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Des cellules souches pour réparer les fractures graves

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Tribune de Genève, tdg.ch
Samedi, 19 janvier 2013

Un essai clinique vient de débuter, afin de tester une méthode innovante de traitement des fractures

On a l’habitude de penser que les fractures se réparent toutes seules, mais ce n’est pas toujours le cas. «Le processus de consolidation de l’os est complexe. Dans 90 à 95% des cas, il se produit de manière autonome et un simple plâtre peut suffire, explique le docteur Jacques Menetrey, de l’Unité orthopédie et traumatologie du sport aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Mais dans 5 à 10% des cas, en revanche, les os cassés ne se ressoudent pas tout seuls. C’est le cas notamment chez les personnes qui consomment du tabac, de l’alcool ou pour les fractures complexes, consécutives à un accident de la route ou de ski, par exemple. Il faut alors donner un coup de main à la nature.»
Depuis quelques années, l’idée d’utiliser des cellules souches pour traiter ce type de patients fait son chemin. Capables de se transformer en n’importe quel type de tissu, ces cellules pourraient en effet reconstituer la partie d’os manquante. A l’échelon européen, un essai clinique de phase II, visant à prouver l’efficacité de cette pratique, a reçu au début de janvier l’aval des autorités sanitaires allemandes, espagnoles, françaises et bientôt italiennes, dans le cadre du projet Reborne. «Cette méthode a donné d’excellents résultats sur des animaux (rongeurs et moutons), ce qui nous laisse penser que cela a toutes les chances de fonctionner sur l’homme», explique Luc Sensebé, cocoordinateur du projet Reborne et directeur de l’Etablissement français du sang à Toulouse.

Une méthode moins invasive

Jusqu’ici, les patients victimes d’une fracture complexe qui ne guérit pas spontanément sont traités par une greffe osseuse autologue. Concrètement, un morceau d’os est prélevé sur le malade, généralement au niveau de la hanche, puis réimplanté au niveau de la cassure. Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale française (Inserm), ce type d’opération concerne environ un million de patients par an en Europe. «La greffe osseuse fonctionne assez bien, souligne Jacques Menetrey. Mais c’est un traitement chirurgical assez lourd qui n’est pas sans complication. Les patients peuvent conserver des douleurs au niveau du site de prélèvement osseux et il faut faire attention à ne pas toucher le nerf sensitif qui passe juste à côté.» Sans parler des risques d’infection… «L’utilisation de cellules souches va permettre de régler ces problèmes, avec un traitement beaucoup plus supportable, prédit Luc Sensebé. Concrètement, nous allons prélever des cellules souches mésenchymateuses, contenues dans la moelle osseuse de la hanche des patients, les mettre en culture pendant trois semaines puis les réimplanter à l’endroit de la fracture en les couplant avec un biomatériau constitué de céramique de phosphate de calcium, qui va guider la cicatrisation.» Avantage: les cellules souches limitent l’inflammation et favorisent la revascularisation au niveau de la fracture, sans présenter les défauts de la greffe osseuse autologue.
Financé par l’Union européenne à hauteur de 12 millions d’euros pour cinq ans, le projet Reborne prévoit de traiter une trentaine de patients cette année, en vue d’une utilisation plus large de la méthode après 2014. «L’objectif de l’essai est de démontrer que l’utilisation des biomatériaux et des cellules souches est sans danger et ne présente pas les inconvénients des autres méthodes, poursuit Luc Sensebé. Cette chirurgie est moins invasive et préserve le stock osseux du patient. Pour ces raisons, elle est préférable à la greffe afin de déclencher la cicatrisation osseuse.»

Des progrès d’ici à dix ans

Simple en apparence, la méthode se révèle complexe à mettre en place: «Pour faire croître les cellules souches, il faut disposer d’une plate-forme sophistiquée qui garantisse l’asepsie et la qualité des cellules, précise Jacques Menetrey. Sinon il y a un risque élevé de contamination et donc d’infection. Je pense qu’il faudra une dizaine d’années avant que la méthode devienne fiable et puisse se mettre en place à plus grande échelle.» Les applications seront alors très diverses. En effet, si le programme Reborne ne prévoit de traiter que des fractures des os longs (tibia, fémur, humérus…), les cellules souches pourraient, à terme, être utilisées dans d’autres circonstances. «L’os est le tissu humain qui guérit le mieux, souligne Jacques Menetrey. Je pense que c’est dans la réparation d’autres tissus, comme les cartilages, les muscles et les tendons, que nous allons voir les avancées les plus importantes dans les dix prochaines années. Les cellules souches vont permettre de traiter une grande diversité de pathologies.»
Bertrand Beauté

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