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Elle réclame 2,5 millions à la clinique et au médecin

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Tribune de Genève, tdg.ch 
Vendredi, 11 janvier 2013

Une patiente saisit  la justice après une ablation litigieuse de la vésicule biliaire. Reproches contestés

«Je ne pourrai pas avoir d’enfants», «Mon mari est parti» et «Je ne peux plus travailler qu’à 50%». C’est ainsi qu’Anne* décrit en substance son calvaire à son avocat Me Thomas Barth. Opérée à la Clinique Générale-Baulieu pour une ablation de la vésicule biliaire, cette trentenaire, une physiothérapeute indépendante, ne se remet pas de cette intervention chirurgicale litigieuse.
Selon nos informations, elle a attaqué en justice le médecin et la clinique en leur demandant 2,5 millions de francs, dont 200 000 francs de tort moral. Le Tribunal de première instance (TPI) est en charge du volet civil. En outre, Me Barth a saisi la Commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients.
A l’été 2009, Anne a des calculs biliaires. Elle souffre le martyre. Un chirurgien indépendant lui enlève la vésicule le 27 juillet, dans la clinique qui lui met à disposition locaux et matériels. Les deux jours suivants, la patiente se plaint de douleurs abdominales et de nausées. Elle fait «une réaction inflammatoire aiguë» et doit être opérée le 30 juillet. Selon un médecin consulté par la suite par Anne, il y a eu «une perforation de l’intestin au cours de la première intervention».

Opération correcte

Le 1er août, le chirurgien part en vacances. Son remplaçant fera de même une semaine plus tard. Mais l’état d’Anne empire. «J’avais envie de me suicider», dira-t-elle. Le chirurgien interrompt ses vacances et fait poser, le 10 août, «des drains, au niveau des abcès abdominaux et du poumon droit». A cette époque, la clinique, où Anne sera hospitalisée durant un mois, présente des excuses au mari de la patiente pour les problèmes rencontrés par son épouse. Mais la direction lui indique que l’opération s’était déroulée correctement, que les appareils techniques utilisés pour voir dans l’abdomen avaient fonctionné. Un couac est admis: l’imprimante qui permet d’imprimer des photos a eu une panne. Un incident qui n’aurait pas eu d’influence sur l’opération, selon l’établissement.
Le 22 septembre, le chirurgien opère encore une fois Anne qui peine à se rétablir. La clinique lui envoie une facture de 75 000 fr. comprenant notamment les frais de la salle d’opération, les honoraires des anesthésistes, le matériel du bloc opératoire. Le montant n’intègre pas la rémunération du chirurgien qui n’est pas un employé de l’établissement.
Le 24 décembre 2010, la patiente saisit le TPI en demandant qu’une expertise soit effectuée. Aux yeux d’Anne, l’opération a échoué et la clinique n’a pas procédé rapidement à des examens alors qu’elle se plaignait de douleurs après l’intervention. L’établissement, défendu par Me Pierre Martin-Achard, ne comprend pas pourquoi il serait visé par l’action en justice. La direction relève dans la procédure qu’elle n’a pas fourni de bistouris défectueux, que le suivi après l’opération est du ressort du médecin, qu’elle a fait preuve de la diligence nécessaire et que le personnel hospitalier avait procédé à une surveillance constante. Enfin, elle conteste toute défaillance électrique, «l’appareil opératoire ayant par la suite continué à être utilisé».

Expertise attendue

En avril, le TPI écarte la clinique de la requête d’Anne. Injuste, selon Me Barth. Il saisit la Cour de justice qui lui donne raison le mois dernier: les juges invitent le TPI à enquêter avant d’exclure si besoin l’établissement: «La responsabilité de la clinique pourrait notamment être engagée pour les actes de ses employés et/ou des défauts du matériel fourni, relève l’arrêt. On ne saurait exclure qu’à la suite de mesures probatoires (comme l’expertise) que des chefs de responsabilités de la clinique soient constatés.» Pour Me Martin-Achard, «cette dernière décision ne préjuge donc pas sur le fond de l’affaire. Il n’y a pas d’a priori de la justice dans ce dossier.» Avocat du chirurgien, Me Jean-Cédric Michel ne dit pas autre chose sur l’arrêt: «Il est trop tôt pour exclure une hypothétique et éventuelle responsabilité. Je n’ai rien d’autre à ajouter à ce stade.» Et Me Barth de conclure: «Ma cliente attend sereinement la suite de cette procédure.»
*Identité connue de la rédaction
Fedele Mendicino

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