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Cet hiver, l’Hôpital est mieux armé contre la grippe

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Tribune de Genève, tdg.ch 
Samedi, 12 janvier 2013

L’épidémie atteint le pays. La promotion de la vaccination aux HUG semble payante

Pari réussi? Cette année, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont misé sur une promotion offensive de la vaccination contre la grippe. A l’heure où l’épidémie touche la Suisse, le taux de vaccination du personnel est plus élevé que d’habitude.
L’an dernier, la maladie a joué un rôle important ou décisif dans le décès d’au moins 11 patients hospitalisés. Cet hiver, afin de mieux protéger les malades des risques nosocomiaux, les HUG sont passés à la vitesse supérieure. L’idée est simple: en vaccinant mieux le personnel contre la grippe, on évite qu’il infecte des patients. Pour la première fois, chaque employé doit porter un badge indiquant s’il est, ou non, vacciné. Incitative pour les uns, discriminatoire pour d’autres, la mesure semble porter ses fruits.

Médecins vaccinés à 64%

«Aujourd’hui, 37% de l’ensemble du personnel est vacciné, contre 29% l’an dernier à la fin de la campagne de vaccination», indique Chantal Bonfillon, médecin-cheffe du Service de santé du personnel des HUG. Une progression notable, vu que ce taux stagnait entre 22% et 27% depuis quinze ans. En prenant en considération le personnel soignant, le taux grimpe à 43,2% (33,8% l’an passé). Dans le détail, 64% des médecins et 37% des infirmiers sont vaccinés (contre respectivement 52% et 38% l’an dernier).
«Nous sommes contents de voir que nous avons progressé. La campagne n’est pas terminée et la grippe vient d’arriver; on peut espérer que les soignants continuent de se faire vacciner», se réjouit le professeur Didier Pittet, responsable du Service de prévention et de contrôle de l’infection aux HUG. Tous les secteurs de l’hôpital enregistrent une hausse de la vaccination, y compris l’administration (moins nettement toutefois).

«La pression est forte»

Toutefois, l’effort ne doit pas être relâché. Le but n’est pas encore atteint. «Dans certains pays où la vaccination est obligatoire, la couverture dépasse 98%. Ici, dans l’idéal, on devrait dépasser les 80%», rappelle le médecin. Il faudra, selon lui, au minimum quatre à cinq ans pour y parvenir. Conscient qu’il faut des années pour modifier les comportements, Didier Pittet salue l’efficacité de la stratégie employée cet hiver. Une stratégie qui propulse les HUG devant plusieurs autres hôpitaux du pays (lire ci-contre ).
Ce succès est interprété différemment par la secrétaire syndicale du SIT Mirella Falco. «La pression est telle que les gens se vaccinent sans mesurer le pour et le contre. Ce geste devrait rester un choix individuel, mais là, il n’y a pas de discours alternatif.» Surtout, la politique du badge contribue, selon elle, à épingler les employés ayant choisi de ne pas se vacciner. «Ils sont mal à l’aise. Ils se sentent obligés de se justifier comme s’ils affichaient une différence qui va à l’encontre de la volonté de la direction.»
Concrètement, l’obligation du port du badge et du masque est entrée en vigueur le 27 décembre, lorsque les premiers cas de grippe ont été détectés à l’Hôpital. Une hygiène rigoureuse des mains est recommandée pour tous, y compris les visiteurs, également invités à porter un masque dans les zones de soins. Pour s’assurer que ces mesures sont bien respectées, des contrôles sont effectués dans les différentes unités. L’employé récalcitrant s’expose à une remise à l’ordre, orale, puis écrite. Des blâmes sont envisageables.
Des contraintes justifiées selon le professeur Pittet, qui rappelle que la prévention est d’autant plus délicate qu’un malade est contagieux avant de présenter des symptômes. Le médecin révèle en outre que la grippe a déjà fait une première victime cette année. «Une dame âgée d’une soixantaine d’années est arrivée le 28 décembre aux HUG. Elle est décédée de la grippe en moins de vingt-quatre heures, alors qu’elle ne présentait pas d’antécédents particuliers. Tous les organes ont lâché, à la suite d’une infection pulmonaire, puis généralisée très sévère.»
Sophie Davaris

Il est encore temps de se vacciner

Selon l’Office fédéral de la santé publique, la Suisse est entrée cette semaine en phase épidémique de grippe. Cela signifie que le réseau Sentinelle (un réseau composé de 200 cabinets médicaux de premier recours répartis dans tout le pays) a signalé un certain nombre de consultations pour symptômes grippaux. Lorsqu’un certain seuil de consultations est dépassé, on considère que le pays entre dans l’épidémie.
«Ce seuil est établi à 15 consultations médicales pour 1000 habitants», précise le biologiste Yves Thomas, responsable du Centre national de référence de la grippe. Il y a quelques jours, ce chiffre était de 17,2 pour la Suisse entière. Pour la région de Genève-Vaud-Neuchâtel et Valais, on a atteint 27,8 consultations. «En Europe, la grippe se propage d’ouest en est», ajoute le biologiste.

Désormais, les HUG s’attendent à recevoir les cas graves. «C’est maintenant que le risque de transmission nosocomiale est le plus important», prévient le professeur Didier Pittet. D’où l’importance, selon les différents spécialistes, de continuer à promouvoir la vaccination. «Le vaccin est utile et conseillé jusqu’à ce que l’épidémie atteigne son pic, ce qui se produira probablement dans quatre à cinq semaines», poursuit Yves Thomas. A noter que le vaccin met un peu moins de quinze jours avant de déployer toute son efficacité.
«Cette année, trois virus sont présents: le virus A-H3N2, le A-H1N1 et le B, ajoute le biologiste. Le H1N1, apparu en 2009, est prédominant sur les deux autres.» Une personne non vaccinée risque donc d’attraper successivement deux (ou trois) grippes différentes. A l’inverse, «d’après ce que nous observons en Europe, les souches qui circulent sont très proches des souches vaccinales. C’est une bonne nouvelle, cela signifie que le vaccin est efficace.» 
S.D.

 

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