révélées nécessaire s’agissant de la recherche clinique, comme le litige entre des chercheurs et Roche l’a montré. Ainsi le groupe bâlois s’est refusé à rendre publiques certaines données sur le Tamiflu, un médicament contre la grippe vendu par millions lors de la lutte contre les épidémies de grippe porcine et aviaire. Les nouvelles directives prévoient ainsi qu’à l’avenir les chercheurs auront un accès illimité aux données. Il ne pourra en outre plus être possible de publier des articles spécialisés signés par des médecins sans que ces derniers les aient écrits. Plusieurs cas de publications d’articles dans la littérature médicale vantant les mérites d’un produit et signés par un médecin sans qu’il y ait contribué sont récemment survenus.

Une étude sur les conflits d’intérêts a été réalisée en 2010 en Allemagne. Selon ses résultats, 20% des médecins contactés estiment que leurs collègues sont plus ou moins influencés par la pharma. Ils ne sont en revanche que 6% à se sentir eux-mêmes concernés.
ATS

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